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X78ème Session De L’Assemblée Générale Des Nations Unies: Ce Discours Qui Pèche Sur Des Points

Publié le jeudi 5 octobre 2023  |  Matin libre
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© Autre presse par dr
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Au même titre que la plupart de ses pays limitrophes, le Bénin a pris la parole à la tribune des Nations Unies à New-York lors de la 78ème Session de l’Assemblée générale de l’organisation, qui s’est tenue en septembre dernier. Sauf qu’à l’arrivée, le discours du président Patrice Talon, absent, mais lu par Marc Hermanne Araba, Ambassadeur, Représentant permanent du Bénin auprès de l’Organisation des Nations Unies, est loin de cocher certaines cases à l’interne.



Des sondages faits sur différentes plateformes ou canaux digitaux, ce discours prononcé par le chef de la délégation béninoise, Marc Hermanne Araba qui a prêté sa voix au président Talon, a été sévèrement critiqué. Mais, allons au-delà de l’angle de vue de certains panafricanistes qui ont été déçus du fait que le Bénin n’a pas suivi la tendance du moment en leur offrant un discours osé, radical, anti impérialisme…. Certes, le Bénin ne s’est pas adressé de façon frontale à une puissance étrangère donnée mais on peut dire qu’il est conscient de ce qu’il faut un changement de paradigme face aux défis nouveaux dans la sous-région ouest africaine, sur le continent et dans le monde en général. Et, sans doute, le chef de l’Etat béninois, par la voix de son représentant, a voulu l’exprimer autrement, en des termes plus élégants voire diplomatiques. En effet, l’Ambassadeur Araba a relevé qu’il y a des défis politique et sécuritaire en Afrique de l’Ouest dont le règlement exige une coopération sous régionale et internationale, ainsi qu’un engagement continu en faveur du développement durable et de la démocratie.

« Dans le contexte de multitude de défis complexes auxquels fait face l’humanité, les Nations Unies doivent demeurer pour les peuples de la planète, un phare d’espérance, de solidarité et d’humanisme qu’il nous faut préserver à tout prix et renforcer », a-t-il fait savoir en proposant une refondation de l’organisation et un rééquilibrage des rapports de force, notamment au Conseil de sécurité afin d’augmenter les membres permanents et non permanents conformément à la position africaine telle qu’exprimée par le consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Aussi, a-t-il demandé une refondation impérative de l’architecture financière mondiale qui puisse garantir un environnement permettant un meilleur accès à des financements structurants et durables pour juguler efficacement les impacts des crises mondiales sur les pays du Sud et accroître leurs chances d’atteindre les objectifs de développement durable.

A en croire le représentant de Patrice Talon, le Bénin soutient toutes les initiatives qui contribueront au renforcement et à une refondation ambitieuse de la gouvernance mondiale à travers des réformes appropriées… Et il insiste : « la refondation des Nations Unies que nous appelons de nos vœux exige de prendre la pleine mesure que le monde a beaucoup changé depuis 1945 ; et que si nous voulons tenir les promesses de la charte, la gouvernance de l’Onu doit être reformée en vue d’adapter l’organisation aux défis de notre temps ». Outre la refondation de l’organisation et le rééquilibrage des rapports de force, le Bénin a fait un plaidoyer sur deux autres points qui, visiblement lui tiennent à cœur : « la crédibilité de notre organisation commune se jouera par ailleurs sur notre attitude à apporter enfin, de façon équitable et durable, des solutions pacifiques à des questions qui perdurent depuis des décennies ; au nombre desquelles ma délégation voudrait évoquer (…) : la paix et la sécurité au Proche-Orient notamment la question palestinienne au sujet de laquelle le Bénin réaffirme son soutien aux initiatives diplomatiques visant à créer un Etat palestinien viable doté des attributs de la pleine souveraineté internationale et vivant dans une coexistence pacifique avec l’Etat d’Israël ; le blocus économique commercial et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis d’Amérique. Ma délégation est d’avis que l’assouplissement voire la levée de l’embargo permettra à la population cubaine de faire face aux nombreuses crises qui secouent actuellement notre planète. Dans ce contexte, nous appelons à la prise de mesures concrètes dans le sens de la levée entière et définitive du blocus ainsi que de la normalisation des relations entre ces deux pays, amis du Bénin ».

Justement, sur ces derniers points, beaucoup ont cherché à savoir pourquoi le Bénin n’a pas autant plaidé en citant publiquement les noms des Etats voisins à lui (Niger, Mali, Burkina Faso…) dont les populations subissent également depuis plusieurs mois les affres des sanctions d’organisations sous régionales ? Pour se défendre, le Bénin va-t-il remettre sur tapis la question du couloir dit ouvert pour la circonstance afin de desservir les populations nigériennes en vivres, et auquel s’oppose la junte militaire au pouvoir au Niger ? Cet argument pèserait-il dans la balance même si l’on ne doit perdre de vue qu’à la tribune des Nations Unies, le Bénin n’a pas passé sous silence la situation qui prévaut dans la sous-région ouest africaine ? « La question du Sahara occidentale qui mérite que nous accroissions nos efforts pour trouver une solution définitive en capitalisant les acquis du processus politique tenu sous les auspices du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies dans le cadre de la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité », a déclaré l’Ambassadeur Marc Hermanne Araba.



