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Le Matinal N° 4407 du 8/8/2014

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Karim Rafiatou au sujet d’un éventuel 3ème mandat du Chef de l’Etat :« Nous conseillons à Yayi de partir la tête haute »
Publié le lundi 11 aout 2014   |  Le Matinal


L`ancien
© Autre presse par DR
L`ancien ministre Karim Rafiatou


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L’ancienne ministre Karim Rafiatou a reprécisé les objectifs de la lutte engagée par le Groupe des femmes pour une autre gouvernance au Bénin, dimanche dernier sur Océan Fm. A l’écouter, les femmes bataillent pour permettre à Yayi Boni de quitter le pouvoir en 2016 « en douceur ». Lire quelques extraits de sa déclaration.


Océan Fm : Vous étiez devant la presse la semaine écoulée avec certaines de vos collègues. Pourquoi avoir choisi aujourd’hui de faire l’analyse critique de la gouvernance de Yayi Boni ?

Rafiatou Karim : Je crois, ce n’est pas la première fois qu’on fait une telle sortie. Depuis 2012, nous avons pris l’habitude de dire ce que nous pensons de la façon dont nous sommes gérés dans le pays. Et nous sommes toutes des Béninoises, nous sommes patriotes et nous devons beaucoup à notre pays. Et s’il y a quelque chose qui se passe dans le pays, les premières victimes, c’est les femmes et leurs enfants.

Et avec le pourcentage que nous représentons dans le pays, il n’est pas normal que nous soyons toujours à l’arrière plan. Mais aujourd’hui, nous les femmes, avons décidé de nous remobiliser pour sortir le peuple de la torpeur dans laquelle il se trouve aujourd’hui, pour pouvoir donner un nouvel élan au Renouveau démocratique dans notre pays.

Ce n’est pas que nous sommes contre quelqu’un. C’est pour aider à améliorer la gouvernance que nous avons aujourd’hui.

Mais au cours de cette rencontre vous avez critiqué la gestion de Yayi qui selon l’ancienne ministre Mathys Adidjatou, conduit le pays dans le gouffre.

Nous avons balayé tous les secteurs. Adidjatou a été une proche collaboratrice de Yayi Boni. Elle est sortie du gouvernement, il n’y a pas longtemps. Peut-être qu’elle le connaît mieux que nous autres. Elle a dit un peu comment les choses se passent.

C’est quand même bizarre qu’elle vous rejoigne aujourd’hui qu’elle parle mal de son ancien bienfaiteur.

Est-ce qu’elle parle mal ? C’est ça ce que vous appelez parlez mal ? Moi je crois que non. Il y a des choses qu’elle vivait et qu’elle n’osait dire. Il y a beaucoup d’entre eux qui vivent cette situation. Et c’est quand ils sortent du gouvernement qu’ils commencent à parler. Notre regroupement n’est pas fait que des gens qui critiquent Yayi Boni. Nous ne sommes pas tous du même parti politique. On est ouvert à toutes les tendances. Toutes celles qui épousent nos idées peuvent venir avec nous.

Au cours de la rencontre, vous avez réagi aux rumeurs portant sur un éventuel troisième mandat du Chef de l’Etat. Et vous estimez que le président Yayi Boni doit quitter le pouvoir en 2016. De quels moyens disposez-vous pour gagner la bataille ?

A propos des sujets abordés, c’est ce point-là qui a pris le dessus. Et je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, nous devons respecter les textes que nous nous sommes donnés.

La Constitution stipule que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Et actuellement, c’est le deuxième mandat du Chef de l’Etat qui tire à sa fin. Et nous l’avons invité à respecter la Constitution et qu’au terme de ce mandat, il cède la place à celui qui sera élu.

Nous lui conseillons qu’au terme de son dernier mandat qu’ils puissent partir la tête haute.

Par rapport aux moyens, nous mobilisons les femmes et les hommes. Nous leur expliquons ce que dit la Constitution par rapport à cette question.

Et nous pensons que si toutes les femmes sont informées, le peuple béninois est informé.

Certains estiment que ce rassemblement est circonstanciel. Que leur répondez-vous ?

