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Bénin: Succession de Patrice Talon : Faites vos jeux

Publié le vendredi 24 septembre 2021  |  Matin libre
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© Autre presse par DR
Bénin: Succession de Patrice Talon
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Il relèverait d’une folie absolue de croire que le régime de Patrice Talon est éternel. Il ne l’est pas. Chaque jour nous rapproche plus de sa fin que de son commencement. C’est la loi immuable du temps et des choses. Penser donc à l’après-rupture devrait alors être du ressort du simple bon sens politique. Ceux qui, tenus par les griffes du présent, n’osent pas jeter un regard hardi sur l’avenir, auront forcément tort devant l’histoire, leur propre histoire. Ce n’est sans doute pas le cas de la dizaine de personnalités que nous avons triées et qui, sans forcément y penser chaque matin en se rasant, suivent d’une façon plus ou moins fébrile le compte à rebours du régime Talon.

JOSEPH DJOGBENOU

Il paraît avoir tout eu sous la Rupture. D’abord avocat personnel de l’homme d’affaire Patrice Talon pendant ses moments de démêlés avec le régime défunt du changement-Refondation, il fut sans grande surprise, nommé Garde des sceaux, ministre de la justice dans le premier gouvernement de Patrice Talon. Deux ans plus tard, il succède à Robert Dossou au prestigieux poste de président de la Cour Constitutionnelle. Un poste que certains analystes de la vie politique nationale ont considéré comme un garage, une sorte de Sibérie pour VIP. Mais on n’oublie pas que Joseph Djogbénou, avant de rallier la candidature de Patrice Talon pour la présidentielle de 2016, préparait activement sa propre candidature, à la tête de son mouvement mi-politique mi-civil Alternative citoyenne. Cela se voyait aussi clairement qu’un nez au milieu de la figure. Le sabordage du projet présidentiel de Joseph Djogbenou au profit du candidat Patrice Talon en 2016 serait-il un renoncement définitif ? Personne ne prend le risque de le croire. Une ambition présidentielle s’éteint difficilement. Cependant Joseph Djogbenou a deux obstacles sur son chemin. Le premier est un problème de calendrier, la fin de son séjour à la présidence de la Cour Constitutionnelle pouvant ne pas correspondre avec le calendrier électoral surtout dans la perspective d’un renouvellement de son mandat dans deux ans. Le second sera la difficile manœuvrabilité de ses lieutenants politiques d’hier, aujourd’hui activistes du parti Union Progressiste.

AURELIEN AGBENONCI

Comme Joseph DJOGBENOU, Aurélien Agbenonci a dû, lui aussi mettre en veilleuse ses ambitions présidentielles pour se ranger docilement derrière le candidat Patrice Talon lors des présidentielles de 2016. Il s’en sort avec le strapontin de ministre des Affaires Etrangères. Cet ancien fonctionnaire international affable et au sourire figé n’a sans doute pas définitivement tiré le rideau sur son projet laissé en suspens. Il pourrait donc se remettre en lice, même si personne ne vend très chère sa peau dans cette compétition ou il fera mine encore une fois d’OVNI tant ses marqueurs politiques sont introuvables. Ce qui est sûr, l’homme semble très heureux d’être ministre. Pour le moment.

ROMUALD WADAGNI

Lui, c’est le jeune surdoué du gouvernement.

Inconnu du grand public jusqu’à l’avènement du régime de la Rupture, Romuald Wadagni, prend le poste sensible de ministre des finances et gravit rapidement les échelons. Il gagne aussi très vite en assurance et réussi à faire passer les pilules les plus amères des réformes du premier PAG. Il prend surtout des galons au point d’être aujourd’hui un super ministre d’Etat. Dans l’opinion, cette ascension et ce niveau de confiance que lui exprime son chef, le désigne dare-dare dans la liste des options dans la perspective de l’après-Talon si, bien sûr, on se place dans la logique de la conservation des acquis de la Rupture. Le jeune Romuald Wadagni, fraîchement orphelin de son père Nestor Wadagni, grosse ponte de l’ancien PSD et figure de proue du parti Union Progressiste, y pense-t-il en se rasant tous les matins ? Rien n’est moins sûr. Toujours est- il que si Patrice Talon décidait de le mettre en orbite pour sa succession, il devra faire l’essentiel du rametage politique, avec l’espoir que la classe politique lui obéisse au doigt et à l’œil comme aujourd’hui.

