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Dr Aimé Sènon à propos de l’addiction au jeu de Loterie Nationale du Bénin: «Il y a même des gens qui vont prendre le fâ pour ça»

Publié le lundi 6 septembre 2021  |  L`événement Précis
Aimé
© Autre presse par DR
Aimé Sènon, Sociologue et enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi
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Femmes, hommes, jeunes et même enfants deviennent accros à la loterie malgré la faible chance de gagner lorsqu’ils jouent. Aimé Sènon, Sociologue et enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi, s’est prononcé sur le sujet à travers une interview accordée au journal L’Evènement Précis.

L’Evénement Précis : Qu’est-ce qui motivent les gens à jouer à la loterie ?

Aimé Sènon : Ils sont mieux placer que moi pour dire ce qui les motivent à aller à ce jeu. Néanmoins, étant un acteur social et ayant été aussi un agent, je pourrai simplement dire que c’est la quête de l’argent ou de gain. Ce n’est pas le gain facile ou l’envie d’avoir de l’argent spontanément sans avoir dépensé de l’énergie. Second point, c’est également une occasion pour tenter ce qu’ils appellent chance. C’est pour voir s’ils ont ce que moi j’appellerai le ‘’Tadagbé’’, ce que le musulman appelle ‘’Barka’’. C’est donc une occasion pour eux de faire ces tests. Une troisième motivation, c’est le faire-faire. Quelqu’un a fait, moi aussi j’irai voir comment ça se passe. Et c’est souvent ceux-là qui commencent déjà avec des petits sous comme 100f… Donc tout le monde fait comme du mimétisme, il a fait et je vais aussi faire. Je constate aussi que certains en font toute une archive. C’est une manière de montrer aux gens qu’ils sont de ceux qui tentent toujours et qui gagnent. A défaut de mettre une coupe dans leurs chambres, il y en a qui amassent et collectionnent des documents. Ils se donnent le plaisir de dire à tout venant qu’ils sont dans le domaine depuis plusieurs années. Cela relève aussi de ce point parce que c’est un plaisir que cela leur procure. Il leur faut toujours tenter et amasser pour se donner un nom dans le quartier. De façon synthétique, voilà ce qui est souvent à la base de ce choix porté vers le jeu.

L’addiction au jeu n’est-elle pas aussi liée à des frustrations financières ?
Oui, c’est possible.

Mais, quelles sont les réelles motivations des joueurs ?
C’est parce qu’ils croient en quelque chose. Et ce qui les pousse à faire cela, c’est la conviction selon laquelle ils se disent qu’ils ont une chance dans leur vie. Ils se disent un peu j’ai » tâdâgbé ». C’est des gens qui pensent que, c’est ancré dans leur mentalité, dans leur conscience. Ils pensent qu’ils ont une chance que les autres n’ont pas et cela les pousse à le faire. Une fois que cela leur réussit, ils vont dire qu’ils sont chanceux et vouloir continuer. Ils vont jusqu’à trouver des jours précis, le jour de leur naissance, le jour de naissance de leurs enfants, de décès d’un parent cher, pour tenter de jouer et gagner. Il y a des gens qui vont même prendre le fâ. Ils se disent que le fâ connaît leur chance et qu’ils peuvent gagner. Secundo, il y a quelque chose qui vient de leur psychologie, de leur mental et quoi les rassure de ce qu’ils peuvent avoir facilement de l’argent. Ils ont pour mentalité de donner 100F pour gagner 500F. Ceci peut aussi les pousser à aller au jeu. Ceux à qui ça marche tiennent un discours qui incite également l’autre à aller jouer. C’est imprimé en eux. L’autre facteur de l’addiction, c’est aussi le plaisir de se voir dans les centres de jeu. C’est-à-dire qu’il se bombe la poitrine parce qu’il est dans un centre de jeu. Il est fier de se donner une identité, comme quelqu’un qui a toujours cette chance de jouer et de gagner.

L’addiction au jeu n’est pas traitée comme une maladie ?
Ce n’est pas évident, juste que cela profite à l’Etat. L’Etat aussi gagne quelque chose. Ne pensez pas que l’Etat va mettre en place une structure pour considérer que l’addiction au jeu de la ‘’LNB’’ est un problème psychologique ou peut être psychique. Ce n’est pas évident. Maintenant, la conscience collective appréhende le discours qui est tenu sur ces jeux comme un appât, un piège pour pouvoir dépenser beaucoup d’argent. C’est un peu comme le soulard qui va dans une buvette puisqu’il est habitué à se souler. Plus il en prend, plus il est convaincu que son organisme le maintiendra debout. Alors, ce soulard te dira que l’alcool est une bonne chose et c’est quand il en prend qu’il retrouve sa forme. Donc, tout le discours qu’il va tenir sur l’alcool sera différent du discours qu’un normal ou un personnel médical aurait tenu sur l’alcool. C’est pratiquement la même chose. Donc, c’est un appât et les gens sont prêts à aller dépenser beaucoup d’argent dans ces centres pour revenir à la maison la poche vide. C’est aussi un plaisir pour eux de le faire. Il y a également certains paramètres qu’il ne faut pas négliger et qui relèvent des pesanteurs sociaux culturelles. Par exemple, certains peuvent être victimes du ‘’Gou’’ c’est à dire le grigri ou du ‘’Azé’’. Ces facteurs peuvent les orienter vers ces appâts et ce jeu sera leur motif d’investissement chaque fois qu’ils trouveront de l’argent. Personne ne peut les arrêter et si vous tentez de le faire, vous devenez leur ennemi. Je me rappelle que pour le jeu de carte, un ami m’a raconté avoir vidé sa poche, laissé sa ceinture, ses chaussures et était prêt à se déshabiller, toujours dans le but de gagner. Mais enfin de compte, c’est son papa qui a été interpellé. Ce n’est pas normal que quelqu’un qui prend son salaire l’investisse dans un jeu au lieu que ce soit dans une entreprise ou dans l’entrepreneuriat.

Faut-il alors interdire aux gens de jouer ?
Non, on ne peut pas interdire aux gens de jouer puisque la LNB est une société d’Etat. L’Etat peut traduire devant les juridictions compétentes la personne qui interdira le jeu de la LNB. Certains jeux participent à l’éducation et au développement personnel, ce qui n’est pas le cas du jeu de la LNB. Dans ce cas précis, vous venez juste pour tenter votre chance ou votre tadagbé. La LNB a également fait des publicités dans ce sens et qui touchent des considérations sociales et culturelles.

Propos recueillis par Arielle KADI, Constantine SOHOU & Armand SOSSOUKPE (Stags.)
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