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Edito: D’un Président sobre
Publié le mardi 20 juin 2017  |  L`événement Précis
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© Autre presse par DR
Le chef de l’Etat du Bénin, Patrice Talon




Je donne ma tête à couper. Il n’y a eu personne hier à l’aéroport pour prendre même une simple photo de l’arrivée du Chef de l’Etat. Personne. Aucun ministre, presque aucun membre du cabinet du Président de la république, en dehors de Johannes Dagnon et des responsables de la sécurité présidentielle. Le Président est revenu comme il est parti : dans la plus simple discrétion, sans tambour ni trompette. Alors question : comment gouverner un pays tumultueux comme le Bénin à l’ère des fake news, lorsqu’on est aussi discret par nature ?
Retournons trois années en arrière. Si c’était Boni Yayi qui était revenu au bercail, après trois semaines d’absence maladie, imaginez un peu le vacarme. Déploiement des femmes, foulards et danses acrobatiques, dans le vouvouzéla des chants hagiographiques de chez nous : « Yayiééé win to wé dé da si tché… » (« Yayi j’ai un message pour toi… »). Ministres, conseillers et chargés de mission en grands habits d’apparat, imams en tuniques de circonstance brandissant de longs chapelets et récitant des sourates fortes. Prêtres et pasteurs armés d’une Bible préhistorique pour lire des psaumes salvateurs sur le ressuscité de Paris. Et fanfares chantant le dithyrambe du chef grand vainqueur de la maladie, grand développeur, le plus grand sauveur de la nation qui, de son amour viscéral pour le pays… Que n’aurions-nous pas entendu ?
Revenons à ce dimanche 18 juin 2017. Après son retour discret, les réseaux sociaux se sont enflammés. Si vous avez fait attention hier, les plus inspirés ont sorti de vieilles photos, pour la simple raison qu’aucune photo officielle n’existe de ce retour. Et les commentaires sont allés dans tous les sens, mêlant emphases et supputations lugubres, dénégations fantaisistes et péroraisons infantiles. Pour n’avoir pas placé un mot, pour avoir manqué de faire prendre sa photo à l’aéroport, il y en a qui doutent encore de son retour effectif, pas même lorsqu’on leur apprend qu’il y a un conseil des ministres prévu pour ce lundi à 10h. Ils n’y croient pas. Pour eux, Patrice Talon serait arrivé en avion médicalisé et ne saurait gouverner le pays. Bertin Coovi, qui se fait fort d’être un spécialiste des sciences occultes, a pu poser fièrement sur sa page Facebook : «Talon n’est jamais rentré ce 18 juin 2017. C’est un faux retour. Demain je le veux sur l’ORTB.… » Ce pays est habitué aux délires et je ne vois pas comment on peut le gouverner en étant d’une discrétion de monastère.
Ce qui se passe actuellement, c’est qu’il y a une armée d’activistes recrutés pour la cause, travaillant à Cotonou et ailleurs, à dénigrer systématiquement les actes du Chef de l’Etat et de son gouvernement. Ils ne se cachent d’ailleurs plus. Ils gagnent leur vie à saboter les actions du gouvernement et à noircir systématiquement tout ce qui se fait. J’en connais personnellement qui sont mensuellement payés à millions pour trouver la petite bête, et surtout pour grossir les erreurs de façon à créer la psychose. Leur métier est comparable à celui des semeurs de haine. Lorsqu’on demanda au tueur de Charlestone (Etats-Unis), Dylann Roof, pourquoi il avait abattu 9 noirs américains en juin 2015, il répondit fièrement que son but était de déclencher une « guerre raciale ». Le but de ces pyromanes dont certains regrettent amèrement que Patrice Talon soit encore en vie, est de semer une atmosphère insurrectionnelle suffisamment incendiaire pour permettre à leurs mentors d’apparaître comme les sauveurs de la république.
Dans ces conditions, il est évident qu’une présidence discrète est du pain béni pour les activistes apatrides. Disons les choses de façon plus claire : si votre seule arme en face d’un lion affamé est le sourire, vous n’avez pas beaucoup de chance de sortir vivant de la forêt. Il ne s’agit évidemment pas du populisme de marché que nous avons connu jadis. Il ne s’agit pas non plus des agitations d’opérette qui ont transformé la présidence de la république en une médiocre foire d’apprentis comédiens. Mais il est question d’une gouvernance qui s’expose raisonnablement au public, sans faire le culte de la personnalité. Et surtout en refusant le leadership par la mystique de la rareté. A l’ère de l’activisme 2.0 où Facebook et Watsapp sont entre les mains des gens les plus viscéralement haineux que l’on puisse imaginer, un Chef d’Etat doit gagner la bataille de la communication ou… périr.

Par Olivier ALLOCHEME
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