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Bénin : pourquoi des échecs à la lutte contre la corruption ?
Publié le vendredi 14 fevrier 2014   |  Financial Afrik


Le
© Autre presse par DR
Le chef de l’Etat Beninois, Yayi Boni.


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Bénéficiaire du premier compact du Millenium Challenge Account (MCA), le Bénin a été sorti de la course pour l’obtention du second compact en décembre 2013. Pour justifier son éviction, les autorités américaines avancent ses timides efforts dans la lutte contre la corruption (94ème sur 177 pays dans le classement de Transparency International 2013). S’il est vrai que cette décision a suscité une levée de bouclier au sein des autorités gouvernementales prises de court, il n’en demeure pas moins vrai que, passé le temps de l’émoi et de l’indignation, la résurgence de la corruption est une triste réalité, dont il faut comprendre les vraies raisons.

Lorsqu’on examine de très près les griefs du Millenium Challenge Corporation (MCC) contre le Bénin, il apparaît clairement que la responsabilité de l’État. D’une part, l’excès d’interventionnisme étatique offre aux politiques et aux bureaucrates de larges prérogatives dont ils absent afin d’extorquer des fonds aux ménages et aux entreprises. Et d’autre part, le faible engagement des autorités gouvernementales nationales sur le terrain de la lutte contre la corruption, a concouru à l’amplification de ce fléau.

Les exemples en matière de faits avérés de corruption fourmillent. À titre d’illustration, il y a quelques semaines, le Front des organisations nationales contre la corruption (Fonac) était monté au créneau pour dénoncer les résultats d’un concours de recrutement de fonctionnaires au profit du Ministère de l’Economie et des Finances en 2012, concours jugé frauduleux et en avait exigé l’annulation pure et simple. Même le Bureau International du Travail (Bit) à Genève (Suisse) fut saisi du dossier. À en croire le président du Fonac, Jean-Baptiste Elias, les nombreuses irrégularités constatées dans le cadre de l’organisation de ce concours pourraient amener les bailleurs de fond à retirer leur confiance au Bénin. Jusqu’à l’heure actuelle, aucune suite n’a été donnée par le gouvernement à ce dossier. Cerise sur le gâteau, certaines personnalités ont été même promues à de hautes fonctions politico-administratives bien qu’elles aient été directement impliquées dans ce scandale. Une attitude du gouvernement perçue par une certaine opinion comme une prime à la corruption. Ailleurs, ce sont les actes de rançonnement sur les voies publiques et dans les postes de douane dans les frontières qui défraient la chronique sans oublier les collusions régulières entre opérateurs économiques et juges. Il y a aussi les conflits d’intérêt dans la passation des marchés publics comme le cas de la mauvaise gestion caractérisée du nouveau siège de l’Assemblée nationale dont la construction est bloquée depuis plusieurs mois.

Pourtant, les instruments juridiques et institutionnels de lutte contre la corruption existent au Bénin. L’arsenal, dans ce cadre, s’est enrichi, l’année dernière, avec la mise en place d’une Autorité Nationale de Lutte contre la Corruption (ANLC) subséquemment au vote de la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin. Cette institution appelée à connaître des faits de corruption, attend toujours son opérationnalisation, ses membres étant déjà nommés.

Certes, depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont essayé, chacun en sa manière, d’engager une lutte contre la corruption. Toutefois, il s’agit d’actions sporadiques des politiques qui ne suffisent pas pour mener une bataille de fond contre la corruption. Les commissions d’enquête s’enchevêtrent sans donner de probants résultats si, elles n’apparaissent au final comme des effets d’annonce ou de propagande de l’Exécutif. La lutte échoue parce que la stratégie n’agit pas sur les bons leviers. Il y a lieu d’intégrer une rationalité vertueuse dans la lutte contre la corruption. Aujourd’hui, le Bénin doit passer à une vitesse supérieure, celle de l’opérationnalisation et l’application effective des lois déjà existantes.

Il est donc impérieux d’aller plus loin et en profondeur. Néanmoins, en amont, la priorité doit être accordée à l’éducation civique et à la culture du respect du bien public ; des valeurs qui induisent de réels changements dans la société. L’élaboration et la mise en œuvre de procédures administratives simplifiées qui laissent place à une clarté de l’action publique sont indispensables pour gagner cette lutte. Car moins de bureaucratie signifie moins d’opportunités que les fonctionnaires abusent de leur pouvoir. Si nous voulons voir, la corruption reculer un jour au Bénin, la justice doit aussi jouer sa partition, une justice indépendante capable de s’affranchir des pouvoirs politiques, des milieux économiques puissants et des lobbies religieux. Cela passe par une protection effective des magistrats et leur autonomisation financière. Le rôle des médias est également crucial pour aider à la manifestation de la vérité dans la gestion des affaires publiques. D’où la nécessité de garantir la liberté des journalistes et leur protection contre toute ingérence et pression.

Au Bénin, la lutte contre la corruption est une exigence constitutionnelle comme cela est consigné dans son préambule : «Nous, Peuple béninois, réaffirmons notre opposition fondamentale à tout régime politique fondé sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le régionalisme, le népotisme, la confiscation du pouvoir et le pouvoir personnel ». Il revient dès lors à tous les acteurs garants de notre constitution d’assurer la veille juridique et sociale nécessaires afin de venir un jour à bout de ce fléau dévastateur pour l’économie et pour l’avenir du Bénin.

Eugène ABALLO est journaliste béninois.

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