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Art et Culture

Interview exclusive avec Sa Majesté Gandjègni Awoyo GBAGUIDI XIV: Le roi de Savalou fait des révélations sur sa vie et son prédécesseur»
Publié le mercredi 2 septembre 2015  |  L`événement Précis




l a été intronisé le 5 juin 2015. Trois mois se sont donc écoulés et il a fini par parler. Sa Majesté Gandjègni Awoyo GBAGUIDI XIV, roi de Savalou a donc parlé. En exclusivité, au détour de la fête de l’igname célébrée le 15 août 2015, il s’est ouvert à nous. Et il nous a tout dit. Sans langue de bois. Même sa vie privée n’est pas épargnée. Encore moins, ses ambitions pour la commune de Savalou qu’il rêve de voir unie et développée malgré les ressources financières limitées du royaume sur lequel il règne. Découvrez donc.

L’Evénement Précis : Pour la toute première fois, vous avez organisé les manifestations de la fête de l’igname à Savalou en tant que roi. Quelles sont les grandes manifestations qui ont marqué l’événement ?

Sa Majesté GandjègniAwoyo GBAGUIDI XIV :Je dois vous dire avant tout que la poursuite des cérémonies royales de mon intronisation fait partie des manifestations de la fête de 15 août de cette année.C’est dans ce sens que je suis allé sur la tombe du premier roi de Savalou, Sa Majesté Soha, dans le cadre du rituel que nous appelons « Yota ». En réalité, pour la fête de 15 août, je puis vous dire que c’est une histoire de continuité. Mon prédécesseur l’a fait pendant huit ans. Une fois intronisé donc, j’ai essayé de poursuivre ses œuvres. Il n’y a donc pas grand-chose à dire par rapport à ça.

Vous venez de dire que vous voulez poursuivre les œuvres de votre prédécesseur. Nous avons encore en mémoire les nombreux chantiers qu’il a ouverts avant de rendre le tablier de la vie. Il y a à titre d’exemple, le Panthéon qu’il a créé et les infrastructures qu’il a ouvertes. Comment comptez-vous concrètement mener à bien tous ces chantiers ?

Le chantier dont j’ai surtout entendu parler est le Panthéon. Cela symbolise quelque chose de très important pour le monde entier. Parce que cela parle de l’esclavage. Je puis vous dire donc que j’en suis conscient et je n’ai pas baissé les bras pour sa promotion. Mais je dois vous avouer aussi que je n’ai pas ce dossier du Panthéon en main. De toute façon, je ferai tout pour qu’il y ait également continuité à ce niveau.

Vous venez de dire que vous n’avez pas le dossier relatif au Panthéon en main. Pourriez-vous nous expliquer davantage ce que vous voulez dire par là ?

Tout à fait. Je le dis parce que je pense que lorsqu’un chantier est né, il est comme un homme. Il doit donc avoir un acte de naissance.Autrement dit, le Panthéon doit avoir un acte de naissance qui doit comporter un cahier de charges. Cela devra nous permettre de savoir ce qui va se retrouver réellement dans ce Panthéon. On a parlé d’esclavage. Je suis d’accord. Mais au-delà de ça, qu’est-ce qui va s’y retrouver ? C’est la réponse à cette interrogation que je n’ai pas eue qui me permet de parler de ce dossier.

On sent en vous, une volonté d’imprimer votre marque à ce Panthéon. Que comptez-vous concrètement faire ?

Comme je vous l’ai dit, même sans dossier, je vais poursuivre les activités autour de ce Panthéon pour en arriver à quelque chose qui va plaire au monde entier. C’est cela mon objectif.

Majesté, mis à part ce Panthéon pour lequel vous voulez œuvrer pour imprimer votre marque, quelles sont les autres ambitions que vous nourrissez pour votre royaume pendant votre règne ?

Moi, mon souci, c’est tout simplement le développement de la commune de Savalou. Et j’y mets beaucoup de choses. Mais pour le royaume, il n’y a pas un budget à gérer. Il n’y a pas de budget à gérer dans le royaume de Savalou. Je ne pourrai donc pas vous dire que je vais construire des écoles et consorts. Il ne faut pas rêver. Mais moi, mon projet, c’est le développement. Après le développement, il y a l’union. Sinon, je peux même dire que mon projet est d’abord l’union et puis après le développement.

Vous venez d’affirmer que le royaume n’a pas de budget. Comment fonctionne-t-il alors ?

Je vous le réaffirme. Le royaume n’a pas de budget. Pour en revenir à votre question, je dirai qu’elle est vraiment intéressante. Mais je puis vous répondre en disant que si l’Etat nous reconnaissait, il pourrait en être autrement. Car, les royaumes peuvent bel et bien aider l’Etat dans ses efforts pour le développement. Mais au lieu de nous aider, l’Etat profite du désordre qu’il y a en notre sein et les individus et ignore ce qu’il doit faire des royaumes.



Juste après votre désignation, on a eu à entendre que vous êtes un entrepreneur. S’il vous était donné de vous laisser découvrir à nos lecteurs, que diriez-vous de vous-même ?

Je peux vous dire que je suis un homme d’affaires. Je suis propriétaire de plusieurs entreprises. Surtout des entreprises de concassage et de construction d’infrastructures. Mon rêve, c’est de construire cette pauvre commune de Savalou, voire le Bénin, mon pays.