OSWALD HOMEKY

Sans grand passé politique, hormis un bref passage dans les vestiaires de l’Alliance ABT, Oswald Homeky a rejoint la candidature de Patrice Talon en 2016 sans trop se poser de questions. Disons, pour être juste, que Oswald Homeky fut la principale incarnation de la jeunesse autour du candidat de la rupture. Celui-ci lui fera un retour d’ascenseur qui dure depuis plus de cinq ans. Et même si l’intitulé de son ministère a changé entre-temps et qu’il a été amputé du volet « Culture », Oswald Homeky fait figure de « bon petit du boss ». Ce qui lui vaut une succession de surnoms plus ou moins inspirés comme «Petit Agbonnon », « Petit sapeur » et bien d’autres de plus verts encore. Homeky n’est pas naïf et sait très bien que la finesse du costume taillé sur mesure n’a rien à voir avec le succès en politique. Il a d’ailleurs déjà fait, avec succès, l’expérience du suffrage indirect aux dernières élections législatives où il conduisait la liste UP dans la onzième circonscription électorale. Oswald Homeky pense-t-il sérieusement à l’après-Talon?

Se voit-il Kalif après le départ du kalif ? Tout près n’est pas loin, comme le disent les ivoiriens. Nous y verrons bientôt plus clair.

JOHANNES DAGNON

Lui, c’est la matière grise du système. Les informaticiens diraient « Le big Data ».

C’est naturellement lui qui sera la boite noire du règne de Patrice Talon. A la tête du tout puissant BAI (Bureau d’Analyse et d’Investigation), il a son regard sur toutes les réformes de la Rupture et sur le fonctionnement de toute l’administration béninoise depuis plus de cinq années. Ce discret pontif de l’expertise comptable, patron du cabinet Fiduciaire d’Afrique a été révélé au public Béninois dans la chaleur des affaires dites d’empoisonnement et de coup d’Etat sous le règne du président Boni Yayi. Un feuilleton politico-médiatique dans lequel Patrice Talon tenait le rôle phare. Johaness Dagnon qui comptait au nombre de ses co-accusés, fit la prison au Bénin alors que le principal accusé, Patrice Talon était parti du pays dans des circonstances dignes d’un film de James Bond, pour s’exiler en France. Ces moments douloureux partagés ont sans doute davantage sondé les deux hommes que liaient déjà familles et activités professionnelles. De sorte qu’on peut affirmer aujourd’hui que le puissant patron du BAI, Johannes Dagnon est dans le trio décisionnel au sommet de la pyramide de l’exécutif. Johannès Dagnon partira-t-il quand Patrice Talon passera le témoin? Voudra-t-il succéder à son cousin comme continuateur des œuvres entamées ensemble ? Wait and see.

OLIVIER BOCO

Son nom est plus connu que sa personne physique. Il fut le Simon de Cyrène derrière Patrice Talon lorsque celui-ci, en confrontation directe avec le régime Yayi faisait son chemin de croix. Bien lui en a pris. Il est aujourd’hui cité en exemple quand on parle de loyauté et de fidélité. Cet évangélique concentre dans ses mains l’essentiel de ce qu’on pourrait pompeusement appeler ailleurs « Les affaires présidentielles ». Même s’il n’a pas de titre officiel, Olivier Boco est considéré comme l’ombre incarnée de Patrice Talon. Les limites de ses prérogatives ne sont pas clairement connues et son culte de l’effacement et de la discrétion n’aide pas à y voir clair. On le sait très actif dans la gestion du volet politique de la Rupture, entre autres. Difficile donc de croire que Olivier Boco abordera l’après-Talon dans une passivité absolue qui pourrait être porteuse d’écueils plus tard. Jusqu’à quel niveau s’impliquera-t-il, le moment venu, dans la gestion de l’alternance ?

