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Fraternité N° 3523 du 17/1/2014

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Entretien avec Noël Chadaré au sujet des défalcations sur salaires : « …On prône le dialogue …, mais on pose des actes contraires aux paroles … »
Publié le mardi 21 janvier 2014   |  Fraternité


Le
© Autre presse par DR
Le Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin), Noël Chadaré


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La grève des centrales et confédérations syndicales, renouvelée sur toute l’étendue du territoire national, passe de 48h à 72 heures. A ce sujet, le Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin), Noël Chadaré a dénoncé les menaces de défalcation brandies par le gouvernement pour fait de grève, et invité les travailleurs à la sérénité et à la dignité.

Deux semaines après le mot d’ordre de la grève de 48 heures, les centrales et confédérations syndicales passent à 72 heures. Pourquoi ce changement de vitesse ?

C’est comme ça que cela se passe. Au début, c’était une grève d’avertissement. Avec cette grève d’avertissement, on s’attendait à ce que le gouvernement écoute notre cri de détresse, parce que les choses vont très mal dans notre pays. Malheureusement, on a assisté à un simulacre du dialogue, et ce qu’on a constaté, c’est des intimidations, des communiqués à outrance. Le gouvernement menace de défalquer, de réduire à néant, parce qu’on constate que le gouvernement ne veut pas discuter. On prône le dialogue du bout des lèvres, mais on pose des actes contraires aux paroles. Je veux parler de la menace de défalcation. Les salaires, jusque-là, sont confisqués par le pouvoir. Mais nous tenons à dire que ces menaces et défalcations ne nous font pas peur. Nous avons jugé nécessaire de passer à 72 heures. Si le gouvernement reste toujours insensible à nos revendications, nous irons encore plus loin. Dans la logique des mouvements de grève, on va crescendo. En respectant un peu cela, on passe de 48 heures à 72 heures. On espère que le gouvernement entende raison. Mais si on défalque, la situation va encore s’envenimer.

Qu’est-ce qui a découlé de la rencontre avec la délégation gouvernementale ?

C’est un simulacre de dialogue. C’est une parodie de dialogue. Le gouvernement nous a appelés et il sait déjà pourquoi les confédérations et centrales syndicales ont organisé une marche. Les confédérations ont rempli toutes les formalités. Curieusement, le gouvernement est venu réprimer la marche, violenter les militants, user de la brutalité policière pour disperser la marche. On s’attendait à la présentation des excuses du pouvoir après la rencontre, mais rien n’y fit. Au contraire, il ne fait que menacer. Nous avons estimé que cette rencontre du 13 janvier a accouché d’une souris, parce que le pouvoir n’était pas venu avec des propositions concrètes. Les 5 ministres qui composaient la délégation gouvernementale n’ont pas apporté une solution à ce que nous demandons. On a demandé qu’on limoge le Préfet Placide Azandé et le commissaire Pierre Agossadou.

Vous avez conditionné la prochaine rencontre à la démission du préfet Placide Azandé et du commissaire central de Cotonou Pierre Agossadou. Que va-t-il arriver si le gouvernement ne cède pas à votre exigence ?

C’est le gouvernement qui a l’initiative du dialogue. Le gouvernement appelle, échange avec les représentants des travailleurs. La dernière fois, nous n’avions subordonné la rencontre avec le gouvernement au limogeage de qui que ce soit. Mais après avoir écouté les membres de la délégation, on espérait qu’on nous proposerait des mesures par rapport aux privations des libertés, à l’insécurité, la prise en compte du point indiciaire des 25% qui ne sont pas payés aux enseignants. Mais aucune proposition n’a été faite. Ils sont venus nous écouter. C’est comme si c’était la première fois qu’ils nous rencontraient pour échanger sur les problèmes. Ce qui s’est passé, c’est qu’ils ont dit qu’ils vont aller rendre compte et nous rappeler. Mais à notre grande surprise, c’est des communiqués à la télé qui parlent de la défalcation, les salaires vont traîner… C’est un disque rayé. On a déjà assez entendu cela. Je crois que nous sommes prêts à affronter cela et à dire non.

Les menaces de défalcation brandies par le gouvernement suscitent des inquiétudes dans le rang des travailleurs. Avez-vous quelque chose à dire à ces travailleurs qui hésitent encore ?

Ce que je peux leur dire, c’est qu’ils doivent être dignes, parce qu’on ne peut pas brandir une arme pour dissuader. D’abord, nous avons une loi 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin qui stipule en son article 25 que les grèves ayant pour motifs la violation des libertés fondamentales, le non payement des droits acquis ne sont l’objet d’aucune retenue sur salaire. Et l’Etat, sachant que si on parle de défalcation, les travailleurs auront peur, utilise cette arme. Pourquoi l’Etat n’a-t-il pas défalqué depuis que les magistrats de l’Unamab et les praticiens hospitaliers étaient en grève ? C’est parce qu’on a vu que les enseignants vont en grève qu’on réagit. Parce qu’il sait que c’est le cœur sensible de l’éducation du pays. Nous invitons tout le monde à rester digne. Nous ne sommes pas morts pour fait de grève. Sous le régime Kérékou, nous avons fait des grèves où il y a eu 6 mois de salaire. Pourtant, les gens n’étaient pas morts, ils ont tenu bon. Donc, c’est une question de dignité. Le combat que nous menons est un combat pour la justice, le respect des valeurs démocratiques. Donc pour ça, on doit garder notre dignité, même si on brandit des armes pour nous dissuader. On sait que Yayi a été élu. La grève n’a pas pour objectif d’entraîner un soulèvement populaire pour renverser un pouvoir. La Confédération que je dirige ne fera jamais cela. Et si quelqu’un se hasarde à mettre en ballottage le pouvoir de Yayi, nous serons devant pour dire non. Nous sommes en démocratie et il a un mandat, et il doit aller jusqu’au bout. Les autres confédérations ne vont pas aussi tolérer cela. Il faut qu’on fasse cette distinction. Nous nous battons pour une cause juste. Que nos enfants jouissent des mêmes droits. La population doit pouvoir dire ce qu’elle pense si quelque chose tourne mal.

Comment comptez-vous maîtriser la grève ?

Vous savez, l’Unstb est passée partout pour raconter du n’importe quoi. En réalité, c’est une motion de grève qui ne les concerne pas. Ne trouvez-vous pas qu’il est incohérent ? Les confédérations et centrales ont organisé une marche qui a été reprimée. L’Unstb qui n’a pas participé à la marche et n’a pas signé la motion de grève se prononce sur ce qui ne la regarde pas. Comprenez que le pouvoir utilise les syndicats du genre, parce qu’ils ont de militants qui sont floués. Donc, on les utilise pour casser la grève. Ce qui est sûr, la grève ne sera pas suivie à 100%, mais on aura les secteurs sensibles. On aura la majorité des travailleurs. Si la grève tient déjà à Cotonou et à Porto-Novo et dans les autres départements, notre objectif sera atteint.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE
Patrice SOKEGBE

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