Désormais vous êtes roi. Comment comptez-vous concilier votre titre d’homme d’affaires et la mission que vous impose la royauté ?

Je sais que je suis en mission. Tout comme d’ailleurs toute personne qui arrive sur cette terre. Je dirai pour ce qui me concerne que je suis au début de ma mission. Ce que j’avais entrepris dans le passé constitue pour moi une mission de découverte. Cela a servi à me connaître et à me découvrir. Pour ce qui est relatif à la mission de la royauté, je dirai tout simplement que mes ancêtres me donneront la force de l’accomplir dignement et de ne pas regretter ce qu’ils m’ont confié comme mission. Car, en tant que président-fondateur de sociétés, il ne me revient plus de gérer directement mes entreprises. Mon rôle est de rester au Palais pour m’occuper de la mission que m’ont confié mes ancêtres. Cela ne m’empêche pas de diriger depuis le palais, mes entreprises.



Quand un roi va au service, comment s’habille-t-il ?

Moi, je ne pourrai plus aller sur mes chantiers. Mais de loin, je ferai ce que je pourrai. Et je reste convaincu que les ancêtres et Dieu vont m’aider à y arriver.

Vous avez dit tout à l’heure que votre première priorité, c’est l’union des fils et filles de Savalou pour le développement. Comment comptez-vous y arriver dans un contexte où la politique a réussi à diviser ceux dont vous parlez ?

Je pense que la destinée de la commune de Savalou ne doit pas être politisée. Car, la politique a une courte vie. Elle commence un jour et s’estompe quelques temps après. C’est pourquoi j’ai toujours demandé aux Savalois d’oublier la politique et de penser à nous-mêmes. Car, après la politique, nous allons continuer de vivre nos malaises, notre pauvreté. Nous devrions donc savoir faire la part entre la politique et le développement de Savalou. Et on ne peut y arriver que par l’union. Désormais, la 15 août ne sera plus exclusivement une fête de l’igname. Elle sera également une fête de réflexions autour des problèmes de développement de Savalou.

Vous avez été intronisé le 5 juin 2015 dernier. Comment se passe la collaboration entre vous et les autres rois qui sont déjà là avant votre arrivée ?

Je dois vous dire que moi, je suis roi de Savalou. Je vois donc mal le développement de ma commune venir d’ailleurs. Je suis d’accord que je dois collaborer avec les autres rois. Mais que vais-je y gagner pour le développement de ma commune ? Si je n’y gagne rien, je ne vois pas en quoi cela est utile pour ma royauté. Autrement dit, s’il n’y aura pas développement à la base, il n’y aura pas de collaboration. Si je dois collaborer avec eux, il me faut avoir leur feuille de route, leurs conseils pour avancer.

Est-ce qu’il y en a déjà qui vous ont rendu visite et avec qui vous avez d’ores et déjà partagé votre vision sur ce que doit être la royauté au Bénin ?

Je réponds non. Je n’ai pas encore eu de visite d’autres rois. Mais ce que je puis vous dire, c’est qu’à mon intronisation, il y a eu beaucoup de rois qui sont venus et qui ont fait des discours. Mais je ne les ai pas encore rencontrés. Donc, je ne pourrai pas vous dire que j’appartiens à tel ou tel autre groupe. Quand vous avez à choisir entre plusieurs groupes dans un secteur, je pense qu’il est difficile d’y arriver. Nous perdons beaucoup parce que j’ai remarqué qu’il y a trop de désordres dans le système royal. Les rois se retrouvent aujourd’hui dans chaque von et l’Etat profite bien de la situation pour ne pas prendre des engagements vis-à-vis des royautés qui jouent un rôle important dans les diverses élections dans notre pays.



Mais l’Etat accorde une subvention chaque année à la royauté au Bénin. N’en êtes-vous pas encore informé ?

Je vous réponds oui. Je suis au courant de cette subvention. Mais je dois dire que je n’ai pas encore les données qu’il faut pour mieux l’apprécier. Toutefois, cela ne devrait pas empêcher l’Etatde jouer pleinement son rôle de financer nos royautés.



Majesté, si vous permettez, on va s’intéresser un peu à votre vie privée. Que peut-on retenir de votre vie de famille surtout que la royauté au Bénin va de pair avec la polygamie ?

Ce n’est pas une obligation d’avoir plusieurs femmes quand on est roi. Moi, je suis déjà un polygame avant d’être désigné roi. J’ai trois femmes sous mon toit et quinze enfants. Je ne pense donc pas que ma vie peut changer autrement. Je le dis parce que dans la royauté, il y a une règle. C’est que vous pouvez avoir quelques couvents de femmes, mais vous n’êtes pas obligé de les avoir sous votre toit. Autrement dit, ma vie de polygame ne peut pas changer si je suis conscient de mes charges, surtout que le royaume n’a pas un budget.

Avez-vous un mot de conclusion ?

Je dirai au gouvernement de mon pays de penser aux royautés parce qu’il profite d’une situation pour démissionner. Ce n’est pas à nous de lui dire qu’un roi appartient à un royaume. Il appartient aux intellectuels formés pour le faire. Il faut aussi recadrer les choses afin que l’on sache qui est roi et qui ne l’est pas.

Interview réalisée par Donatien GBAGUIDI
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