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Le séchage des produits alimentaires au bord des voies : un véritable danger pour la santé humaine

Publié le mardi 25 juin 2019  |  ABP
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© aCotonou.com par DR
Les cossettes de manioc séchées au bord de la voie au Bénin
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Le séchage des produits alimentaires au bord des voies devient une habitude qui prend de l’ampleur dans le rang des producteurs, transformateurs et commerçants des produits vivriers au nord-Bénin et précisément dans le département de la Donga, causant des préjudices à la santé humaine et animale.

Par Boni N’Yô SINASSON



Lundi 03 juin 2019. Nous sommes à Tchakpa-Issa, un hameau de l’arrondissement de Bariénou dans la commune de Djougou, à 3km environ du centre-ville de Djougou. Il sonnait 7h 30 mn. Des cossettes d’ignames et de maniocs séchées à même le sol au bord de la voie bitumée sur l’axe Djougou-N’Dali. Une exposition qui n’indisposait pas les passants, et dont les auteurs étaient introuvables. Tout porte à croire que ces denrées alimentaires qui attendent l’éclat du soleil n’ont point de propriétaires. « Nous ne séchons pas les produits vivriers au bord des voies. Ce sont les vendeuses d’ignames pilées et de pâte de cossettes d’ignames qui quittent la ville de Djougou pour venir sécher leurs cossettes », ont fait savoir certains habitants de la zone pointant d’autres potentiels propriétaires des produits exposés.

Ils ont affirmé également ne jamais exercer cette activité de séchage des produits vivriers au bord de la route bitumée. « Allez-y en ville vous allez trouver les propriétaires de ces produits vivriers séchés », ont-ils conseillé.



Les abords et chaussées des axes routiers bitumées transformés en aires de séchage

A Tchakpa-Issa comme dans bien d’autres localités tels que Monè, Founga, Anoum, Wèwè-Wèwè, du département de la Donga et dans plusieurs localités du Bénin traversées par le goudron, les populations riveraines prennent d’assaut les abords et même les chaussées des voies pour en faire leurs aires de séchage des denrées alimentaires. Lesquelles denrées, font partie des habitudes alimentaires quotidiennes des populations des villes et campagnes.

Ces produits vivriers subissent sous le regard impuissant des consommateurs, la pression de la poussière, du soleil, de l’eau, des excréments des hommes et surtout des animaux tant sauvages que domestiques en divagation. Aussi faut-il le souligner, le sang et autres liquides toxiques dus aux accidents de circulation peuvent être lessivés et transportés par les courants d’eau et ou d’air et se poser directement sur ces denrées alimentaires.



Pourquoi sécher les produits vivriers ?

Pour l’ingénieur agronome Abdoulaye Chabi Issa Chabi, directeur départemental de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche de la Donga, le séchage des aliments, c’est pour la conservation des produits alimentaires afin de les rendre disponibles aux consommateurs dans le temps. Facilement périssables, explique-t-il, il va falloir maintenir alors une certaine humidité pour éviter que ces produits soient attaqués par les microbes ou autres choses. C’est pour cela, poursuit l’agronome, pour faciliter la conservation de certains produits comme les céréales, les légumineuses, les tubercules et racines, les agents de la direction départementale de l’agriculture demandent aux producteurs de les maintenir à une certaine humidité.

Par exemple, illustre l’ingénieur agronome, pour pouvoir éviter que les grains et les cossettes d’ignames ou de maniocs ne soient contaminés, il faut une humidité comprise entre 10 et 14 %. Pour les légumineuses, précise-t-il, il faut 8 et 10% d’humidité et pour les racines et tubercules l’humidité doit être autour de 30 et 40%.

