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La Presse du Jour N° 1902 du 6/6/2013

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Entretien avec Nasser Yayi, Secrétaire Permanent du Conseil Présidentiel de l’Investissement : «Les réformes doivent être exécutées à un rythme élevé et soutenu »
Publié le vendredi 7 juin 2013   |  La Presse du Jour




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Le Secrétaire permanent du Conseil présidentiel de l’investissement, dans cette interview, a évoqué, entre autres, le bilan de ses activités depuis son arrivée à la tête du Cpi. Nasser Yayi a insisté sur la poursuite des réformes, surtout à un rythme élevé et soutenu afin que le Bénin améliore son rang dans le rapport « Doing Business » et dans d’autres indices de notation.
Monsieur le SP/CPI, qu’est-ce qui explique l’offensive médiatique que vous et votre structure avez entreprise depuis quelques jours ?
J’aimerais commencer par vous remercier, M. le journaliste, pour cette opportunité que vous me donnez de pouvoir m’exprimer dans les colonnes de (…). Il est, d’abord, important, pour vos lecteurs, de bien comprendre que le Président de la République a créé le Conseil Présidentiel de l’Investissement (CPI), deux (2) mois seulement après son arrivée au pouvoir en avril 2006 (27 juin 2006), avec pour objectif premier une meilleure promotion du dialogue entre le secteur public et le secteur privé (national et international); le CPI a donc eu à représenter un cadre de concertation – une plateforme de dialogue entre Public et Privé – au sein duquel tout obstacle à la promotion de l’investissement, qu’il soit public ou privé, tout obstacle au développement du secteur privé, tout obstacle à une redynamisation du secteur privé doit être identifié de telle sorte que des propositions de solutions, des propositions de réformes, s’il y a lieu, puissent être faites, de manière consensuelle, à l’endroit du gouvernement pour leur mise en œuvre et la levée des blocages qui auront été identifiés. Le Secrétariat Permanent du CPI (SP/CPI) a, quant à lui, été chargé du suivi de l’implémentation des solutions préconisées au cours des sessions du CPI. C’est dans ce contexte que le rapport Doing Business 2007 de la Banque Mondiale, rapport qui mesure la facilité à faire des affaires dans chaque pays évalué, publié en Septembre 2006, a classé le Bénin à la 137ème place sur 175 économies. Il faut savoir que le rapport 2006, 3ème de la série, publié en Septembre 2005, est le premier à classer les pays, nous classant 129ème sur 155 pays. Et c’est en 2008, après la publication du rapport 2009 qui classait notre pays au 169ème rang (sur 181) que le Président de la République, constatant, à nouveau, un recul de notre pays, a confié, la-aussi, au SP/CPI, la tâche de suivre de la mise en œuvre, par les ministères, des réformes visant l’amélioration de la performance du Bénin dans chaque indicateur du rapport Doing Business et, au passage, celle du climat des affaires au Bénin. Vous voyez donc bien que le SP/CPI a pour obligation de rendre compte, devant l’opinion publique, nationale et internationale, d’une part, des mesures, effectivement, mises en œuvre, par les ministères et devant positivement affecter notre environnement des affaires et d’autre part, fournir les explications au classement de notre pays à chaque publication du rapport Doing Business. Pour ce qui est du rapport Doing Business 2013, publié en octobre 2012, le SP/CPI, bien qu’ayant été en mesure de présenter au public, au cours du mois de mai 2012, les efforts consentis par le gouvernement pour un meilleur rang du Bénin, nous n’avons, malheureusement, pas été en mesure, en octobre dernier, lors de la sortie du rapport 2013, d’expliquer au public la nouvelle performance de notre pays. C’est une des raisons pour lesquelles, vous nous avez entendus ces derniers jours un peu plus que d’habitude. L’autre raison est que nous venons d’achever, le 31 mai dernier, la période d’évaluation qui déterminera le contenu du rapport Doing Business 2014, qui lui, est attendu en octobre 2013. Le SP/CPI présente ainsi, en cette période, à travers vous, hommes de la presse, les réformes qui ont été exécutées par le gouvernement entre 1er juin 2012 et le 31 mai 2013 dans le but de confirmer cette nouvelle dynamique ascendante, faible, certes, mais enregistrée en octobre dernier. Enfin, je voudrais vous faire noter que, depuis que le rapport Doing Business classe les pays, le Bénin est passé de la 129ème position en 2005 (rapport 2006) à la 176ème en 2011 (rapport 2012), et ce, toujours en reculant. Le rapport Doing Business 2013, premier rapport sur lequel M. Houngbedji et moi-même avons eu à travailler depuis notre nomination au CPI (octobre 2011), montre bien que c’est la première fois que le Bénin enregistre un progrès, depuis qu’un classement Doing Business existe.
