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Entretien avec Anne Rébecca Dossou-Gbété née FAGNON, Vice-présidente Genre et formation de la Dynamique Unitaire pour la démocratie et le Développement (DUD) : « Il y a tellement d’écueils et de biais qui empêchent une saine émulation »

Publié le vendredi 25 mars 2022  |  Fraternité
Anne
© Autre presse par DR
Anne Rébecca Dossou-Gbété née FAGNON, Vice-présidente Genre et formation de la Dynamique Unitaire pour la démocratie et le Développement (DUD)
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Qu’est-ce qui explique le fait que votre parti soit de moins en moins présent sur l’échiquier politique national ?
Ce silence n’est qu’apparent. Nous n’avons pas baissé les bras. Ceux qui s’approchent de nous constatent que sur le terrain, la Dud a maintenu le cap. Nous continuons de mener au sein du parti toutes les activités programmées. Que ce soit la coordination nationale ou les bureaux départementaux, les activités continuent de se mener normalement sur le terrain. C’est parce que nos activités ne sont pas systématiquement médiatisées que nous donnons l’impression d’avoir rangé les armes. Nos organes continuent de mûrir leurs actions, nous menons des réflexions en profondeur par rapport à la situation nationale, nous menons entre nous des débats de fond que nous répercutons sur les militants à la base. Mais vous devez constater que de temps à autre, nous produisons des communiqués et livrons nos positions sur tel ou tel sujet par écrit.

Au sein du parti, avez-vous été aussi surpris de la fixation par la Cour constitutionnelle de la date du 08 janvier prochain pour les législatives ?
Nous avons reçu l’information avec beaucoup de sérénité, tout simplement parce que dans le cadre de la réforme du système partisan, nous avions déjà capitalisé les différents changements annoncés. Donc démarrer l’année 2023 avec les législatives est déjà acté. Il faut seulement s’interroger sur la pertinence de la décision de coupler la fièvre de fin d’année avec la fièvre électorale. Nous espérons que la Cour constitutionnelle a pu croiser les données au niveau social pour que nous ayons l’assurance que les choses vont bien se passer.

Il y a quatre ans, en 2019, votre parti n’a pas pu participer aux législatives. Peut-on espérer que vous serez en lice cette fois-ci ?
C’est la question fondamentale qui amène à considérer qu’en tant que parti politique, nous sommes continuellement en position de conquête du pouvoir. Quand on sait que nous n’avions pas participé aux législatives de 2019 et que si on n’y va pas cette fois-ci, on tombe sous le coup de la loi, car nous serons pénalisés sur l’existence même du parti, heureusement ou malheureusement, je peux vous dire qu’à la date de la tenue des dernières législatives, la Dud avait souscrit à l’ensemble des préparatifs et avait déjà établi la totalité des dossiers de candidature. Le soir même où la Cena devait fermer ses portes, le ministère de l’intérieur nous convoque pour le retrait d’une correspondance. Nous étions persuadés qu’il s’agissait du récépissé. A notre grande surprise, nous n’avions que nos yeux pour pleurer. C’est cette nuit-là, au dernier moment, que le ministère nous remet un courrier qui nous obligeait à faire des corrections avant d’obtenir le fameux récépissé. Au plan juridique et administratif, nous n’avons pas eu la possibilité de nous présenter à ces élections-là. Ce n’est que le 09 août 2019 que nous avons eu le document d’existence juridique. Pour nous, c’est la première fois que nous nous préparons pour participer aux élections législatives.

Etes-vous de l’opposition ou de la mouvance présidentielle ?
Lors du congrès constitutif de notre parti, nous avons clairement annoncé que la Dud a comme idéologie, la social-démocratie. Nous sommes dans l’optique de rester fondamentalement du côté du peuple béninois. Ce jour-là, nous avons également fait la déclaration officielle que le parti a fait l’option d’une politique centriste. Cela veut dire que nous sommes au beau milieu. Sur le premier volet, nous entendons, à chaque fois que le gouvernement initie des actions de développement qui vont dans le sens du mieux-être des populations, du respect des droits humains et de la bonne gouvernance, le soutenir. A l’inverse, lorsque les actions des dirigeants ne vont pas dans le sens des intérêts du peuple, nous nous opposons à cela.
Mais au regard de la situation qui n’est plus conforme à l’option de la démocratie, de l’état de droit et du multipartisme, la Dud est aujourd’hui, un parti politique de l’opposition.

