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Verdict de la Cour d’appel de Paris sur la demande d’extradition de Talon : Comment la lettre de Djènontin a crucifié le Bénin (L’image de notre pays ternie)
Publié le lundi 9 decembre 2013   |  La Presse du Jour


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© Autre presse par DR
Photo montage du président Yayi Boni et Patrice Talon


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Pour répondre aux «réquisitions du ministère public lors de l’audience en Chambre de l’instruction en date du 23 octobre 2013» au sujet de la demande d’extradition vers le Bénin des Sieurs Patrice Talon et Olivier Bocco cités dans l’affaire de supposée tentative d’empoisonnement du Chef de l’Etat, le Garde des sceaux du Bénin a adressé une correspondance au président près la Cour d’appel de Paris accompagnée des pièces réclamées par ladite Cour. La même correspondance a été transmise à son homologue français avec comme objet : «Etat du Bénin/Patrice Talon, Olivier Bocco. Un contenu qui, sans doute, ternit l’image du Bénin à l’extérieur.
Dans cette lettre envoyée à quelques jours du verdict, avec laquelle le gouvernement entendait convaincre la Cour d’appel de Paris à décider de l’extradition de ces deux fils du Bénin, le ministre Djènontin a tout simplement diabolisé les accusés, particulièrement l’homme d’affaires Patrice Talon. En voulant mettre en difficulté les accusés, le ministre béninois a terni l’image du Bénin à l’extérieur. Les faits que le gouvernement dénonce chez Patrice Talon, en retour, desservent le Bénin. Dans cette correspondance en effet, on peut lire que Patrice Talon avait programmé d’assassiner le juge Angelo Houssou si ce dernier avait passé la frontière bénino-nigériane le 15 mai 2013. Ceci dans le but de créer une crise politique et une instabilité majeures au Bénin. Le document renseigne également que Patrice Talon a créé et instrumentalisé de groupuscules illégaux dans le but de troubler l’ordre public et la sécurité publique. Mieux, selon la correspondance de Valentin Djènontin, l’Etat béninois a été averti par l’Ambassadeur de la France près le Bénin d’un «risque sérieux de crise du système bancaire à cause des crimes commis par Monsieur Patrice Talon pour faux et usage de faux pour avoir soustrait du système bancaire des ressources en termes de créances douteuses d’un montant de près de 60 millions d’euros auprès de six banques…Avec une partie de cette somme, Monsieur Patrice Talon a acheté des intrants qu’il refuse de livrer aux autorités béninoises, alors qu’il s’y était pourtant engagé auprès de la Société Générale. En plus, il fait fabriquer en Côte d’Ivoire des produits de mauvaise qualité pourtant refusés depuis deux campagnes cotonnières par les producteurs béninois. Il s’agit très clairement de représailles pour entraver la lutte contre la corruption en organisant une année blanche cotonnière qui aurait eu des conséquences économiques, sociales et politiques majeures… ». Dans sa lettre, Valentin Djènontin souligne que Talon a toujours clamé qu’il s’en prendrait par tous les moyens à la vie du président Boni Yayi à qui il « …reproche à titre principal de continuer de capter à son seul profit les richesses du pays ; et que faute d’y parvenir, il s’emploierait par tous les moyens à mettre un terme à son mandat constitutionnel en provoquant une crise politique au Bénin». Alors, la lettre souligne que Patrice Talon a mis en place un système organisé de prévarication et de corruption à l’échelle du pays, fondé sur «…une spoliation massive de la richesse nationale, en l’occurrence le coton ; un détournement méthodique des fonds publics…». Bref, l’Etat béninois, en plus des documents qu’il dit avoir transmis à la Cour d’appel de Paris et cités en référence par ladite lettre, a tout mis en œuvre pour avoir la peau de Talon et de Bocco. Mais apparemment, tout ce qui a été dit dans la lettre de Djènontin n’aura pas suffit pour convaincre la justice française. La preuve, la Cour d’appel de Paris a rejeté la demande d’extradition de l’Etat béninois. Mieux, ce sont des choses qui ne rassurent nullement les étrangers à venir au Bénin. Un pays où un individu seul peut faire dicter sa loi à un Etat ! Un pays où un seul individu est capable d’entretenir la corruption à « l’échelle nationale ». Un pays où un seul homme peut créer une crise bancaire. Cela témoigne peut-être de ce que le gouvernement est à ce point impuissant et incapable de se faire respecter. Bref, le gouvernement Yayi a choisi de diaboliser l’homme d’affaires Patrice Talon pour pouvoir obtenir son extradition. Il n’aura pas réussi. Mais ce qu’il a plutôt réussi à faire, c’est ternir l’image du Bénin au plan international. Malheureusement.