RECKYA MADOUGOU

Autant que le permettront les circonstances le moment venu, Reckya Madougou fera valoir à nouveau ses ambitions présidentielles. Son excitation et son engagement seront d’autant plus grands qu’il s’agira de succéder à Patrice Talon, celui à qui elle a tenté il y a quelques mois, de se poser en alternative sérieuse. On connait la suite de l’histoire qui continue d’agiter les prétoires à la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET). Reckya Madougou connait le pouvoir et ses mœurs sous nos cieux. Pour être restée dans le milieu au Bénin et au Togo depuis une quinzaine d’années. On suppose donc qu’elle a réfléchi à tous les contours de son engagement dans la course pour le fauteuil présidentiel. Auquel cas, elle sait que cela pourrait s’avérer une course de fond et non un sprint. Elle tiendra, à coup sûr, à dire son mot dans la succesion de Patrice Talon.

PAUL HOUNKPE

C’est le grand patron officiel de l’op position béninoi se. Quel que soit le procès en illégitimité qui lui est fait par une partie de l’opposition, Paul Hounkpè, président du parti FCBE n’est pas peu fier de son statut. Il avait conduit le parti aux dernières élections présidentielles en partageant un ticket avec Djimba Soumanou. Dans une certaine logique, il devrait se proposer en une force alternative pour la succession de Patrice Talon.

FREDERIC JOEL AÏVO

On peut le classer parmi les souffre-douleurs de la Rupture depuis qu’il a entamé sa longue via dolorosa judiciaire dans la foulée de la dernière crise post-électorale. Accusé de terrorisme, il est déféré devant la Cour de Répression des Infractions Economique et du Terrorisme (CRIET) qui jeint sous le poids de son dossier. Joël Aivo s’est audacieusement lancé dans la course à la marina avec l’assurance de ceux qui n’ont rien à craindre. Pendant plus de deux ans, il a parcouru le Bénin urbain mais surtout le Bénin rural, prêchant le « Joêlisme » qui, à la fin, tenait en une seule phrase, un cri de guerre : « cinq ans c’est cinq ans ». C’est ce slogan qui l’enverra dans la turbine de la justice. Ce qui demeure inchangé jusque là, c’est l’envie clairement exprimée de Joël Aivo d’incarner une alternative réelle et crédible à Patrice Talon. Depuis la prison, le professeur semble tenir droit dans ses bottes. Il faudra donc tenir compte de lui à l’heure des adieux de l’actuel chef de l’Etat au convoité fauteuil de la Marina.

DANIEL EDAH

Son aventure ou ses mésaventures avec la compétition électorale présidentielle semblent avoir commencé il y a quelques années par une vidéo surréaliste d’une ambiance surchauffée d’une séance de prophéties comme aiment le faire les pasteurs pentecôtistes anglophones. Daniel Edah, présent dans l’assemblée, est identifié par le pasteur qui, face aux caméras, lui prophétise un destin présidentiel. De petits doigts pas forcément désintéressés, viralisent la capsule vidéo « prophétique » sur les réseaux sociaux. La candidature du « Frère Daniel » se retrouve ainsi mise en orbite à peu de frais dans une partie du milieu évangélique. Le rejet de sa candidature pour les dernières présidentielles n’a pas refroidi le zèle de ses affidés. « Si la prophétie tarde, il faut l’attendre », disent-ils. Sûr qu’on reverra Daniel au rendez-vous du départ de Patrice Talon. Sauf apostasie imprévisible.

NATHANAEL KOTY

IL y a cru dur comme fer. Maisson projet présiden tiel s’est dégonflé comme un ballon de baudruche bien avant lA dernière présidentielle. Cet ancien directeur du poste de péage de Ahozon, devenu président de parti politique, a bien essayé de construire un système de maillage du terrain avant que sa participation à la dernière élection présidentielle ne parte en fumée. Remettra-t-il la mise dans quelques années dans la négociation de l’après-Talon? Fort possible. Le syndrome de l’ambition présidentielle ne peut avoir d’antidote durable chez un nouveau quadragénaire.
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