L’inobservance des normes hygiéniques facteurs de risques d’intoxication alimentaire avec des conséquences collatérales

Les denrées alimentaires sans lesquelles l’homme ne peut survivre, constituent un danger lorsqu’elles sont malsaines ou mal conservées, a signalé Walidatou Baba-Body, assistante d’hygiène et collaboratrice à la coordination départementale de la composante hygiène et assainissement de base (CDC-HAB) à la direction départementale de la santé (DDS) de la Donga. L’inobservance des normes hygiéniques autour des denrées alimentaires, comporte d’énormes risques notamment des problèmes de santé publique, a-t-elle laissé entendre.

Selon l’ingénieur agronome Abdoulaye Chabi Issa Chabi, pour sécher les produits vivriers, il y a des conditions à remplir, ce qui n’est pas souvent respecté par ceux qui font cette pratique, c’est cela qui fait que l’on observe au bord de nos voies, les usagers, transformateurs et transformatrices, exposer les produits pour faciliter leur séchage et maintenir l’humidité aux pourcentages exigés. « Une fois que vous séchez les produits dans les conditions anormales, inappropriées, cela créée également des conditions d’hygiène inappropriées pour le séchage », a martelé l’ingénieur agronome avant de déplorer ce fait. A l’en croire, le séchage des vivres tout au long des voies, crée un certain nombre de problèmes qui affectent aussi bien la santé des animaux que des hommes. Il fait savoir que des substances très toxiques et nuisibles à l’organisme vont se poser sur ses aliments séchés. Au nombre de ces substances toxiques, précise l’ingénieur agronome, il y a le dioxyde de carbone (CO2), le monoxyde de carbone (CO), les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les combustions des gaz des véhicules également lors de la combustion incomplète, polluent ces produits vivriers séchés dans les tronçons. Les métaux lourds (fer, cuivre, plomb) contenus dans ces gaz d’échappement se retrouvent aussi dans ces denrées et drainent des conséquences dramatiques pour l’organisme telles que les maladies cancéreuses, a fait savoir le spécialiste.

Par ailleurs, évoque l’ingénieur agronome, les champignons peuvent contaminer les denrées exposées. L’aflatoxine, une substance produite par un champignon, une fois ingurgitée, peut provoquer l’inintelligence chez les enfants et des cas de dépressions, d’anorexie, et autres chez les hommes. Très dangereuse, l’aflatoxine ne se détruit pas même à plus de 300 °C de cuisson surtout lorsqu’on sait que nos aliments sont cuits déjà à plus de 100°C, a indiqué le spécialiste.

Les consommateurs de ces produits, renchérit l’assistante d’hygiène, seront victimes de certaines maladies liées à l’hygiène telles que les maladies diarrhéiques, les fièvres typhoïdes, les dysenteries. Lorsque c’est une grande partie de la population qui consomme et qu’éventuellement quelqu’un hébergeait le vibrion cholérique, l’on pourrait assister à une épidémie de choléra surtout quand les produits qui ne sont pas lavés avant d’être consommés, a fait savoir Walidatou Baba-Body.



Des services de contrôle chargés de l’application de la réglementation en matière de production végétale

« Aujourd’hui avec les différentes réformes entreprises par le gouvernement béninois depuis 2016, les agences territoriales de développement agricoles (ATDA) sont créées pour faire la promotion des filières agricoles et les directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche (DDAEP) sont chargées désormais de faire le contrôle de l’application de la réglementation en matière de productions animales , végétales , et halieutiques puis également les aménagements et équipements ruraux », a expliqué l’ingénieur agronome, Abdoulaye Chabi Issa Chabi. Tout ce qui est fonction régalienne, dit-il revient donc aux DDAEP qui sont chargées de représenter les services publics au niveau des départements.

En dehors de ces missions, informe le directeur, la DDAEP, assure la coordination des interventions des acteurs intervenant dans le domaine agricole afin d’éviter des doublons et faciliter des synergies. Cette structure étatique travaille également à collecter les données sur le plan statistique par rapport aux cultures annuelles, pérennes et la production animale, a laissé entendre l’ingénieur agronome avant de souligner humaine contrôle de l’application de la réglementation en matière de production végétale est sans doute l’une des missions régaliennes des directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche.