Quel est le contenu du discours que vous allez adopter lors de la campagne électorale ?
Le président de notre parti a déjà anticipé sur le sujet en mettant en place un certain nombre de commissions qui sont à pied d’œuvre. Nous allons définir et élaborer tout ce qui concerne le plan de campagne. Dès que ce travail sera achevé et validé, il sera porté à la connaissance de l’opinion.
Sur le principe, nous sommes d’avis qu’il faut prendre part à ces élections. Il y a une chose qui me tient particulièrement à cœur. Il y a matière à s’interroger sur la difficulté de dire un « oui » absolu pour ce qui est de notre participation à ces élections. Il y a tellement d’écueils et de biais qui empêchent une saine émulation. Lorsqu’un parti politique ne relève pas de la mouvance présidentielle, il est confronté à des éléments de réforme qui posent problème. Si vous n’analysez pas de façon percutante, votre capacité à contrer tous les obstacles légaux, vous allez dans le décor. La constitution originelle du 11 décembre 1990 n’avait pas suscité de problèmes majeurs pendant 30 ans lors des échéances électorales. Les éléments sur lesquels la révision s’est opérée se présentent aujourd’hui comme des goulots d’étranglement pour les partis politiques sauf les quelques-uns qui sont proches du pouvoir. Les nouvelles conditions imposées dans le code électoral par rapport au nombre de suffrages exprimés obtenus au plan national avant de valider des sièges ne rassurent pas les populations qui cohabitent avec des élus sur qui elles n’ont pas porté leur choix. La Charte des partis politiques met également dans un tel carcan que les exigences sont difficiles à observer. Aussi, dès l’annonce du financement public des partis, la Dud s’est aussitôt mise au travail afin de se mettre dans le sillage d’observer la loi. Il nous est demandé que chaque parti politique installe des sièges, un au niveau national et les autres dans chaque département. Très tôt, la Dud a fait cet effort et il se mène à ces endroits des activités d’animation de la vie politique par les responsables de ces structures décentralisées. Nous avons fait tout ça dans l’optique que l’enveloppe relevant du financement public puisse intervenir en temps opportun afin de nous permettre d’aller vers une approche professionnalisée de notre parti. A notre grande surprise, quand le financement public est devenu une réalité, nous nous sommes aperçus avec d’autres partis que c’est un fiasco total. Comment les institutions peuvent-elles être aussi rigides avec les partis alors que les moyens annoncés n’ont plus été mis à disposition ? Et on attend de nous le devoir d’animation de la vie politique et celui de prendre part aux échéances électorales. La Dud est actuellement confrontée à cette grave question. Nous pensons qu’il s’agit d’une question de justice sociale et cela préfigure de dispositions légales favorables à l’exclusion de certains partis politiques.

La 9ème législature, ce sera 109 députés, dont 24 femmes au moins. Etes-vous prêt à gérer au mieux les intérêts divergents qui surgissent en ces occasions ?
Les habitudes au plan politique sont connues de la Dud. Je n’ai pas encore vu de situation où la discipline politique n’a pas prévalu. Très tôt, nous annonçons les critères que chaque candidat doit remplir, pour que chacun, avant de se déclarer apte, observe par lui-même au niveau de sa circonscription électorale tout ce qui est nécessaire pour que son dossier puisse être examiné. Le travail est fait avec un système d’arbitrage à plusieurs niveaux, de la base vers le sommet. La lumière est faite sur les dossiers qualitatifs.

Sur la question du genre et de l’équité, pensez-vous que la femme peut être réellement épanouie en politique ?
Parler de genre et équité ou de l’égalité de genre en Politique, amène la Femme à comprendre qu’elle a un rôle déterminant à jouer d’égale partie avec les autres hommes politiques, pour tout ce qui concerne la gestion de la cité. Ayant été moi-même, avant la Réforme du Système Partisan, Femme Chef de Parti Politique, je peux vous dire sans hésitation que c’est une source de motivation et d’épanouissement personnel. C’est avant tout une question d’engagement.
En dehors de sa vie familiale qu’elle doit concilier avec ses activités politiques, elle est à même de rivaliser avec les hommes en devenant une militante chevronnée, au service des idéaux de son Parti Politique. Elle peut s’affirmer non seulement comme une femme battante, capable de prendre la parole en public pour donner son point de vue sur toute question politique du pays et ne pas reculer devant les tâches ni les difficultés.
Cela nécessite beaucoup de courage et d’abnégation, une confiance en soi et surtout, apprendre à se respecter pour induire le respect mutuel avec l’ensemble des acteurs politiques qu’elle peut rencontrer sur son chemin.

Avez-vous un appel à lancer ?
Je voudrais m’adresser aux institutions impliquées dans le processus électoral. Il faudrait que des possibilités soient envisagées pour le toilettage des lois qui posent problème afin que nous ayons des élections véritablement inclusives et lever les frustrations. Je voudrais également proposer qu’il y ait un bon suivi lors de la confection de la liste électorale informatisée afin que tous les acteurs puissent crédibiliser cet outil quand il sera finalisé. Cela participera du rétablissement de la confiance. Je souhaite également qu’il soit repensé les conditions d’accès de tous les partis politiques au financement public. C’est une question de justice sociale.
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