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Protection côtière à Grand-Popo: Des réalisations d’urgence épargnent Avlo du naufrage

Publié le mardi 8 decembre 2020  |  La Nation
Érosion
© aCotonou.com par DR
Érosion cotière de Cotonou
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Par Maryse ASSOGBADJO,

Zone touristique très sollicitée dans le cadre de la fête des religions traditionnelles, le site de Gbèkon à Grand-Popo a été sauvé de l’érosion côtière grâce aux travaux d’urgence réalisés par le gouvernement et la Banque mondiale, à travers le projet d’Investissement, de Résilience des zones côtières en Afrique de l’Ouest (Waca-Bénin). Au-delà de ces réalisations, c’est tout le village d’Avlo, arrondissement de Grand-Popo, qui est épargné des ravages de l’eau et de l’isolement.

« Autrefois, l’endroit que vous voyez au loin était de la terre ferme. Nous traversions même parfois le fleuve à pied. Notre concession ainsi que le fétiche consacré aux cérémonies entrant dans le cadre de la fête du Vodoun étaient situés à des kilomètres d’ici. Ils ont été déplacés à cause des dégâts de l’érosion côtière », relate Houénoussi Amoussou Linfin, ménagère, la centaine révolue. Arrière-grand-mère, elle évoque avec douleur les épisodes de l’avancée du fleuve Mono couplée avec l’érosion côtière à Gbèkon, arrondissement d’Avlo à Grand-Popo.
Elle et sa famille ont vécu pendant longtemps comme des nomades avant la réalisation des travaux d’urgence de stabilisation de la côte. C’est le niveau d’avancement du fleuve Mono qui a de tout temps déterminé leur migration au fil des années.
« Depuis son emplacement initial, le fétiche nous a toujours accompagnés dans les cérémonies traditionnelles jusqu’à ce que l’endroit soit baptisé ‘’La Place du 10 janvier’’. Depuis lors, les autorités nous consultent à chaque fois pour recenser nos besoins. Vu l’importance du site et au regard de l’avancée du fleuve, il a été déplacé de son endroit initial pour être érigé ici », raconte la vieille mère.
Selon Moussa Bio Djara, géomorphologue, spécialiste en aménagement des espaces littoraux, « la dynamique hydro-sédimentaire qui prévaut sur le site de Gbèkon a entrainé une érosion fluviale sévère de la berge sud du fleuve Mono suivant le sens de la concavité, compte tenu des aléas climatiques ».
Ce phénomène s’est accentué avec la mobilité de l’embouchure. « Ce qui s’accompagne de violents phénomènes d’érosion de la berge détruisant littéralement les plages, les villages entiers ainsi que les infrastructures tant routières que sociocommunautaires. En somme, le long de la langue de terre était sur le point d’être pris au piège dans cet endroit de l’arrondissement qui compte pourtant neuf villages », développe-t-il.


Sérénité retrouvée

Attendues pour août-septembre 2019, la saison de crue du fleuve Mono et la montée des eaux marines devraient occasionner une rupture de la langue de terre sur le site de Gbèkon, qui réunit souvent la communauté vaudou lors de la fête des religions traditionnelles. Le point critique étant atteint, il fallait parer au plus pressé.
Si le village d’Avlo et son fétiche ont retrouvé leur sérénité aujourd’hui, c’est grâce à l’importante intervention du gouvernement à travers le Projet d’Investissement, de Résilience des zones côtières en Afrique de l’Ouest (Waca-Bénin), financé par la Banque mondiale. Autrement, ces populations Xwla courent de grands risques : création d’une île dans cet arrondissement de Grand-Popo, disparition de cocotiers et plusieurs villages et bureaux d’arrondissement coupés du monde….
Evalués à 420 millions de F Cfa, ces travaux d’urgence qui précèdent les travaux confortatifs d’aménagement et de stabilisation de cette berge sud du fleuve Mono ont permis d’éviter une nouvelle embouchure et de faire un apport de sédiments afin d’avoir une berge reconstituée ainsi qu’un espace entre la berge fluviale et une distance de sécurité entre la lagune côtière et l’océan.
« Ces travaux ont permis de reconstituer des profils des plages sur la place du 10 janvier et de gagner une berge reconstituée sur près de 150 m », apprécie Moussa Bio Djara, géomorphologue, spécialiste en aménagement des espaces littoraux.
Les populations, principales bénéficiaires de ces travaux en apprécient la portée. « Nous sommes ravis que les autorités nous aient aidées à réduire les dégâts de l’érosion côtière. Si l’avancée du fleuve n’était pas maîtrisée, ça poserait d’énormes soucis pour ceux qui exploitent le site lors des cérémonies entrant dans le cadre de la fête des religions endogènes. Nous souhaiterons que les travaux effectués puissent durer dans le temps afin que l’eau ne ravage pas tout sur son passage », espère Houénoussi Amoussou Linfin.
L’un de ses fils, Robert Amoussou Linfin, pêcheur, âgé de 75 ans, a vécu lui aussi, les affres de l’érosion côtière depuis son plus jeune âge. C’est tout émerveillé qu’il accueille les travaux d’urgence réalisés sur le site : « Le travail que les gens ont effectué ici est appréciable. Sans ça, notre maison serait déjà peut-être sous l’eau ».


Maîtriser l’avancée de la mer

Il est prévu des digues de protection sur le site pour maîtriser l’avancée de la mer. Des palétuviers et des cocotiers sont installés sur des surfaces autrefois envahies par l’eau, afin de consolider le sol de la berge reconstituée et de protéger plusieurs maisons et infrastructures des dégâts de l’eau.
L’arrosage, l’entretien et la surveillance du site sont confiés à des agents recrutés à cet effet.
Très sensible du point de vue environnemental et riche sur le plan patrimonial, la Place du 10 janvier est stratégique pour le développement économique de la côte ouest du Bénin.
Evrard Kinkpa, quadragénaire et l’un des gardiens traditionnels du site, exprime sa joie d’assister aux travaux d’urgence.
« Heureusement pour notre village qui assistait, la mort dans l’âme, à la disparition de cette place qui lui sert d’espace de manifestations culturelles, cultuelles et traditionnelles », se réjouit-il.
Melchior Kouchadé, spécialiste en sauvegarde environnementale à l’Unité de gestion intégrée des projets (Uigp), rassure que ces travaux d’urgence de stabilisation de la berge sud du fleuve Mono respectent les normes environnementales.
En attendant les réalisations définitives, il ne reste qu’aux populations riveraines de prendre conscience de l’enjeu en veillant au respect des règles liées aux travaux d’urgence.
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