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Le Matinal N° 4104 du 17/5/2013

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Michel Adjaka Président de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) : « Ce qui est fait peut être assimilé à une résidence surveillée »
Publié le mardi 21 mai 2013   |  Le Matinal


Le
© Autre presse par DR
Le Magistrat Michel Adjaka président de l’Unamab


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Le Matinal : Le Juge Angelo Houssou a été interpellé depuis vendredi dernier par la police qui dit assurer sa sécurité. Quelle est votre réaction ?

Michel Adjaka : J’ai été informé par la presse. Dans les deux dossiers, le dossier de tentative d’empoisonnement et le dossier de complot contre la sureté intérieure de notre pays, le juge a pris une ordonnance de non lieu. Vendredi, j’apprends autour de 22 heures que le juge du 6ème cabinet a été interpellé à la frontière de Sèmè-Kraké. Le sentiment que j’ai, c’est que dans un Etat de droit, il faut toujours s’accrocher aux textes.


Le bouclier de tout acteur dans un Etat de droit, c’est les textes. Lorsque vous respectez les textes, vous pouvez tout faire. Une décision a été rendue. Le procureur a fait appel. Je crois que c’est ce que les textes ont prévu. Il n’y a pas plus. Empêcher le juge de se mouvoir, de traverser la frontière pour des raisons de sécurité, cela constitue déjà une violation des libertés. Ne parlons même pas encore de l’indépendance de la justice. En tant que citoyen, il est libre de se déplacer. Maintenant si l’Etat détenteur de la force publique estime que sa sécurité est menacée, il appartient à cet Etat-là de prendre les mesures nécessaires pour garantir sa sécurité. Ce n’est pas ce que nous faisons souvent qui est conforme aux textes. Garantir sa sécurité ne veut pas dire prendre les mesures pour entraver sa liberté.

Vous estimez donc que sa liberté est entravée…

Aujourd’hui, on m’a dit qu’il y avait à son domicile quatre (04) militaires qui régulièrement montaient la garde. Ce dispositif de sécurité a été renforcé. C’est à croire qu’il est à la maison et qu’il est surveillé.

Peut-on prendre cette mesure-là contre la volonté du juge Angelo Houssou ?

Moi je ne sais pas. Ce qui vient d’être fait et qui peut être assimilé à une résidence surveillée, je ne sais pas qu’il y a des textes qui l’ont prévu chez nous. Si oui, dans quelles conditions peut-on prendre de telles mesures ? Dans tous les cas, je reviens à mon postulat de départ, il faut respecter les textes.

Est-ce-que vous ne craignez pas que la justice béninoise est menacée ?

Est-ce-que c’est seulement la justice béninoise qui est menacée. Avant d’être juge, notre collègue est citoyen. En raison de son statut de magistrat, on doit pouvoir prendre des précautions. Il faut des précautions. On ne peut pas se lever et empêcher un magistrat de se déplacer, d’aller et de venir alors que nous sommes dans un Etat de droit. Je pense que dès lors que le collègue, le juge d’instruction du 6ème cabinet a géré les dossiers dont il s’agit, il a pris des décisions et appel a été interjeté de ces décisions, l’image de notre pays qu’il faut à tout prix soigner au plan international recommande qu’on fasse preuve de retenue. Ces mesures que nous prenons à la va-vite ne sont pas toujours de nature à donner de notre pays une bonne image au-delà de nos frontières.

En clair, il y a immixtion de l’Exécutif dans le Judiciaire ?

Lorsque vous rendez une décision et que vous ne pouvez plus vous déplacer librement, je crois qu’il faut se poser la question de savoir qu’à quoi bon avoir une justice. Parce que si pour toutes les décisions que je rends dans une semaine, les perdants ou les gens qui ne sont pas contents doivent prétexter d’assurer ma sécurité et m’empêcher de me mouvoir, il y a longtemps que vous ne m’auriez pas vu. Chacun n’a qu’à respecter ce que les textes ont prévu. Lorsqu’on perd une décision, sportivement on relève appel. Sur la procédure en appel, rien n’est encore perdu. Les personnes détenues, parce qu’il y a eu appel, n’ont pas été libérées. Donc je ne comprends pas tout le tollé et tout le matraquage médiatique qui entourent ce dossier.

Que pensez-vous alors du communiqué du Procureur de la République lui-même ?

Les deux dossiers ont partagé un destin commun. Le destin de la médiatisation est parfois inutile. Lorsqu’on a un dossier, je pense que le Procureur de la République le sait autant que moi, l’instruction est secrète et on ne doit jamais livrer les résultats d’un dossier en instruction. D’abord, c’est l’enquête de police judicaire, quelle soit enquête préliminaire de flagrant délit ou de flagrant crime, est une enquête secrète. Le serment du magistrat interdit formellement, le serment du Procureur n’est d’ailleurs pas différent du serment du juge, que ce qui est dans un dossier soit révélé au grand public. Ces deux dossiers-là ont été l’objet de médiatisation à outrance. Ensuite, on a constaté que lorsque la décision est rendue, il y a eu un communiqué de presse. Est-ce que c’est les communiqués de presse qui se substituent aujourd’hui aux voies de recours ? Lorsqu’il y a une situation, il faut toujours la gérer avec beaucoup de retenue dans la parfaite légalité. La légalité rien que la légalité. C’est en cela qu’on respectera davantage les acteurs judicaires. Et ce n’est pas dans la médiatisation qu’ils seront célèbres.

Actuellement, pouvez-vous voir votre collègue ?

Je m’apprête actuellement (samedi dernier, Ndlr) à me rendre à son domicile. Je voudrais me rendre chez lui avec d’autres membres du bureau de l’Unamab pour au moins constater de visu les informations que nous avons. Les informations selon lesquelles, sa maison est gardée par un nombre assez impressionnant de forces de sécurité. Je veux bien moi-même faire ce constat afin d’aviser en son temps.

L’Unamab que vous dirigez va donc certainement prendre une position dans les heures à venir ?

Le plus important, c’est que l’Unamab n’opère pas de la même manière que ceux qui depuis hier, ont commencé par s’installer de façon indécrottable dans les médias. L’Unamab a sa méthode de travail, c’est-à-dire vérifier l’information, aller à la source, faire des recoupements avant de prendre une position juste et équilibrée.

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