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Invité Afrique : Franc Cfa : « Pas de changement de billet avant plusieurs années »

Publié le mardi 24 decembre 2019  |  Fraternité
Réunion
© aCotonou.com par MC
Réunion ordinaire du Conseil des ministre de l`UEMOA
Dakar, le 20 décembre 2019 - Le Conseil des ministres de l`Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a tenu une réunion ordinaire, ce vendredi 20 décembre, à Dakar, au siège de la BCEAO. Photo : Romuald Wadagni, ministre de l`Économie et des finances du Bénin, président du Conseil
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Fini le franc CFA, voici l’éco pour huit pays d’Afrique de l’Ouest. Mais quand la réforme va-t-elle entrer en vigueur ? Quand les billets CFA vont-ils être remplacés par des billets éco ? Le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni, qui préside le Conseil des ministres de la zone UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine = Union des huit pays d’Afrique de l’Ouest utilisant le franc CFA], répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
Romuald Wadagni, à quelle date la réforme va-t-elle entrer en vigueur et à quelle date va-t-on changer de billets ?
Romuald Wadagni : Selon la feuille de route de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest = Communauté des 15 pays d’Afrique de l’ouest], l’évaluation l’évaluation est prévue pour être faite en 2020. Et comme c’est un processus graduel, les pays de l’UEMOA prêts en 2020 pourront commencer l’entrée en vigueur de la monnaie Cédéao. Je tiens à vous rappeler qu’entre le moment où l’on adopte une monnaie et la circulation des billets, il y a plusieurs années qui peuvent se passer, parce que c’est tout un processus, des dispositions qui prennent du temps. L’histoire de la monnaie, comme l’euro en Europe, est assez édifiante dans ce sens.

Pour passer du franc à l’euro par exemple en 1999…
Absolument. La décision a été prise en 1999 et il a fallu plusieurs années avant de voir les premiers euros circuler en France.

Donc concrètement, vous avez une réunion importante au mois de juin 2020…
Oui, mais même avant juin 2020, il y a des réunions. Juin, parce que généralement, c’est à la fin du premier semestre que les données macroéconomiques sur les performances économiques [de chaque pays] sont disponibles pour l’année précédente. C’est-à-dire qu’autour de juin, la Commission de la Cédéao et les différentes instances devraient être en mesure d’apprécier le respect des critères de convergence par chaque pays à fin 2019. C’est pour cela que tout le monde parle de cette date. Et la mise en œuvre de la monnaie se fera dans le cadre de la feuille de route de la Cédéao. Je crois que c’est tout ce qu’il faut comprendre ici.

Le changement des billets en revanche, ce n’est pas pour tout de suite, ce n’est pas pour 2020 ?
Non, il est techniquement impossible de sortir des billets, sauf décision souveraine des chefs d’État. Le processus prend du temps. Ce n’est pas un processus qui dure quelques jours.

Vous avez annoncé donc que 50 % des réserves de change de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne seront plus logés au Trésor français. Mais concrètement, en cas de crise de change et de baisse de vos réserves, qu’est-ce qui garantit aux futurs détenteurs de l’éco que, quoi qu’il arrive, leur monnaie restera convertible avec le dollar et avec l’euro ?
Mais puisque nous avons gardé deux paramètres clés dans la nouvelle monnaie : la parité fixe et la garantie de convertibilité illimitée. Donc, c’est pour cela que nous avons demandé à la France de continuer à couvrir sur ces deux facteurs. Ainsi, aujourd’hui il n’y a pas de risque sur les marchés, sur ce qui va se passer et la capacité de la zone à pouvoir honorer les engagements en devises.

Donc, comme dit votre collègue français Bruno Le Maire, la « France reste garante en dernier ressort »…
Elle reste garante en dernier ressort, à la demande des chefs d’État des pays [de l’UEMOA], parce que les pays l’ont demandé en tenant compte du fait que nous rentrons dans une feuille de route d’une monnaie unique, nouvelle, afin de ne pas perturber les marchés, pour ne pas casser le rythme de croissance de nos pays, et surtout pour préserver le pouvoir d’achat de nos populations et ne pas entrer dans un cycle d’inflation. Il fallait dans un premier temps garder ces paramètres importants. Nous avons eu des échanges avec la France qui a compris notre nécessité et ce besoin. Et nous avons trouvé les accords nécessaires dans ce sens.

Donc, vous avez bien négocié…
Nous considérons que nous avons bien négocié.

Vous dîtes que la France reste garante en dernier ressort. Que répondez-vous à ceux qui disent que finalement, ce n’est qu’une rupture de façade avec l’ancienne puissance coloniale ?
Non. Nous avons cette garantie sans les éléments de contrepartie historique qui existaient. Si on n’avait pas fait les réformes de fond sur le retrait immédiat des représentants de la France dans les différentes instances de gouvernance, comme le Comité de politique monétaire [de l’UEMOA], si on n’avait pas fait ça, on aurait dit : « Oui, c’est de façade en fait parce qu’ils sont là, ils vont prendre les décisions ». Mais là, non. Franchement, je pense que non.

Sur la question de la parité entre l’euro et l’éco, il y a eu un débat quand même entre vous, les huit pays. Le Niger et le Burkina préféraient une parité flottante, alors que la Côte d’Ivoire et le Sénégal voulaient garder une parité fixe. Pourquoi est-ce ce dernier point de vue qui a prévalu finalement ?
Non. Le point de vue qui a prévalu et qui a fait l’unanimité, c’est que nous allons adopter un régime de change flexible avec ciblage d’inflation quand les 15 pays de la Cédéao seront autour de la table, et on aura adopté l’intégralité des paramètres de la monnaie unique Cédéao. On s’est mis d’accord sur ça. Maintenant, en attendant, on s’est également mis d’accord au niveau des huit pays pour consolider la croissance dans nos États et préserver le pouvoir de nos populations.Pour l’instant, il fallait absolument garder ces paramètres clés [comme la parité fixe].

Pour rassurer les détenteurs de CFA ?
Pour les rassurer et pour éviter de rentrer dans un cycle d’inflation. Nos pays font face à une crise sécuritaire de plus en plus intense. Si vous rajoutez à cela une crise sociale liée à une baisse de pouvoir d’achat ou bien, en fait, à une inflation non maitrisée, vous comprenez que tout cela retarderait énormément la région.

En dehors des huit pays de l’UEOMA, quels sont les autres pays de la Cédéao qui pourraient rentrer assez vite dans ce nouveau noyau dur de l’éco ?
Plusieurs pays présentent des critères de convergence et sont capables de venir. Mais permettez-moi de ne pas m’avancer encore à ce stade.

Mais tout le monde parle du Ghana…
C’est possible, j’en entends aussi parler.

Côté français, la réforme a été négociée par Bruno Le Maire. Côté africain, peut-on dire qu’elle a été négociée par le ministre ivoirien auprès du Premier ministre chargé du Budget, Abdourahmane Cissé, et par vous-même ?
Non, non. Il s’agit d’une réforme initiée par les chefs d’État. Chacun des chefs d’État et le président Macron ont mis en place un groupe de travail qui a fait le travail.

Et dans ce groupe de travail, il y avait évidemment quelques figures dont l’Ivoirien Abdourahmane Cissé et vous-même ?
Il s’agit d’un groupe de travail des chefs d’État. Je vous laisse le soin de leur poser la question pour savoir les personnes qui ont travaillé sur la réforme. Le plus important aujourd’hui, je pense que c’est de dire que nos pays ont réalisé un pas historique.
Source : rfi.fr
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