Il est important que le public et surtout les ministères le sachent, non pas parce que nous cherchons à nous endormir sur nos lauriers, bien au contraire, mais plutôt pour que nous prenions tous conscience des efforts immenses qu’il va nous falloir faire, tous (chacun à son niveau, dans l’administration publique et le secteur privé), pour remonter la pente et faire, véritablement, de notre pays un des pays les plus attractifs pour les investissements dans la sous-région, voire en Afrique, bien que sans ressources minières, gazières ou pétrolières. Tel est un des enjeux majeurs à réaliser si nous voulons, sincèrement, être efficace dans notre lutte contre la pauvreté.
Une certaine opinion pense que le CPI serait une structure budgétivore et qu’il faille tout simplement la dissoudre. Que leur dites-vous ?
Un chiffre: 36 millions FCFA, tel est le budget de fonctionnement du Secrétariat Permanent du CPI. Référez vous à la loi de finance 2013; il était de 40 millions FCFA en 2012. Ce montant n’inclut pas l’incidence financière, nécessaire, pour couvrir l’animation des différentes activités à mener par le SP/CPI pour espérer atteindre ses objectifs, ou pour tout simplement mener sa mission à bien. Pour toutes activités que le SP/CPI a obligation de mener, pour accompagner, entre autres, notamment, la mise en œuvre des réformes visant une meilleure qualité de l’environnement des affaires, le SP/CPI doit, au préalable, être en mesure d’en démontrer la pertinence en Conseil des Ministres, avant que des moyens financiers supplémentaires soient mis à notre disposition à travers le MEF.
Cela dit, il serait vraiment dommage de dissoudre un tel «instrument» que représente le CPI. Rappelons que le CPI a été créé pour, véritablement, jouer le rôle d’un organe de réflexion, il n’a, en effet, aucun pouvoir de décision. Mais le CPI doit, à mon avis, être appelé à jouer, également, le rôle d’une cellule de veille et d’anticipation. Les ministères étant, en général, assez absorbés par leur quotidien, ils n’ont pas toujours le temps de prendre du recul ou de prendre cette hauteur nécessaire pouvant leur permettre d’ajuster, si nécessaire, l’implémentation de leur politique sectorielle. Les différentes politiques élaborées en faveur du secteur privé, sont-elles cohérentes les unes avec les autres? Il existe aussi d’importants risques de redondance dans le contenu d’un certain nombre de projets des PTF qui sont mis sous la tutelle soit du Ministère du Développement, soit du MICPME, soit du MEF etc. Pour ce qui est du rôle d’anticipation, prenons par exemple, le secteur de l’énergie! On peut et devrait s’interroger sur la qualité de notre Code de l’Electricité, vu les nouvelles orientations que fixe, aujourd’hui, le Président de la République, quant à la résolution de la question énergétique. Sommes-nous, réellement, aujourd’hui, en mesure d’attirer des producteurs indépendants d’énergie dans le secteur ? Sommes-nous, aujourd’hui, en mesure de faire une promotion efficace des énergies renouvelables dans notre pays, sachant que nous n’avons pas encore, à mon avis, un cadre juridique conforme aux normes internationales et bien sur, suffisamment attractif? etc. Autant de «chantiers» à propos desquels le CPI peut être très utile et surtout, jouer ce rôle d’»impulseur» qu’on lui reconnait déjà, pour organiser la réflexion nécessaire à une bonne réalisation, par les ministères, des différents projets d’importance pour le Président de la République.
Concrètement depuis votre arrivée à la tête du CPI quel bilan pouvez-vous faire de votre action, lorsqu’on sait que le Bénin a du mal à sortir du fond du classement du rapport « Doing Business » ?
