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Le Matinal N° 4212 du 23/10/2013

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Affaires d’empoisonnement, de coup d’Etat etc…/Yayi Boni dans le viseur de la France
Publié le mercredi 23 octobre 2013   |  Le Matinal


Le
© Autre presse par DR
Le chef de l’Etat Beninois, Yayi Boni.


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Vérification des transferts de fonds des dignitaires du régime Yayi Boni ; réquisitoire du parquet de Paris contre toute sorte d’extradition de Patrice Talon et Olivier Bocco ; désignation d’un juge d’instruction par les autorités françaises pour poursuivre les magistrats et personnalités béninois complices dans la détention du ressortissant français Johannes Dagnon… Les autorités françaises viennent de passer à la vitesse supérieure. L’affaire Patrice Talon et consorts est en train de devenir une affaire d’Etat.

Désormais, c’est le chef de l’Etat, son gouvernement et les autorités complices de violation des Droits de l’Homme qui sont directement visés. Et dans ce bras de fer qui s’annonce, pas besoin d’un médium pour savoir que Yayi Boni laissera des plumes.

Trop de plumes…

A force de happer des mouches, on finit par attraper une guêpe. C’est ce qui est en train d’arriver au président Yayi Boni. Jusqu’ici, il a eu affaire à des mouches. Il a broyé Fagbohoun ; l’homme d’affaires n’est plus que l’ombre de lui-même. La Sonacop arrachée, tous ses fonciers non bâtis route de l’aéroport confisqués.
Il attrapait des mouches…

Il a harcelé Simon-Pierre Adovelandé jusqu’à étouffement ; enfermé injustement, les Américains ont été contraints de lui trouver un remplaçant à la tête du Millenium challenge account (Mca). Pourquoi ? Monsieur était soupçonné d’être candidat aux élections de 2011. Aujourd’hui, qui peut dire là où se trouve Simon-Pierre Adovèlandé ? Comme pour détruire la famille, son frère est nommé Président d’une banque. Simplement machiavélique.
Il a broyé le député Désiré Vodonon. Il croupit actuellement en prison.

Egrenant son chapelet et comptant dans le désespoir le plus total le nombre de jours qui nous séparent de 2016. Pour la première fois au Bénin, on enferme un citoyen sans plaignant ni plainte. Dossier vide. Ou du moins, son dossier s’appelle Force Clé. Député de ce parti politique, Vodonon a été envoyé en prison en complicité avec …Robert Dossou, lui-même voué aujourd’hui aux gémonies. Pour le pouvoir, briser Vodonon, c’est détruire Force Clé.

La liste est longue. De Ali Salifou Ibrahima dit « Sasif » jusqu’à Séverin Adjovi. Tous les hommes qui ont eu la malencontreuse idée de s’opposer au pouvoir dictatorial du régime ont été réduits à néant.

Cette « réussite » dans l’anéantissement des autres a fait pousser des ailes au président.

Une guêpe nommée …Patrice Talon

Or, il oubliait une chose : jusqu’ici, il ne s’en prenait qu’aux menus fretins. Il ne s’en prenait qu’aux mouches. Et voilà que sa soif d’extermination lui fait perdre la réalité. Il attrapa une guêpe qu’il croyait mouche.

Cette guêpe, c’est Patrice Talon. Et, brusquement…le monde s’effondre autour de Yayi Boni. Comme un château de carte. Il est ramené à la triste réalité : il y a des gens qu’il vaut mieux ne pas provoquer.

C’est à croire même que le président ne dort plus et que ses conseillers (multiples) ont perdu le nord. Chaque jour qui passe, de nouveaux chefs d’inculpation sont trouvés contre Patrice Talon. Et à chaque fois, le président Yayi Boni se plante. Comme un pentium II. Même les avocats du président ne savent plus où mettre la tête. Ils ne savent même plus quels sont les reproches contre Patrice Talon. Tellement ils ont mélangé les pédales qu’ils sont perdus dans ce dédale juridique.

Pour des broutilles, ils ont tenté de l’arrêter. Mais était-ce une arrestation ? Ou une liquidation programmée ? De toute façon, le plan a échoué.

C’est alors qu’apparait la tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat avec des produits qui ne peuvent même pas causer des maux de ventre à un nouveau né. Des produits manipulés par la police béninoise, triturés par l’ancien procureur tombé en disgrâce totale. Bref, le FBI a conclu qu’il s’agissait de foutaises.

Le gouvernement français exaspéré…passe à l’offensive.

L’on tombe alors dans la tentative de coup d’Etat impliquant seulement deux personnes. De mémoire d’homme, c’est du jamais vu. Même au temps de Kouandété, c’était quasiment impossible. A plus forte raison en ces temps où l’armée béninoise est réduite à l’esclavage. De toutes les manières, il fallait trouver un argument pour mettre Talon hors circuit afin de permettre à la révision de la Constitution de prospérer.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, le gouvernement béninois envoie une lettre au gouvernement français pour impliquer le couple Talon dans du blanchissement d’argent allant même jusqu’à évoquer l’implication de Patrice Talon dans des réseaux terroristes. C’est la première fois, dans des annales des relations internationales, qu’un Etat accuse ses propres ressortissants de terrorisme. Du jamais vu. Tout ça, parce que le président Yayi Boni a juré d’avoir la tête de Talon dont le seul tort a été de s’opposer à toute révision de la Constitution.

