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Edito du 22 mars 2013 : Pauvreté en commune
Publié le samedi 23 mars 2013   |  L`événement Précis




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Nous y voilà. L’Etat est obligé de fourrer son nez dans les communes en y injectant des milliards, dix ans après le début effectif de la décentralisation. Si ce n’est pas la preuve que nos communes n’ont pas réellement prospéré, cela y ressemble beaucoup. Pour la plupart, elles ne sont pas économiquement viables, obligées de vivre au crochet de l’Etat central.

L’illustration la plus patente de cet interventionnisme d’Etat a été vue vendredi dernier au lancement du Projet des services décentralisés conduits par les communautés (PSDCC). Il s’agit d’un projet doté de 23 milliards de FCFA financé en majorité par la Banque Mondiale et destiné à doter nos communes d’infrastructures socio-sanitaires et économiques nécessaires à leur survie. Dans le fond, ce que l’on remarque, c’est la paupérisation de la plupart de nos collectivités décentralisées. Le maire d’une commune déshéritée comme Bonou rapporte que sa localité ne mobilise en tout et pour tout qu’environ 20 millions de FCFA de recettes fiscales par an, alors que les dépenses dites de souveraineté seules se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de FCFA. En clair, sans l’appui du gouvernement et d’autres bailleurs de fonds, sa commune est promise à une faillite sûre. Dans ces localités sans vie économique réelle, l’essentiel de l’activité tourne autour de l’exploitation des ressources naturelles. Il faut encore qu’un hypothétique opérateur économique trouve le moyen d’investir dans la commune pour y exploiter ces ressources naturelles dont la plupart ne sont pas mises en valeur. L’interventionnisme de l’Etat vient donc pallier l’indigence ambiante, liant du coup les communes à la manne venant du ciel, c’est-à-dire du gouvernement ou des bailleurs. Chétives économiquement, délabrées en matière d’infrastructures sociocommunautaires, nos communes sont ainsi des proies politiques idéales pour l’Etat.

Ceux qui ont violemment critiqué le revirement radical du maire de Bonou n’ont sans doute pas pensé aux calculs économiques qui l’ont (certainement) motivé. Isidore Zinsou l’a même rappelé, lui qui est à la tête d’une commune exsangue incapable par elle-même de faire face à ses dépenses de souveraineté.

Les subventions octroyées par le gouvernement permettent quelque peu de sauver la face. Mais alors, l’épée de Damoclès est toujours là : plus une commune est de « l’opposition », moins elle est chouchoutée par le pouvoir central. Un peu comme si le développement d’une certaine partie du pays ne dépendait en fin de compte que de ses choix électoraux. Il suffit même de voir combien de fois certains maires sont reçus et chouchoutés chaque année à la Marina pour mesurer l’ampleur du déséquilibre et de l’injustice faite aux autres qui ne sont jamais reçus.

L’on voit alors pourquoi les cadres à divers niveaux de l’administration ainsi que les députés sans compter même les ministres se battent pour amener certains projets et programmes dans leurs localités. On a vu des ministres de l’enseignement secondaire exiger que certains séminaires se tiennent dans leurs villages, tandis que d’autres préfèrent carrément lancer telle rentrée scolaire ou encore telle célébration internationale sur leurs terres natales. Même s’il y a bien souvent des arrière-pensées politiques dans ces menées subversives, il y a l’idée constante d’en profiter pour animer les communes, leur donner un supplément de vie économique que leur torpeur ne favorise guère.

Les mêmes intentions président à la célébration tournante de la fête nationale du 1er août. A coups de milliards, les voies sont réfectionnées, les centres de santé réhabilités, sans parler de l’aménagement urbain mis en œuvre pour enlever quelques tas d’ordures, curer quelques caniveaux ou réhabiliter les marchés. En hâte. Là encore, c’est toujours l’Etat central qui assure le financement de toutes ces opérations qui apparaissent comme la rançon de tous les désagréments causés durant la célébration. Mais l’idée est d’abord d’en profiter pour réaliser quelque chose dans ces communes qui, autrement, n’auraient pas eu grand-chose. Ce sont des « travaux à haute intensité de main d’œuvre », comme l’on disait du temps du président Soglo. L’on oublie alors de préciser que, de par leur nature, ce sont des emplois précaires qui, générés par des actions ponctuelles de la puissance étatique, disparaitront en quelques mois. Dans ce sillage, le PSDCC devrait générer 1,3 millions d’emplois temporaires…

Dans ces conditions, on ne développe pas les collectivités décentralisées. On met en place des coups de cosmétique qui laissent entière la problématique du développement autonome des communes.

Olivier ALLOCHEME

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