Depuis notre arrivée à la tête du CPI (Octobre 2011 pour moi et janvier 2012 pour M. Houngbedji), le SP/CPI a pu organiser, mener et superviser un certain nombre d’activités de très grande importance pour un meilleur climat des affaires dans notre pays. Je peux citer pour exemples:1- l’opérationnalisation du Guichet Unique de Formalisation des Entreprises (GUFE)Au moment de notre arrivée au SP/CPI, le GUFE n’existait que par décret, qui avait, pourtant, été pris depuis 2009. Il n’était, en effet, pas encore fonctionnel tel que le prévoyait son décret de création. Je rappelle qu’il l’est aujourd’hui et ce, depuis le 26 mars 2012. Il faut savoir que la finalité de la réforme «GUFE» est le déploiement sur toute l’étendue du territoire d’une plateforme électronique devant nous permettre de faire de la dématérialisation de tout le processus de création d’entreprise (formalités de création et formalités d’exercices) une réalité au Bénin; tout le matériel informatique, indispensable pour cela, a été mis à la disposition de toutes les antennes GUFE du pays ainsi que des administrations dites partenaires au GUFE, dans le cadre du 1er Compact du MCA. J’ai, personnellement, estimé qu’il était risqué d’aller directement vers une sorte de «collaboration électronique» entre les différentes structures intervenant dans la vie d’une entreprise, de sa naissance à sa dissolution, bien que cela soit, en réalité, l’objectif de la réforme, et ceci, sans que ces administrations n’aient fait, au préalable, l’expérience d’une collaboration «physique» ou de proximité. C’est pourquoi j’ai plaidé, auprès de mes collègues du Conseil d’Administration du GUFE, pour que la réforme soit mise en œuvre en deux (2) grandes étapes: d’abord, l’étape de la présence physique de toutes les administrations partenaires du GUFE en un même lieu, pour apprendre à travailler ensemble, l’une à proximité de l’autre (GUFE physique), puis dans un deuxième temps, une fois que chaque administration aura appris et compris la nature et l’importance des tâches de l’autre et par conséquent, l’importance du travail « à la chaîne », passer au déploiement complet de la plateforme électronique sur laquelle toutes les administrations sont interconnectées entre elles (GUFE électronique). Nous sommes actuellement dans la phase de préparation de la mise en œuvre de la deuxième étape de la réforme.Maintenant, qu’il s’agisse d’un guichet unique physique ou électronique, on observe, déjà, une simplification des procédures administratives, une réduction significative des délais ainsi que des coûts associés aux différentes procédures.
Je voudrais rajouter que la réussite de la réforme GUFE est capitale dans la mesure où la création d’entreprise représente la première étape à franchir pour tout investisseur qui prend la décision d’investir chez vous ou pour le citoyen qui décide de se lancer dans l’auto-emploi, d’où la nécessité de lever toute barrière pouvant décourager ce type de décision, pourtant, vivement souhaitée, de l’agent économique.
Aussi, comment réellement espérer un début de formalisation du secteur informel de notre économie si les formalités de création d’entreprise sont trop lourdes, opaques, nombreuses, longues et coûteuses?
J’en profite pour rappeler à vos lecteurs l’importance du rôle que doivent jouer les Centres de Gestion Agréés (CGA) auprès de ces nombreuses micro voire petites entreprises exerçant dans le secteur informel mais qui souhaitent être formalisées afin d’être éligibles pour un certain nombre d’avantages, comme par exemple, les lignes de crédit proposées par les banques. En effet, les banques de la place disent reconnaitre les états financiers qui sont certifiés par les CGA. Ce qui constitue une grande avancée, en réalité. Malheureusement, les CGA, par manque d’appuis matériels et financiers, ne sont pas, encore, en mesure de couvrir tout le territoire, dans le but de se rapprocher au maximum de potentiels bénéficiaires de leurs services et exerçant dans l’informel.
L’impact du GUFE, associé à celui que pourrait effectivement avoir les CGA est, à mon avis, à ne pas négliger, pour ce qui est de la problématique relative au secteur informel. On voit, tout de suite, la marge de manœuvre que ces deux (2) types de structures pourraient nous permettre de dégager lorsqu’il s’agira, ensuite, de traiter plus efficacement la question de la fiscalité, plus précisément celle de la pression fiscale qui pèse sur, juste, les 10% que représente le secteur formel.
2- La relecture de notre code du travail, activité importante et déterminante pour la compétitivité de notre économie. L’avant-projet de loi actuellement en étude au sein du Conseil National du Travail incorpore, désormais, des dispositions qui reflètent plus de souplesse et de flexibilité dans les relations que nous souhaitons entre employeurs et travailleurs au Bénin, en termes, par exemples, des conditions d’embauches, de licenciements, ou encore de gestion des horaires de travail, des heures supplémentaires etc.