Une lettre truffée de fautes
Le ministre Valentin Djènontin a aussi terni davantage l’image de quartier latin de l’Afrique qu’a revêtue notre pays depuis fort longtemps. La lettre envoyée, conjointement à son homologue français Christine Taubira, et au président près la Cour d’appel de Paris, est truffée de fautes. Malheureusement ! Tristement déplorable pour une correspondance de cette importance. Un document avec lequel le gouvernement béninois entend convaincre les autorités administratives et judiciaires françaises de leur livrer Patrice Talon et Olivier Bocco. Un double affront fait à la langue de Molière. La Garde des sceaux française a visiblement dû lire cette correspondance avec dédain, elle qui maîtrise tant la langue de Molière. Les Français la respectent en la matière. On se souvient de l’éloquence avec laquelle la ministre Taubira a défendu, à l’Assemblée nationale, la loi sur le mariage pour tous en France. C’est une correspondance de nature à faire frémir, où qu’ils soient en ce moment, les cadres béninois ayant permis à leur pays d’acquérir le titre de quartier latin de l’Afrique. Entre autres, Paul Hazoumè, Albert Tévoédjrè, Emile Derlin Zinsou, Olympe Bhêly-Quenum, Jean Pliya, Nicéphore Dieudonné Soglo…n’apprécieront guère qu’une lettre de cette qualité soit transmise, au nom de l’Etat béninois, aux autorités françaises à divers niveaux. A défaut de convaincre ces dernières à travers les documents demandés par la Cour d’appel de Paris dans l’affaire de supposée tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, ces compatriotes émérites ci-dessus cités auraient quand même séduit la France et les Français par le maniement de leur propre langue. Le Garde des sceaux béninois a fait preuve de légèreté dans la rédaction de son texte, un document de si grande envergure pour notre cher et beau pays le Bénin. Hélas !
Le journaliste Maurice Chabi entre joie et tristesse
Le journaliste béninois Maurice Chabi, sur l’émission « Zone Franche » de Canal 3 Bénin, le dimanche 8 décembre 2013, s’est prononcé, entre autres, sur le rejet par la Cour d’appel de Paris de la demande d’extradition de Patrice Talon et de Olivier Bocco. Une décision qui a provoqué des sentiments de joie et de tristesse chez le fondateur des « Echos du Jour ». Maurice Chabi, au sujet de ce rejet, dit être en joie parce que c’est une délivrance des accusés, désormais libres de leur mouvement. Mieux, l’invité de «Zone Franche» a salué ce verdict dans la mesure où il aurait aussi pu être dans le sens inverse, c’est-à-dire l’acceptation de la demande exprimée par le gouvernement béninois. En revanche, le représentant au Bénin de « Reporter sans frontière » est triste à cause de l’image du Bénin projetée à l’extérieur dans cette affaire. Pour lui, le Bénin n’est pas n’importe quel pays, surtout depuis la tenue de la conférence des forces de la Nation, instaurant la démocratie dans ce pays. Une conférence nationale qui a permis au Bénin d’être classé parmi les pays les plus élogieux. Maurice Chabi regrette qu’aujourd’hui le Bénin ne se fasse remarquer que par des affaires du genre : supposée tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, supposée tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, le procès Lionel Agbo et Berthe Cakpossa, opposition bannie, médias publics interdits à l’opposition, opérateurs économiques nationaux traqués… « L’on a poussé le ridicule jusqu’au bout», regrette-t-il, espérant que maintenant les autorités béninoises sauront mettre la balle à terre. A cet effet, les réactions nées du verdict de la Cour d’appel de Paris l’inquiètent. Car, pour lui, le Garde des sceaux du Bénin a fait preuve de mauvaise foi en interprétant le verdict de la Cour d’appel de Paris tel qu’il l’a fait.
Jean-Marie Sèdolo et Euloge Badou

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