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L`événement Précis N° 1118 du 26/6/2013

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Edito : les raisons d’une résistance populaire
Publié le mercredi 26 juin 2013   |  L`événement Précis




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Le Chef de l’Etat a beau clamer sa bonne foi, une bonne frange des Béninois croient toujours qu’il veut réviser leur constitution pour en profiter en 2016. Les raisons de cette méfiance obsessionnelle vis-à-vis d’un président réélu haut les mains il y a seulement deux ans, se recrutent à plusieurs sources.
Il y a d’abord le syndrome sénégalais. Les Béninois se méfient de la révision comme de la peste du fait de la ruse employée par Abdoulaye Wade au Sénégal. Arrivé au pouvoir en mars 2000, l’ex-opposant avait réussi à faire passer une nouvelle constitution en janvier 2001, créant du coup une nouvelle république. Sa soif inextinguible du pouvoir le poussa alors à s’offrir deux mandats successifs avant de briguer un troisième, en agitant l’éventail de la nouvelle république. Les Sénégalais ont réussi à mettre un frein à cette mégalomanie sénile. Mais alors, après de nombreuses souffrances morales infligées à un peuple qui n’aspirait qu’au progrès.
Cette entourloupe sénégalaise a fait tâche d’huile : le Burkina, le Gabon, le Togo, la Mauritanie, la Guinée Conakry, le Tchad, etc. ont emboité le pas à Gorki, comme on appelle l’ex-président. Toutes ces révisions ont permis à des régimes finissants de se tailler une nouvelle virginité pour que des potentats continuent à régner en maitres sur des peuples asservis par les trucages électoraux et la corruption. La plupart des Béninois redoutent ces scénarios dramatiques qui ont participé à l’enlisement de ces Etats trompés et abusés par leurs Présidents.
Ensuite, il y a les spécificités du microcosme béninois. La première, c’est l’ambiance négative que crée le culte de la personnalité du Chef de l’Etat. La propagande ultramédiatisée développée autour de l’homme a servi à créer un effet boomerang, propre à toutes les nations de liberté : une bonne partie des Béninois vivent très mal l’image présidentielle. Autrement dit, qu’il dise ou fasse du bien ou pas, Boni Yayi est quotidiennement voué aux gémonies par un nombre croissant de Béninois qui voient derrière ce culte télévisuel incessant, la volonté insidieuse de surfaire l’image présidentielle à des fins révisionnistes. Du moins, certains se demandent quel intérêt un président en exercice trouverait à cette présence médiatique massive, à 1014 jours de la fin de son mandat, si ce n’est à des fins inavouées.
Il est vrai aussi que la disparition presque totale d’un numéro deux du gouvernement assure au chef de l’exécutif un véritable boulevard dans l’animation de la vie nationale. Il est le seul maitre à bord et ne boude aucun plaisir républicain. En étant sur le terrain pratiquement chaque jour avec les habituels bains de foules savamment orchestrés, le Chef de l’Etat crée une ambiance de campagne électorale permanente impropre à rassurer ceux qui militeraient pour une fin de mandat en 2016.
Faut-il occulter enfin la méfiance presque congénitale des Béninois ? Peuple de suspicion par excellence, ils ne font confiance à personne pour défendre « leur » constitution. Surtout pas à la classe politique nationale réputée dévoyée, notamment au regard des revirements spectaculaires qui s’y opèrent sans honte. Même si les acteurs politiques béninois s’en fichent, ce sentiment est devenu une donnée centrale dans l’analyse de l’attitude du peuple béninois envers ceux qui dirigent ou qui y aspirent. Lorsqu’un leader choisit d’opérer une volte-face radicale vis-à-vis du pouvoir, il contribue à accroitre ce sentiment d’insécurité des populations face à leur classe politique. Réviser une constitution dans ces conditions est tout sauf une sinécure.
C’est pire lorsque les populations savent elles-mêmes que les marches de soutien sont pré(ou post) payées par des mains subreptices cachées dans des officines politiques connues. Le peuple béninois a peur que sa constitution ne soit passée au référendum au travers de ces mécanismes douteux.
A tous ces facteurs, ajoutons la crise créée par les affaires Talon. Elles ont vicié l’atmosphère avant que l’ordonnance du juge ne vienne en rajouter à la méfiance populaire.
Mais alors, dira-t-on, la révision n’est-elle pas nécessaire aujourd’hui ?
Tous les observateurs savent pertinemment qu’elle l’est. Et chacun sait aussi que la repousser davantage n’empêcherait aucun des futurs régimes de souffrir de la même méfiance populaire qu’aujourd’hui. Pour vaincre ces barrières, il n’y a qu’une chose : mettre dans le texte révisé une référence explicite empêchant clairement Boni Yayi de se présenter aux présidentielles prochaines.


Par Olivier ALLOCHEME

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