3- Bien que le SP/CPI n’ait pas directement supervisé cette activité cruciale pour le Chef de l’Etat, sa contribution fut significative tout au long du processus d’élaboration du cadre légale, juridique et institutionnel portant sur le Partenariat Public-Privé (PPP) en République du Bénin, qui a abouti, plus précisément, à une Note de Cadrage qui devrait, bientôt, être adoptée par décret en Conseil des Ministres, en attendant que l’avant-projet de loi sur le PPP fasse son chemin vers l’Assemblée Nationale. Je suis, personnellement, particulièrement, très fier d’avoir contribué à ce travail déjà accompli, même s’il reste encore des livrables à élaborer pour être complet (guide méthodologique etc.). L’existence de tels outils juridiques, d’une part, rassurera, inévitablement, tout investisseur privé (national ou étranger) et d’autre part, permettra au gouvernement du Bénin de mieux préparer la réalisation de projets de grandes infrastructures telles les routes, ports, aéroports, chemins de fer, énergie ou encore les TIC.
Il existe bien d’autres réalisations qui n’auraient pas été possibles sans l’implication et l’impulsion directes du SP/CPI, comme par exemple, la relecture de tous les textes réglementant la délivrance du permis de construire au Bénin pour un allégement plus intelligent des procédures au moment de leurs applications, mais si j’ai préféré donner ces trois (3) exemples, c’est tout simplement pour que vous compreniez qu’il nous est impératif de mettre en œuvre des réformes qui peuvent directement affecter notre productivité et donc la compétitivité globale de notre économie, sans négliger bien sur, la compétitivité sur le plan sectoriel. Ces exemples de réformes, que je viens de citer, contribueront, indéniablement, à une augmentation de notre productivité au quotidien. J’aurais pu, aussi, rajouter à cette liste de réformes, la mise en place du guichet unique du port et son énorme impact sur la compétitivité de notre port – je précise que la mise en place de différents guichets uniques, sur plateforme électronique, contribue, également, à un meilleur fonctionnement de notre administration, en termes de transparence et moins de lourdeur dans sa capacité à fournir les biens et services de qualité aux administrés.
On ne peut pas parler, non plus, de compétitivité sans évoquer la qualité de notre environnement macroéconomique, l’assainissement de nos finances publiques, dans le but, notamment, de dégager les marges nécessaires pour un taux d’investissement public plus important (actuellement autour de 7% au Bénin). Ceci permettrait de procéder à des dépenses plus importantes et de qualité dans les secteurs prioritaires de l’agriculture, l’éducation et la santé…autant de déterminants directs de la productivité de nos facteurs de production, principalement l’Homme. Les principaux indicateurs macroéconomiques montrent que le Bénin se comporte plutôt bien: un taux de croissance économique à 5.4%, un déficit budgétaire de moins de 3%, un ratio d’endettement à 22% alors que la norme communautaire est de 70% du PIB mais attention, nous devons continuer à garder un œil sur notre dette intérieure ainsi que sur l’inflation qui était à près de 7%, fin 2012. Aujourd’hui, l’inflation tourne autour 5%, toujours au dessus du seuil limite de 3%, fixé dans le cadre de la surveillance multilatérale au sein de l’UEMOA.
Intuitivement, vous pouvez voir que sans investissements publics de qualité et d’un certain niveau, il sera difficile d’attirer les investissements privés. En clair, plus notre économie sera compétitive, plus elle sera attractive aux investisseurs, surtout ceux porteurs de projets dits structurants. Il n’y a qu’ainsi qu’on pourra, à termes, observer une augmentation significative des dépenses en capitaux physiques dans notre pays qui sont indicatrices, en général, de création future d’emplois de qualité et durables dans le temps et donc de création de richesse et de lutte efficace contre la pauvreté.
Sachez, enfin, pour répondre à la deuxième partie de votre question que le rapport Doing Business n’est pas et est loin d’être une fin en soi. Je viens de vous donner des exemples de réformes que, je pense, nous sommes contraints de mener et réussir. «Doing Business» ou pas, nous devons mener ces réformes, si nous sommes vraiment sérieux dans notre combat pour le bien-être de nos populations.
Par exemple, je viens de vous parler de l’importance que représente la qualité de notre environnement macro-économique aux yeux des investisseurs potentiels privés car facteur important de la compétitivité et pourtant aucun indicateur du rapport Doing Business ne la mesure. Autre exemple: pour l’indicateur «accès à l’électricité», le Doing Business mesure la capacité d’une administration à brancher une entreprise au réseau électrique dans des délais raisonnables. Mais, interrogez vous : A quoi servirait un raccordement rapide, si, au bout, l’entreprise n’est pas alimentée en électricité ?
Encore une fois, nous ne devrions pas faire une fixation sur le «Doing Business», nous devons surtout persévérer dans la mise en œuvre de nos réformes, nous devons réussir ces réformes qui doivent nous faire gagner en compétitivité (globale et sectorielle), à travers un niveau de productivité plus élevé, véritable source de prospérité présente et future…sinon, nous faisons, tout simplement, le choix de «périr».

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