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Affaire Talon : un député américain demande des sanctions économiques contre le Bénin
Publié le mardi 6 aout 2013   |  24 heures au Bénin




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Dans une lettre au secrétaire d’Etat américain, le député démocrate de la Chambre des représentants Alan Grayson, demande à l’administration de réexaminer l’aide publique américaine au Bénin, à la lumière de l’évolution du pays en matière de respect des libertés publiques, notamment, au regard de la poursuite de la détention des mis en cause dans l’affaire d’empoisonnement du président Yayi Boni, en dépit de deux décisions de justice ordonnant leur relaxe.
Traduction de la lettre de M. Alan Grayson

Écrit par John Richards (New York) et Jacques Delacroix Alan Grayson, député démocrate américain à la Chambre des Représentants, a envoyé une lettre au secrétaire d’Etat américain, John Kerry, au sujet de l’affaire Talon, du nom de ce milliardaire béninois poursuivi par la justice pour son rôle présumé dans la tentative d’empoisonnement du président Yayi Boni.

Dans cette lettre dont Afrika 7 a obtenu copie, Alan Grayson fait l’historique de l’affaire, depuis l’arrestation de l’ancien ministre béninois du commerce Moudjaïdou Soumanou, à l’ordonnance de non-lieu du juge béninois Angelo Houssou, et s’interroge sur les raisons du maintien en détention de l’ancien ministre, alors que la justice a ordonné sa relaxe.

Le député américain s’interroge également sur une lettre de l’ambassade américaine à Cotonou, publiée par le gouvernement béninois et annulant le visa d’entrée aux Etats-Unis délivré par la représentation consulaire américaine au Bénin au juge Angelo Houssou, peu avant son interpellation par les forces béninoises, alors qu’il se rendiat visiblement au Nigeria voisin.

Alan Grayson demande au secrétaire d’Etat américain de dire s’il s’agit d’une lettre authentique ou d’un faux. Il va plus loin, en demandant pourquoi le visa du juge Houssou aurait été annulé, dans l’hypothèse où la décision d’annulation est authentique.

Mieux, le député de Floride demande pourquoi l’ambassade américaine à Cotonou a organisé, pour le compte du gouvernement béninois, l’examen par la police fédérale américaine, des preuves présentées par l’accusation dans l’affaire d’empoisonnement visant Patrice Talon et Moudjaïdou Soumanou.

Mais le clou de cette missive est incontestablement le doute émis par le député Alan Grayson quant à l’opportunité pour les Etats-Unis d’octroyer des fonds supplémentaires au Bénin, dans le cadre du Millenium Challenge Account (MCA).

Il faut dire que depuis le début des années 1990, les analystes sont presque unanimes pour considérer le Bénin comme l’un des principaux bénéficiaires de l’aide internationale, parmi les pays africains en voie de démocratisation. Certains ont même déclaré que le Bénin a été traité par les donateurs internationaux comme les anciens pays communistes, à l’instar de la Pologne et de l’Allemagne de l’Est.

Jusqu’à ce jour, ce pays pauvre sans ressources compte encore de manière presque exclusive sur l’aide internationale et les Américains, très présents dans le pays à travers divers projets de développement, sont considérés comme l’un des principaux donateurs.
On imagine donc que ce serait une catastrophe pour le régime de Yayi Boni de faire courir le risque au pays de perdre ne serait-ce qu’une partie de l’aide américaine. Or, les Etats-Unis sont une démocratie de groupes de pression dans laquelle l’alignement, dans cet ordre, de mots comme « absence de liberté », suffit aux pouvoirs publics pour prendre leurs distances avec vous.

Le « Millennium Challenge Account » conduit par la « Millennium Challenge Corporation » est un fonds de développement bilatéral annoncé par l’administration Bush en 2002 et créé en janvier 2004. On estime à 150 milliards de Francs CFA le montant total des fonds alloués au Bénin depuis le lancement de l’initiative.

Le pays a du reste été choisi comme admissible à l’élaboration d’un second « compact » par le Conseil du MCC, en décembre 2011. Or, les pays bénéficiaires de cette facilité doivent respecter des critères stricts en matière de bonne gouvernance…

Dans sa lettre, le congressiste américain émet des doutes sur l’opportunité de poursuivre cette démarche avec le gouvernement béninois, au regard des faits exposés.

Il va de soi que si les conseillers de M. Kerry sont sensibles à cette lettre, c’est l’ensemble de la coopération bilatérale avec les Etats-Unis qui pourrait être remise en cause, sous le régime de Yayi Boni.

A Cotonou, où l’opposition dénonce une dérive vers un Etat policier – le 1er août 2013, jour de la fête de l’Indépendance, l’ancien ministre Gaston Zossou et plusieurs membres de la société civile réunis chez lui ont failli être arrêtés, parce qu’ils envisageaient des manifestations contre une modification de la Constitution visant selon eux à maintenir Yayi Boni au pouvoir ad vitam aeternam -, l’affaire est prise au sérieux par l’opposition.

« Yayi Boni ne peut pas prendre en otage la destinée de tout un pays, pour assouvir sa soif de pouvoir », confiait lundi soir à Afrika 7 un opposant, sous couvert de l’anonymat.

Et un autre de renchérir : "Encore heureux que les Américains n’aient pas eu vent des derniers développements. Sinon, ils mettraient fin tout de suite à leur soutien à Yayi Boni."

Dans les deux principales villes du sud du Bénin, Cotonou et Porto Novo, on ne décolère pas contre un pouvoir considéré, au mieux, comme illégitime (allusion à la présidentielle de 2011 remportée par l’actuel président, mais que beaucoup de Béninois tiennent pour le « hold-up » électoral du siècle) ; au pire, comme liberticide, corrompu et incompétent.

« On ne lui demande plus rien, rien d’autre que de partir et de laisser quelqu’un d’autre tenter sa chance », se lamente ainsi Chakirou, commerçant au marché de Dantokpa, le principal marché de Cotonou.

« C’est un président clivant, cherchant à opposer les ethnies, le Nord et le Sud. Si le Bénin avait été un pays d’analphabètes, il y a longtemps que les déclarations et la politique de Yayi nous auraient conduits à la guerre civile », affirme pour sa part Cyprien, enseignant dans un lycée de Cotonou.
Dans un contexte sociopolitique des plus tendus, un groupe de parlementaires américains s’apprêteraient à se rendre au Bénin, pour toucher du doigt la réalité de la détérioration des conditions de vie et de la démocratie dans le pays. Ce groupe comprendrait notamment le démocrate Alan Grayson, auteur de la lettre au secrétaire d’Etat John Kerry.

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