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Banale histoire de sorcellerie au Bénin
Publié le mercredi 19 mars 2014   |  24 heures au Bénin




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Comme le savent les observateurs attentifs, et quelque peu désabusés, de l’évolution des mœurs au Bénin, ladite sorcellerie représente aujourd’hui une entreprise qui marche et qui rapporte sans doute gros, si l’on en juge par la guerre généralisée et enthousiaste que lui livrent depuis quelque temps les couvents vaudous à coups d’incantations et d’égorgements de poulets et de moutons, les Eglises évangéliques à coups de gémissements et de transes de délivrance, l’Eglise catholique romaine á coups de prêtres exorcistes plutôt jeunes, de messes-Jéricho inconnues à l’ordo romain et d’images pieuses pleurant ‘‘miraculeusement’’ des larmes de sang, la toute nouvelle Eglise catholique schismatique de Banamê à coup de Daagbo alias Parfaite, incarnation de Dieu Esprit-Saint pour ‘‘calciner les sorciers’’.

​Parlerait pour la nécessité de cette guerre totale l’histoire suivante, aussi navrante que banale. Dans une précipitation étonnante, la jeune dame, trente-cinq ans environ, abandonne sa maison familiale en ville et emménage sur un terrain vague, au milieu de souches d’eucalyptus abattus à la va-vite, dans un cagibi hâtivement bâclé : à peu près 12 m², roseaux mal en point, tôles de récupération rouillées, le tout offert aux intempéries par mille interstices. Depuis ce mois de mars 2014, elle y vit avec sa mère et ses quatre enfants. Pourquoi ce déménagement suicidaire que l’on dirait appel pressant à la misère ? Vous vous renseignez discrètement et obtenez une réponse limpide pour la mentalité ambiante, réponse connue de tout le monde, paraît-il, dans le quartier de provenance de la dame : son cousin est mort subitement. Sa mère (à elle) est aussitôt reconnue coupable de cette mort. En effet on la disait sorcière, et elle vient de s’avérer telle en mangeant ce pauvre garçon au creux d’un grand iroko pendant une nuit satanique. L’oracle consulté l’a révélé, or l’oracle ne ment jamais. Par conséquent, depuis la révélation de cette certitude, la maman certifiée sorcière est abreuvée chaque jour de menaces de mort, d’injures et de sarcasmes par les siens. Saturée d’humiliation et d’angoisse, sa fille a fui et décidé de s’installer avec elle et ses enfants sur ce terrain nu que son père a acheté avant de mourir il y a une dizaine d’années.


​Au nombre des enfants se trouve une jeune demoiselle, quinze ans environ. Elle aide parfois maman à vendre le pain à la criée certains matins. Collégienne ayant des formes et des envies de robes jolies, elle sera bientôt la proie d’un bonimenteur, qui lui promettra des conditions de vie meilleure, viendra la sortir de temps en temps en voiture supposée sienne, fera de petits cadeaux à mère et grand-mère qui trouveront que leur enfant a de la chance qu’un homme ayant des moyens l’ait remarquée. Elles fermeront les yeux puisque ‘‘ça fera une charge en moins’’ avec, peut-être, comme dot désirable, la transformation du cagibi en habitation en dur deux-pièces. Le temps que se réalise ce rêve de bonheur, le bonimenteur engrosse la demoiselle à coups de ‘‘je t’aime’’ et lui intime, apprenant qu’elle est enceinte : ‘‘ Tu t’en débarrasses très vite, sinon il n’y a plus rien entre nous !’’ L’opposition de mère et grand-mère est sans appel : ‘‘On ne refuse pas le don de Dieu’’. Leur enfant accouchera donc dans le cagibi, et elles feront tout pour accueillir décemment ce septième habitant.


​Cependant qu’aucune misère catapultée par l’homme concret sur l’homme concret n’ébranle les ardeurs de nos pourfendeurs de ladite sorcellerie, que nul ne voit circuler dans la rue, parce que c’est Daniel Rops, historien et romancier, qui a raison : ‘‘L’homme est un animal qui sécrète de la souffrance, pour lui-même, et pour les autres.’’ Il n’y a donc pas à combattre une sorcellerie fantasmée. Tous les comptes sont à demander à l’homme concret, vivant, à l’homme bête et méchant, que les incantations et les prières, les quêtes données et la dîme payée, le sang de poulets et de moutons égorgés, ne poussent pas vers la beauté et la bonté. C’est lui, cet homme malfaiteur, qu’il faut concrètement rendre meilleur.

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