Mais tout ce cinéma n’a eu qu’une conséquence : attirer l’attention des autorités françaises sur toutes les magouilles au Bénin. Les Français ont finalement compris que le Bénin basculait vers le non droit. Ce qui est contraire à la politique africaine de la Gauche actuellement au pouvoir.

D’abord, ils ont vérifié les transfèrts de fonds de ceux qui nous dirigent. Qui est celui qui tombe dans la nasse ? Le procureur de la République qui a ouvert plusieurs comptes et qui y virait une énorme somme d’argent. Or, les accointances du procureur et du pouvoir sont connues de tout le monde. Il y a donc problème. Comment se fait-il que le procureur de la République, auteur de la poursuite de Patrice Talon, transfère d’énormes sommes en France ?

Par ailleurs, le micmac du procureur général de Cotonou a sonné l’alarme. Micmac consistant à ne pas transférer les dossiers d’empoisonnement et de tentative de coup d’Etat à la Cour suprême. Ce qui constitue carrément une faute professionnelle grave et montre par là la qualité de justice que réserve le pays.

Dans ces conditions, comment voulez-vous que les autorités françaises restent sans réaction face à cette volonté manifeste de tordre le coup à la vérité ?

La réaction ne s’est pas fait attendre. Automatiquement, un juge d’instruction a été désigné par les autorités judiciaires françaises pour informer contre les auteurs de la détention arbitraire de Monsieur Johannes Dagnon, citoyen français, irrégulièrement détenu pas les autorités béninoises. Ce qui veut dire que désormais, toute autorité ayant d’une manière ou d’une autre participé à cette magouille judiciaire, peut être jugée, condamnée et enfermée en France. Dans la ligne de mire, le président de la République, le ministre de la justice, le procureur général…

Est-ce une coïncidence, si, abondant dans le même sens, le parquet de Paris interdit toute extradition des présumés vers le Bénin ? Non. Ce n’est pas un hasard. Car, dans ce dossier, tout est complémentaire. Le moindre fait a sa place dans ce puzzle. Les autorités béninoises sont tombées dans leur propre piège.

En multipliant les chefs d’inculpation, les autorités béninoises pensaient mettre la chance de leur côté. Erreur. Non seulement, ces chefs d’inculpation démontraient l’amateurisme du gouvernement, mais aussi traduisaient un certain acharnement voire harcèlement. Tout un chapelet d’incohérences et d’incongruités : crime économique, tentative d’empoisonnement, tentative de coup d’Etat, tentative d’assassinat, blanchissement d’argent et réseau de terrorisme international… Voici Patrice Talon qui dépasse donc Ben Laden !

Comment voulez-vous qu’on prenne au sérieux un gouvernement qui accuse son propre ressortissant de terrorisme ? Si c’était vrai, les Français seraient les premiers informés. Ceci rejoint d’ailleurs la bêtise (voir la niaiserie) qui consistait à dire que Talon aurait acheté un drone pour abattre l’avion présidentiel. On peut alors imaginer le degré d’inculture de nos dirigeants.

Enfin, l’arrestation et la séquestration du juge d’instruction Angelo Houssou a fini de jeter le doute sur le degré d’indépendance de la justice béninoise et la culture démocratique de nos dirigeants. En d’autres termes, Yayi Boni et son gouvernement ont dévoilé à la face du monde, le calvaire que vit le peuple béninois depuis 2006.

De toute façon, cette arrestation et cette séquestration ont influencé les conclusions du parquet de Paris. Si au Bénin, la police a le culot, avec la bénédiction de l’Exécutif, d’arrêter un juge et de le séquestrer durant des jours, qu’en sera-t-il d’un simple citoyen, comme Patrice Talon, à qui le chef de l’Etat voue une haine aveugle…

Extrader Talon dans ces conditions signifie l’envoyer à la mort :

Le parquet de Paris a dit non

Si pour une adolescente, Leonarda Dibrani, reconduite simplement dans son pays, la France a été sérieusement secouée, qu’en serait-il d’un Patrice Talon ? Surtout que les autorités françaises ont désormais la certitude qu’il sera purement et simplement exécuté si l’on l’extradait ? Ne surtout pas oublier que la France est le berceau des Droits de l’Homme…

Les autorités françaises ne sont plus prêtes à commettre de telles erreurs. Surtout que mêmes les juges d’instruction du Bénin ont abouti à un non-lieu. De toutes les façons, le gouvernement français a affiché clairement sa position : non à toute extradition. Mieux, les autorités françaises veulent voir désormais clair dans ces différents dossiers. D’où la désignation d’un juge d’instruction. Aux autorités béninoises de dormir « en crocodile ». C’est-à-dire un œil ouvert.

Charles Toko

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