Les agents d’hygiène en collaboration avec d’autres secteurs tels que la DDAEP, la mairie, essayent de sensibiliser les populations afin d’éviter ces mauvais comportements, a ajouté Walidatou Baba-Body.



L’exposition des produits vivriers sans précautions : les consommateurs, des victimes innocentes ?

« En exposant les produits vivriers au bord des voies, les populations rurales se disent peut-être que ces produits sont destinés à la vente, sans s’en rendre compte quels que soient les lieux de destination, un des leurs peut les acheter, les consommer et tomber malade », a souligné l’ingénieur agronome. Quant à l’assistante d’hygiène à la direction départementale de la santé, les vendeurs et vendeuses se disent qu’il faut exposer les produits pour attirer la clientèle sans s’en rendre compte des risques d’exposition. Les agents de la DDS/Donga, informe-t-elle descendent sur les marchés, dans les gargotes, les grands restaurants, les maquis et même dans les hôtels pour sensibiliser sur l’hygiène des denrées alimentaires. Selon Walidatou Baba-Body, au cours de ces séances de sensibilisation, on leur apprend les précautions à prendre pour garder un aliment dans un état de sainteté, de la conservation jusqu’à la consommation afin que sa consommation ne puisse pas nuire à la santé. « Mais l’homme étant ce qu’il est, le constat demeure », a-t-elle fait remarquer avant de souligner l’insuffisance du personnel à la coordination départementale de la composante hygiène et assainissement de base qui fait que les agents n’arrivent pas à couvrir tout le département.

Dans tous les cas, après l’étape de sensibilisations, l’ingénieur Abdoulaye Chabi Issa Chabi pense passer à la vitesse supérieure en sanctionnant les récidivistes. « Bientôt, nous allons descendre sur le terrain et racler tout ce qui est au bord de la voie comme produits vivriers », a-t-il prévenu avant de rappeler que la DDAEP travaille pour la sécurité sanitaire des aliments au profit de la santé des populations et des animaux. Aux dires du directeur départemental de l’agriculture, beaucoup de projets-programmes, ont aidé à réaliser des aires de séchage malheureusement abandonnées. « Ces aires doivent être utilisées pour que les aliments que nous consommons, séchons et vendons soient de bonne qualité », a-t-il conseillé. Des Organisations non gouvernementales (ONG) au niveau du département travaillent aussi à les accompagner dans ce cadre, a reconnu l’ingénieur agronome.



Les bonnes pratiques du séchage des aliments, la responsabilité de tous

Pour l’ingénieur agronome, Abdoulaye Chabi Issa Chabi, la meilleure façon de manger sain, c’est d’éviter d’exposer des aliments dans des endroits malsains afin d’éviter également d’être victimes des attaques des parasites et autres produits nuisibles à la santé des hommes et mêmes des animaux. « Nous nous faisons notre travail à la limite de nos moyens », a-t-il dit avant d’inviter aussi les relais communautaires à aider les agents de sa direction sur le terrain.

Il est nécessaire, poursuit-il, pour tous transformateurs d’utiliser des bâches ou des sacs de jutes loin des voies pour sécher les produits vivriers.

« Une denrée alimentaire doit être protégée et conservée en de bons lieux », a renchéri Walidatou Baba-Body avant d’indiquer que les vendeurs et vendeuses de cossettes peuvent par exemple mettre le produit dans les sacs et exposer quelques échantillons aux clients sans toutefois vendre les échantillons déjà enlevés.

Les conseillers de villages, les chefs de village et de quartiers de villes doivent aussi accompagner les agents des directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche dans l’éveil de la conscience des populations à travers des sensibilisations afin de mettre fin à ces mauvaises pratiques à multiples conséquences, a souhaité le directeur départemental de l’agriculture.

ABP/BYS/CG
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