D’autres pans du discours et la réalité au plan national

A la face du monde, l’un des points majeurs du discours du Bénin, Etat membre de l’Onu, ce sont les réformes de l’organisation mondiale qu’il rêve de voir être mises en œuvre. Supra, on peut constater les propositions de pistes ou orientations formulées, qu’il soutient avec ferme conviction, à l’Onu. « Pays épris de paix, le Bénin reste engagé aux idéaux qui ont présidé à la création de la Cedeao, et de l’Onu et ne manquera pas d’apporter sa contribution à la résolution desdits problèmes. (…), l’avenir de notre organisation commune dépend de notre responsabilité collective à lui donner les moyens de se renforcer et de contribuer à l’avènement d’un système de gouvernance mondiale plus inclusive, qui tienne ses promesses, et garantisse le meilleur avenir possible aux peuples des Nations ; en particulier aux jeunes », a laissé entendre le chef de la délégation béninoise au nom du chef de l’Etat, Patrice Talon.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur Araba, rester engagé aux idéaux qui ont présidé à la création d’une organisation dont on est membre ou à laquelle on a adhéré, n’est-ce pas œuvrer également à respecter ses textes, ses instances et ses décisions ? Pourtant pour la paix dont le pays est épris, des décisions d’institutions sous régionales, africaines et même de l’Onu sont jetées à la poubelle ou ne sont pas mises en application. Dans ces conditions, ces organisations peuvent-elles avoir les moyens de se renforcer si ses membres mêmes ne les respectent pas ? La responsabilité collective dont vous parlez si bien n’est-elle pas en jeu ? Qu’est-ce qui se fait au sommet de l’Etat, au nom de la paix, pour qu’un meilleur avenir soit garanti à des jeunes étudiants en prison depuis trois ans, et sans jugement dans la crise électorale de 2021 ? Quel sort a été réservé au rapport du Groupe de travail des experts de l’Onu sur la situation carcérale de l’opposante béninoise et ancienne garde des Sceaux, Reckya Madougou ? Pour rappel, détenue depuis mars 2021 dans le cadre de la présidentielle et condamnée en décembre 2021 à 20 ans de prison pour des faits de « terrorisme », étant accusée d’avoir financé l’assassinat programmé de personnalités politiques pour empêcher la tenue de l’élection, des faits qu’elle conteste, l’opposante avait été jugée coupable par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), Mais à la suite de l’examen de son cas, le Groupe de travail de l’Onu sur la détention arbitraire a conclu que l’arrestation et la détention « dépourvues de base légale » de la consultante internationale sont « arbitraires » en ce sens qu’elle n’a « pas bénéficié du droit à la présomption d’innocence » et le tribunal n’a pas fourni la preuve de son « implication présumée dans une entreprise de financement d’assassinats », selon le Groupe d’experts, qui conclut « que la mesure appropriée consisterait à libérer immédiatement » l’opposante et « à lui accorder le droit d’obtenir (…) une indemnisation ».

L’avis précise que le gouvernement béninois avait répondu au Groupe fin mars 2022, affirmant notamment « réfuter toutes les allégations de violation des droits fondamentaux de Mme Madougou ». Est-ce la refondation de l’Onu et le rééquilibrage tant attendu des rapports de force au Conseil de sécurité qui amène l’Etat béninois, membre de l’Onu, à s’opposer à certaines décisions qui dérangent ou cela est dû au fait que les avis du Groupe de travail de l’Onu ne sont pas contraignants ?

Dans le même discours, le porte-voix du chef de l’Etat béninois a vanté les efforts que fait le gouvernement de Patrice Talon depuis sept ans, et qui ont permis au pays de passer d’un taux de croissance de 4% en 2016 à 7,6% en 2019 et, d’intégrer depuis 2020, la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Les efforts allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations sur les plans de l’urbanisation et de l’assainissement urbain, l’accès à l’énergie, à l’eau potable, à l’éducation et aux soins de santé, d’autre part, ont été également souligné.

Et Marc Hermanne Araba d’ajouter au nom du président Talon : « Tout ceci se passe dans un environnement politique apaisé avec l’organisation réussie, en janvier de cette année, d’élections législatives libres et transparentes qui ont renforcé la pluralité dans le paysage politique national ». Ouf ! Le Bénin qui a tôt fait de tourner les pages lugubres des élections législatives de 2019 avec les nombreux morts, les arrestations, dégâts matériels et le Parlement monocolore comme finalité ainsi que la présidentielle de 2021 similaire, peut enfin se réjouir devant le monde entier. Se réjouir certainement parce que cette fois-ci il n’y a pas eu de violence, de mort, de dégât matériel et d’arrestation mais aussi parce qu’après quatre ans de monotonie, il y a un autre son de cloche. Cependant au regard de l’ambiance qui a prévalu quelques jours seulement après l’organisation du scrutin législatif de 2023 dont des documents électoraux sont devenus subitement caducs, ajouté au spectacle antérieur resté impuni de votes multiples par lot de carnets de bulletins, n’y-a-t-il pas lieu de bémoliser en œuvrant à faire davantage le ménage à l’interne ?



MIKE MAHOUNA
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