Je vous ai déjà dit que ce n’est pas circonstanciel. Peut-être avec l’ampleur de notre rencontre, bon ! Sinon depuis 2012, on se rencontrait. On veut que les choses bougent. Peut-être que les choses bougent un peu mais pas comme on l’aurait souhaité. Et je souhaite que le Chef de l’Etat et son équipe nous écoutent, qu’ils écoutent son peuple.

Vous estimez que le Chef de l’Etat n’écoute pas son peuple ?

Vous aussi, vous êtes de ce peuple. Dans les marchés, c’est la morosité totale.

A propos de la correction de la Lépi, êtes-vous allées au Cos-Lépi pour savoir là où nous en sommes ?

La plupart d’entre nous sont dans d’autres groupes. Je fais partie du Front citoyen pour la sauvegarde des acquis démocratiques. On a beaucoup travaillé sur la Lépi. Ceux qui sont au Cos-Lépi nous ont dit que c’est 10 étapes. Mais jusque-là, nous en sommes à la première étape. Et les 9 autres étapes, ça va être pour quand ? Et tel que les opérations sont effectuées au Cos-Lépi, je ne sais pas s’il on aura une liste. Il n’y aura pas de Lépi.

Il n’y aura pas de Lépi ?

Non. Même en 2011, il n’y avait pas de Lépi. J’étais candidate aux législatives. Je peux dire que nous avons été victimes de cette Lépi-là. C’est le jour des élections qu’on a discuté plein de cartes aux gens.

Vous pensez que ce qui se fait au Cos-Lépi n’amènera nulle part ?

Je vous dis que sur 10 étapes prévues, ils en sont encore à la première. Et par rapport au budget, ils ont déjà utilisé la moitié de ce qui est prévu. Et quand vous allez là-bas les interroger, les matériels avec lesquels les gens travaillent, c’est de la vétusté. Les agents à la base ont-ils la formation qu’il faut ? Il y a trop de ratés qui ont été dénoncés. On a dit en 2011 que c’est la Lépi qui nous a conduits au K O. En 2016 ou pour les législatives, ça va nous conduire à quoi ? Peut-être que c’est une mort subite que nous aurons en 2016. Il n’y a pas de Lépi maintenant tel que le travail est fait. On a des spécialistes qui pouvaient faire le travail.

Donc, il faut repenser la chose selon vous ?
Oui, le Chef de l’Etat a dit qu’avant la fin de l’année, il y aura les élections. Et la Cour constitutionnelle dit qu’il n’y aura pas d’élections dans notre pays sans la Lépi. Nous sommes déjà en août. Et le mois d’août est en train de courir. Vous êtes sûr qu’on aura quelque chose de fiable ?

Mais en quoi la responsabilité du chef de l’Etat est-elle engagée ?

Ils ont fait reporter les élections communales. Or, c’est le gouvernement qui doit convoquer le corps électoral. Donc sa responsabilité est engagée. C’est aussi le gouvernement qui doit mettre les ressources à la disposition de ceux qui s’occupent de la Lépi. Il y a trop de ratés dans cette histoire.

Vous prévoyez de jours très sombres pour la Lépi ?

Je ne crois pas que l’on puisse avoir quelque chose de potable avec la Lépi tel que les gens conduisent les opérations d’actualisation.

Donc on peut assister à un couplage des élections. Etes-vous prête pour ce choix ?

Si c’est ce qu’ils veulent, ils n’ont qu’à le dire.

Que pensez-vous de cela ?

Il y a des pays où les élections sont couplées et ça se passe très bien. Et si c’est ce qu’ils veulent, qu’on le dise pour qu’on s’asseye pour que tout se passe bien. Je suis d’accord pour ça. On va faire de l’économie.

A l’Assemblée nationale, il y a une proposition de loi portant suppression du droit de grève des magistrats qui continue de faire débat. Quelle est votre position sur le sujet ?

Je pense que c’est une grosse erreur.

Pourquoi veut-on leur supprimer le droit de grève ? Parce qu’ils osent dire ce qui ne va pas dans leur corporation.

