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Editorial : ECO : A chaque chef, sa vitesse !

Publié le mercredi 13 novembre 2019  |  Fraternité
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A bas le FCFA et vive l’Eco libéré du trésor français ! Plus besoin d’une tutelle monétaire du colonisateur mais de sa coopération technique et le plus tôt serait le mieux. Se prononçant ainsi sur Rfi et sur France 24 sur ce sujet qui défraie la chronique, Patrice Talon a décroché des lauriers pour sa position sans ambiguïté. Et pour cause, de l’audace et du courage, il fallait l’avoir pour dire les choses telles qu’elles sont. Juste pour cette franchise, certains chefs d’Etats l’ont payé de leur vie. La preuve, la France frustrée a cru devoir, par son ministre de l’économie Bruno Le Maire, répondre à une évidence. Mais qu’importe, depuis lors, sur le processus de l’affranchissement du colonisé de son protecteur-profiteur, le débat au haut niveau est lancé.
Si, pour la course vers l’Eco, Patrice Talon est de ceux des présidents qui ont une approche réaliste, de l’Afrique centrale, Idriss Déby vient à son secours en appuyant sur la gâchette. Sans ambages, le président tchadien fait remarquer que l’injustice a trop duré et qu’il faudrait remettre en cause les accords avec la France afin que les pays ayant en partage le FCfA retrouvent leur souveraineté monétaire. Visiblement, à l’instar du Tchadien, il y a au sein de l’Uemoa, des présidents plus pressés que Talon. A vive allure, ils sont prêts à aller à l’Eco pourvu que l’ombre envahissante de la France disparaisse et laisse place à ce qu’il y a de plus conventionnel. A contrario, le Président sénégalais Macky Sall est de ceux-là qui après 59 ans d’indépendance, trouvent extrêmement grave de sortir précipitamment du FCFA. Tellement à l’aise avec cette monnaie héritée du colon qu’ils ont préféré à l’assurance d’un grand garçon émancipé, vendre à leurs contemplateurs la peur de l’inconnu. En somme, nous avons un échantillon de trois présidents et autant d’approches sur la sortie du FCfA.
Malheureusement, l’histoire nous enseigne que cette diversité de positions des pays africains ne profite toujours qu’à la France mère. En de pareilles circonstances, j’ai une pieuse pensée pour les icônes qui sont, entre autres, Mouammar Kadhafi, Sylvanus Olympio et Thomas Sankara. D’ailleurs, du dernier, je retiens que « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort... ». Mais voilà, on sait désormais que des chefs d’Etats africains de la zone FCFA, il y en a qui se font encore des illusions sur la condescendance suspecte du maître qui prétend les affranchir. Décidemment, Thomas Sankara avait tout compris. Seule la lutte libère et il n’y a que des ennemis de l’Afrique, pour après 59 ans de néocolonianisme, croire au père Noël.
A l’arrivée, nous sommes tentés de penser que les décennies se succèdent mais, les pratiques de déstabilisation, de division en vue du maintien sous le joug colonial résistent au temps. Sinon, que comprendre de ce refus d’affirmation totale dans le concert des Nations sans l’aval de la France ? Pourtant, la Chine, la Russie, l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis ne demandent qu’à nous donner un coup de pouce vers la souveraineté monétaire. C’est dire que pour le développement de l’Afrique, le ver est dans le fruit.
Au finish, sur la route vers l’Eco version Uemoa, en attendant sans doute la Cedeao, la clarification se fait d’elle-même. Evidemment, chaque partie a ses arguments et soutient qu’ils sont les meilleurs. Mais, à mon avis, après 59 ans d’une supposée indépendance, entre le choix des canards boiteux et se réveiller pour suivre les ténors d’une marche à grands pas vers la souveraineté monétaire, ma religion est vite faite et pour rien au monde, elle ne changera.

Angelo DOSSOUMOU
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