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Serges Defodji, Président de l’Ong Jcrd, sur les grossesses en milieu scolaire « Nous ne devons jamais être fatigués de sensibiliser nos jeunes filles surtout des zones rurales… »
Publié le jeudi 5 avril 2018  |  Fraternité
Célébration
© Autre presse par DR
Célébration de la Journée internationale de la femme




Serges Defodji est le président de l’Ong Jeunesse Consciente pour la Relève de demain (Jcrd). A travers cette interview, il a levé un coin de voile sur les causes et conséquences des grossesses en milieu scolaire et les efforts faits par les Ong et le gouvernement pour éradiquer ce phénomène.
Que vous inspire la journée internationale de la femme ?
Je pense que la journée internationale de la femme est une journée bien choisie. Cette journée devrait permettre aux femmes de se réunir pour réfléchir sur la situation de la gent féminine active. En effet, des décisions doivent être prises au cours de ces séances pour améliorer la situation des femmes sur tous les plans. J’estime que nous devons aller plus loin que les réjouissances au cours de cette journée.

Les gouvernants appliquent-ils mettent-ils réellement les différentes lois en la matière ?
Visiblement non. Car, Si l’on mettait vraiment ces décisions issues des assises de cette journée en application, cette discrimination observée à l’endroit de la femme devrait être abolie. De plus, la parité, le respect et la considération de la femme dans nos organisations, institutions ou services, devraient être effectifs. Cela porte à croire que cette journée n’est qu’une fête comme les autres pour les femmes. Il serait souhaitable que les femmes y mettent tous les soins possibles pour l’application desdites décisions. Aucun homme ne viendra poser les actions. Qu’elles sachent que la liberté ne se réclame pas avec légèreté mais plutôt avec fermeté.

Cette année, nous avons constaté une recrudescence des cas de grossesses en milieu scolaire. Qu’est ce qui pourrait expliquer cet état de choses ?
Cet état de choses peut s’expliquer aisément par la dépravation des mœurs de nos jeunes filles aujourd’hui. Justement, si les décisions issues de cette journée étaient appliquées, cette recrudescence ne devrait pas être constatée. La débauche de nos jeunes filles s’est accrue. Conséquence, de nombreux cas de grossesses sont enregistrés. Cependant, nous ne devons pas passer sous silence la pauvreté et le gain facile qui constituent des causes cruciales du phénomène. Je n’oublierais certainement pas aussi les tics notamment les réseaux sociaux qui sont aujourd’hui comme des facilitateurs pour avoir accès à sexualité.

La plupart du temps, ces cas de grossesses s’observent dans des zones rurales. Cela veut-il dire que les actions ne sont pas orientées vers ces zones ?
Ces cas sont observés en grande partie dans les zones déshéritées de notre pays. Les actions des ONG et autres sont basées en grande partie à Cotonou et ses environs. Les zones par exemple du Nord profond n’ont pas accès à ces actions. Le manque d’information crée des erreurs fatales. Tel est le cas des jeunes des milieux ruraux du Bénin. Nous pouvons aussi dire que ceux-ci manquent de façon criante des lieux de distraction. Du coup, leur seule distraction, c’est le sexe. Et cela, sans prendre les précautions nécessaires. Une éducation sexuelle s’impose.

Il y a aussi ce phénomène des filles-mères. Que pensez-vous de cet état de choses ?
C’est à la limite regrettable. Être mère, c’est une question de volonté. Mais en l’espèce, elles le deviennent naïvement par manque d’informations. C’est vraiment dommage. Il convient qu’on donne une place de choix à l’éducation sexuelle à leur égard.

Doit-on accuser notre tradition qui exige, dans certaines localités, qu’il faut donner en mariage les filles dès leur jeune âge ?
Je ne vois pas le problème sous cet angle. Donner les filles en mariage dès leur jeune âge est déjà révolu, du moins est très moindre aujourd’hui. C’est dans les régions du nord que nous continuons de les enregistrer, mais en miniature. De nos jours, il serait un gâchis de donner sa fille en mariage dès son jeune âge en ce sens que la vie d’aujourd’hui est différente de celle d’alors. Il est indispensable pour la fille d’avoir un savoir-faire, des prérequis avant de se marier pour l’éducation et le bien-être de sa progéniture. Au passage, je remercie les Ong et associations qui luttent contre ce phénomène.

Le gouvernement s’emploie à améliorer les conditions d’études des élèves, notamment les filles. Cela est-il suffisant ?
C’est un effort louable, mais cela reste insuffisant à mon avis pour booster l’éducation de nos jeunes filles.

Que préconisez-vous pour inverser la tendance ?
Pour inverser cette tendance, la communication est obligatoire. Nous ne devons jamais être fatigués de sensibiliser nos jeunes filles, surtout des zones rurales sur les conséquences de la débauche et de la dépravation sur leur vie à court et à long terme. C’est d’ailleurs dans cette optique que la Jeunesse Consciente pour la Relève de demain (Jcrd), que j’ai le privilège de diriger, s’est assigné ce noble combat contre ces fléaux. Et par l’aide de tous, nous atteindrons l’objectif commun. Dans ce sens, vous avez que nous sommes actuellement en campagne de sensibilisation dans les Collines sur la thématique. Le but est, à défaut de zéro grossesse en milieu scolaire, de parvenir au moins à la réduction du phénomène. Après les Collines, nous comptons aller dans les autres départements. Je profite de votre canal pour interpeller tous les acteurs du système éducatif, notamment les enseignants qui doivent savoir qu’ils ont le premier rôle à jouer d’autant plus que ce sont eux qui sont plus en contact avec les jeunes élèves. Comme on le dit, la répétition est pédagogique. Quant aux parents qui ont démissionné de leurs rôles, ils doivent intensifier le débat sur la sexualité avec leurs enfants. Que les sanctions à l’encontre des auteurs de ces grossesses soient pragmatiques.
Patrice SOKEGBE
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