Il y a des textes qui régissent cette corporation. La seule chose que les magistrats demandent, c’est que l’on puisse respecter ces textes-là. ce serait une très grave erreur si on leur retire le droit de grève. Je crois qu’il faut que le gouvernement respecte les textes qu’on s’est donnés.

Comment appréciez-vous les huit années de présidence de Yayi Boni ?

Je pensais que Yayi Boni allait saisir l’opportunité pour corriger les ratés de son 1er mandat. Mais on a l’impression qu’on est maintenant traqué. Nous avons mal dans notre chair. J’ai appelé à voter pour Yayi Boni en 2011.

Mais ceux qui sont avec lui le poussent dans le mauvais chemin. Il ne supporte pas la critique. Ils ont étudié le personnage, ils savent ce qu’il aime entendre.

Il faut que le président accepte la critique. D’ailleurs, ses ministres n’ont pas de marge de manœuvre. Le président se mêle de tout. A leur place j’aurais démissionné.

Est-ce qu’on peut croire en la volonté de Yayi Boni de développer le pays ?

Depuis 2006, nous avons eu des promesses. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Il faut protéger les investisseurs nationaux d’abord.

Dans les grands pays, les présidents voyagent avec les opérateurs économiques de leur pays. Il faut plutôt aider les nationaux à émerger. Ils créent beaucoup d’emplois. Et par rapport à la table ronde de Paris, nous attendons de voir. Que Dieu nous prête vite.

Comment appréciez-vous le message d’Obama ?

C’est un message pour tous les présidents africains qui veulent s’éterniser au pouvoir. Ils doivent partir et respecter les textes constitutionnels. Yayi Boni a eu deux mandats. Il doit laisser la place à quelqu’un d’autre.

Quel candidat pour 2016 ?

La vie politique est animée par les partis politiques. Il faut prendre les gens qui connaissent les réalités du pays. Je refuse l’oiseau rare. Il n’y a pas un scanner pour détecter le bon candidat. Je fais confiance aux gens qui connaissent le pays.

Personne n’est amorphe. On a reculé. La démocratie au Bénin a beaucoup reculé avec lui. Yayi Boni doit prendre les quelques mois qui lui restent pour soigner son image. Il y a trop d’éléphants blancs. Sinon, il va sortir par la petite porte. Ce serait une perte de temps pour les Béninois.

Que pensez-vous aujourd’hui du régionalisme ?

Le régionalisme s’accentue. Avant que le président Kérékou ne prenne le pouvoir on le vivait. C’était terrible. Mais avec l’arrivée du Général Kérékou, ça s’est atténué complètement. Mais là maintenant, ça resurgit et c’est dangereux. C’est grave pour nous.

Vous avez été ministre de l’Enseignement secondaire et maternel sous le Général Kérékou. Il y a quelques jours, les résultats des examens de fin d’année ont été proclamés. On a noté une baisse du taux de réussite. Quelle lecture en faites-vous ?

Je pense qu’il ne faut pas chercher loin pour trouver. Avec le débrayage qu’il y a eu pendant des mois, on ne peut s’attendre qu’à pareils résultats.

Je pensais qu’après ces débrayages, il faudrait prolonger l’année. Quand vous analysez bien, là où il y a eu plus d’échecs, c’est le secteur public puisque dans le secteur privé, il n’y avait pas de débrayage. Et la première cause, c’est les débrayages.

Quand la grève battait son plein, on avait fait une sortie, on avait fait des propositions au gouvernement et aux syndicalistes. Il y a des choses que le gouvernement a accordées après deux mois de grève. Il pouvait anticiper et régler ces questions-là.

C’est triste... Quand j’étais ministre j’avais toujours demandé aux enseignants de trouver une autre forme de lutte parce que la grève dans le secteur de l’Education, c’est grave.

Mme le ministre, il y a une psychose au sein des populations. On parle du virus Ebola.

Je pense que c’est extrêmement grave. Et malheureusement, c’est dans notre sous-région. C’est grave à cause de la porosité de nos frontières. Il faut mobiliser les gens pour sensibiliser les populations. On doit former les élus locaux Et les utiliser dans la lutte contre cette maladie. Il faut également qu’on mette les Ong à contribution. Nous sommes vraiment exposés.

Transcription : W. Noubadan & A. Sassé

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