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Face à la cherté de la vie, les Béninois se tournent vers des denrées alimentaires plus abordables (REPORTAGE)

Publié le lundi 4 juillet 2022  |  Xinhua
Marché
© Jeune Afrique par Gwenn Dubourthoumieu
Marché Dantokpa, à Cotonou
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Les ménages béninois font toujours face à la dure réalité de la hausse des prix des denrées alimentaires sur les marchés, les contraignant à consommer les aliments dont les prix sont davantage à la portée de leurs bourses, a-t-on constaté vendredi à Cotonou.

Interrogées par Xinhua sur le marché international de Dantokpa, l’une des zones de vente au détail les plus importantes du Bénin, plusieurs mères de famille disent vivre une dure épreuve devant cette situation de la cherté de la vie, jugeant qu’avec un budget de 50.000 francs CFA (80 dollars), elles n’arrivent même pas à nourrir une famille de sept personnes.

"Avant cette situation de cherté de la vie, les prix des denrées alimentaires étaient abordables dans nos marchés. Avec les 50.000 FCFA de pension alimentaire que je reçois mensuellement de mon mari, j’arrivais non seulement à nourrir toute la famille, mais aussi à réaliser une petite économie pour mes soins corporels. Mais maintenant, hélas! C’est impossible", s’est lamentée Angèle Fifonsi, une femme de ménage.

Pélagie Akouavi estime aussi que c’est un véritable casse-tête pour les femmes de ménage de nourrir les membres de leur famille.

"Tout est devenu cher. Même les produits locaux sont aussi chers. Les prix homologués par nos gouvernants en vue de favoriser notre accession à ces denrées alimentaires ne sont plus respectés", déplore-t-elle en se plaignant que ces augmentations ont affecté les habitudes alimentaires de leur ménage.

"Nous ne mangeons plus les mets de nos choix, mais plutôt ceux qui sont à la portée de nos bourses", a-t-elle résumé.

Le marché de Dantokpa, qui aurait dû connaître une grande animation en cette fin de mois de juin où tous les fonctionnaires et employés du privé ont déjà perçu leur salaire, ne connaissait pas cette ambiance caractéristique de la fin de mois où les ménagères affluent pour le ravitaillement du prochain mois.

La morosité règne donc dans ce lieu d’échange, économiquement important pour le Bénin, avec d’ordinaire un chiffre d’affaires déclaré de plus d’un milliard de FCFA par jour (1,5 million de dollars), où les étalages bien garnis n’attirent plus les clients.

"Avec la hausse effrénée des prix des denrées depuis déjà plus de six mois, nous avons perdu nos clients. Bien qu’aujourd’hui n’est pas jour du marché, mais c’est la fin du mois où d’habitude le marché devrait s’animer (...) Mais hélas!", se désole Clémentine Dansou, vendeuse de céréales à Dantokpa.

"Entre le mois de janvier et la fin de ce mois de juin, le prix du haricot rouge est passé de 350 FCFA le kilo à 650 FCFA (de 0,55 à 1,03 dollar) et le prix du sorgho est passé de 300 FCFA à 600 FCFA (0,47 à 0,95 dollar). Quant au mil qui valait 250 FCFA à la fin de l’année en décembre, il coûte maintenant 500 FCFA (0,80 dollar)", dit-elle, assise sur son petit tabouret de fortune.

En citant la note de conjoncture du premier trimestre 2022, Paul Gbaguidi, enseignant chercheur en économie dans une université de Cotonou, estime que cette hausse effrénée des prix des produits locaux ne devrait pourtant pas avoir lieu, puisque que la production céréalière pour la campagne agricole 2021-2022 n’est pas déficitaire.

"A fin mars 2022, les données disponibles du secteur agricole pour la campagne 2021/2022 indiquent une embellie de 3,4% de la production vivrière par rapport aux statistiques de la campagne écoulée. Les productions des racines et tubercules et des cultures maraîchères enregistrent de forts taux de croissance (...), respectivement à 3,5% et 6,9%. Les légumineuses et les céréales affichent des accroissements respectifs de 2,5% et 2,3%", a-t-il fait observer.

Face à cette situation, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a rappelé que les autorités avaient déjà investi plus de 110 milliards de FCFA (plus de 174 millions de dollars) pour atténuer la cherté des produits importés et mêmes nationaux. "La situation de crise actuelle est non seulement liée à la pandémie de la COVID-19, mais (aussi) en partie à la guerre russo-ukrainienne, deux pays qui à eux seuls couvrent 30% du besoin mondial en blé, en pétrole et en gaz", a-t-il expliqué.

Selon le document de programmation budgétaire et économique pluriannuel 2023-2025, si les conséquences économiques directes de la guerre en Ukraine sur l’économie béninoise semblent faibles, la flambée des prix qui en résulte ainsi que l’incertitude mondiale qu’elle engendre sont sources de préoccupation pour le pays.

"La Russie se trouvant être un fournisseur prépondérant du Bénin pour certains produits spécifiques, cette guerre pourrait engendrer des pénuries de produits et des perturbations potentielles dans des chaînes d’approvisionnement", note le même document, soulignant que les simulations montrent que l’économie béninoise pourrait perdre entre 0,4 et 1,2 point de croissance.

"L’inflation devrait augmenter dans une proportion comprise entre 1,2 à 2,6 points de pourcentage. La hausse des prix serait plus importante dans les zones urbaines avec une inflation en hausse de 1,4 à 3,1 points selon le scénario", fait observer ce même document réalisé par la direction générale du budget du ministère des Finances et de l’Economie.
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