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Atangana, le griot et la souveraineté nationale
Publié le vendredi 28 fevrier 2014   |  Jeune Afrique


Paul
© Autre presse par DR
Paul BIYA, Président du Cameroun


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En ne levant que le petit doigt, la France a-t-elle encore le pouvoir de “limoger” un chef d’État centrafricain ou de commanditer une grâce présidentielle camerounaise ? “Pas de ça chez nous !”, semble expliquer le porte-parole du gouvernement camerounais, après la libération du Français Thierry Michel Atangana.

Sans blague ?

“Humanisme et générosité”. Voilà les deux mots qui auraient inspiré la magnanimité du président Paul Biya à l’égard de Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa, libérés ce lundi après 17 ans de prison et un récent décret de commutations et de remises de peine. La générosité aurait-elle manqué pendant 17 ans ou les circonstances auraient-elles subitement changé au Cameroun ? Ne faut-il expliquer ce subit accès de bonté que par les effluves euphoriques de la célébration du cinquantenaire de la réunification camerounaise ?

À ceux qui évoquent “d’éventuelles compensations” ou “des pressions internationales”, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, brandissait un troisième mot, mardi face à la presse : “souveraineté”. Et le porte-parole emphatique du gouvernement d’évoquer “le droit international” qui “proscrit l’ingérence de qui que ce soit dans les affaires judiciaires d’un État quelconque.” Avant d’enfoncer le clou : “Aucun État, donc, en application de cette disposition, ne peut se permettre d’exercer la moindre influence sur le système judiciaire du Cameroun.” Un point, un trait ?

Hollande, le facteur-clé ?

Le griot officiel de Paul Biya est-il naïf ou considère-t-il ses interlocuteurs comme tel ? En signant un décret qui ne précisait le nom d’aucun détenu et s’appliquait à plusieurs, la présidence espérait-elle que l’opinion ne se focaliserait pas sur le sort particulier de Thierry Michel Atangana, cas judiciaire qui avait particulièrement mobilisé, ces derniers mois, les autorités françaises ? Pour beaucoup, le changement de circonstances qui a inspiré la clémence des autorités camerounaises fut l’élection de François Hollande à l’Elysée.

Alors que ses prédécesseurs avaient toujours hésité à commenter officiellement cette affaire, le président “normal”, lui, avait instruit son ambassadeur à Yaoundé pour qu’il fasse de ce dossier une priorité. En janvier 2013, à l’Elysée, il demandait à Paul Biya une mesure de clémence, jugeant publiquement, par ailleurs, la détention d’Atangana “inadmissible”. En novembre, un rapport du haut commissariat aux Droits de l’homme de l’ONU lui donnait raison en évoquant les “conditions inhumaines” de détention d’Atangana et, surtout, le caractère illégal d’une procédure au cours de laquelle le détenu avait “été jugé deux fois pour les mêmes faits”.

Grand-guignolesques, les propos d’Issa Tchiroma Bakary ? Après tout, le petit théâtre de la politique françafricaine ne prévoit-il pas de sauver la face des chefs d’État “influencés” ? Après tout, le fait qu’Atangana soit libre n’est-il pas l’essentiel ? Après tout, Biya n’a-t-il pas beau jeu de dire qu’il a signé le décret d’élargissement à la seule force de ses petits doigts, sans poigne de fer sur son avant-bras ? Le président camerounais n’est pas le seul à se gargariser avec le mot “souveraineté nationale”. D’autres tirent sur la corde du concept et bien au-delà des anciennes colonies françaises…

Françafrique ou “Africa France” ?

En 2008, le Congolais démocratique Joseph Kabila s’insurgeait contre toute volonté de mise sous tutelle de son pays, après que le chef de la diplomatie belge eut dénoncé “les privilèges fabuleux” des hommes politiques de la RDC. “Le Zimbabwe n’est pas à vendre”, lance régulièrement Robert Mugabe, qualifiant la moindre appréciation internationale du processus démocratique dans son pays de menace pour la souveraineté de l’État. Argument pratique comme un joker qui évite de poursuivre une joute verbale constructive. Même si la notion de souveraineté mériterait d’être redéfinie, lorsqu’il s’agit d’un pays désormais dépourvu de monnaie nationale…

Malgré ces incantations et ses dénis, il se murmure, dans les rues de l’Afrique francophone, que le sort des palais seraient encore largement influencé par les décisions élyséennes. Ne dit-on pas que le départ de Michel Djotodia de la présidence centrafricaine aurait été demandé par la France ? Il y a quelques jours, l’ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, ne se sentait-il pas obligé de préciser qu’il n’avait “jamais reçu de pression de la France ou de quelqu’un d’autre pour arrêter M. Gbagbo” ? Morveux qui se mouche ?

Jeune Afrique

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