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Le Matinal N° 4187 du 17/9/2013

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Révision de la Constitution: Une question de démarche et de détachement
Publié le mardi 17 septembre 2013   |  Le Matinal


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© aCotonou.com par DR
Premier Forum sur le Développement Rural en Afrique
Jeudi 02 Mai 2013, Cotonou. Le Président Béninois Boni Yayi lance le Forum sur le Développement Rural en Afrique


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Le blocage actuel au sujet de la révision de la Constitution trouve ses raisons profondes dans le déficit de confiance et une absence prononcée de détachement de la part du Chef de l’Etat par rapport à la question. Pourquoi Yayi s’accroche ?


Une réaction succède forcément une action. Le climat de suspicion instauré au sujet de la question de la révision de la Constitution est provoqué par une succession d’actes qui confortent le doute. La première difficulté se trouve au niveau de la démarche. En effet, au cours de l’une de ses sorties, le Chef de l’Etat a expliqué la procédure ayant conduit à l’élaboration du projet par la Commission Ahanhanzo-Glèlè. A suivre son discours, on relève quelques observations. D’abord au niveau du choix des acteurs devant travailler qui sont des constitutionnalistes, des juristes et des sociologues réputés. Ensuite au niveau du souci d’associer les parties prenantes que sont la société civile, les syndicats, les partis politiques à l’initiative. Selon le Chef de l’Etat, ils étaient tous là et y ont pris une part active. « Ce comité a saisi tout le monde, je vous le jure. Les institutions de la République pour leur dire d’envoyer des propositions, les Centrales syndicales, il y en a qui s’agitent aujourd’hui et qui disent peut-être qu’ils ne savent pas, la société civile, tous étaient informés. Ils ont pris part aux travaux. Oui leurs réponses, si vous voulez et leurs contributions ont été reçues par le Comité », a-t-il fait savoir. A s’en tenir aux propos du Chef de l’Etat, on comprend que le travail qui a présidé au projet déposé par la Commission Ahanhanzo-Glèlè a été conduit dans un élan de concertation qui n’a pas été généralisée


Or, ce que réclament actuellement la plupart des acteurs de l’opposition et de la société civile s’appelle consensus. Tout le débat est là. Pour le Chef de l’Etat, il n’est pas nécessaire qu’il envoie tout le travail fait par une Commission à l’Assemblée nationale. D’après Yayi Boni, il lui est loisible d’enlever ce qu’il veut dans le projet et envoyer le reste. Le Chef a dit qu’il lui est loisible de supprimer des choses dans le projet. Ce qu’il a sans doute fait, puisque la Commission Ahanhanzo-Glèlè crie à la modification et au tripatouillage de son rapport. Les Centrales syndicales reconnaissent avoir adressé des observations, mais celles-ci n’avaient pas été prises en compte. Non seulement il y a retranché des éléments, mais aussi il en a ajouté. Même si l’on est en droit de reconnaître la supra autorité du Chef et tous les privilèges qui l’entourent, il faut tout de même reconnaître qu’un texte, un livre, un mémoire, une thèse modifiée ne reflète plus l’esprit de son rédacteur. A partir de cet instant, le Chef de l’Etat ne peut plus dire qu’il a envoyé le projet de la Commission Ahanhanzo-Glèlè puisque par principe et rien que sur le terrain du principe, tout le monde peut s’accorder sur le fait que ce qui est envoyé n’est pas ce qui a été rédigé. Cela relève de l’évidence. Mais pourquoi on continue de vouloir justifier que c’est le même projet qui a été envoyé alors qu’on sait pertinemment qu’il a été modifié. On en était là quand le Chef sans convoquer les autres acteurs de la Commission Ahanhanzo-Glèlè a décidé de mettre sur pied une autre commission appelée Gnonlonfoun pour la même mission. Au cours de ses interventions sur le sujet, le Chef de l’Etat n’a pas dit ce à quoi a consisté le travail du Groupe de Gnonlonfoun. Que la Commission Gnonlonfoun ait juste relu le projet de loi de la Commission Ahanhanzo-Glèlè, qu’elle l’ait modifié ou ait carrément fabriqué un autre projet envoyé au Parlement, il faut reconnaître que sur le plan de la démarche, les bases sont déjà faussées dès le début. Si le Chef refuse de le reconnaître, il instaure sans le savoir le doute lui-même et donne raison à ceux qui pensent qu’il a d’autres idées.

Problème de détachement

Au cours de sa récente sortie, le Chef de l’Etat a affirmé que lorsqu’il a confié le travail à la Commission Ahanhanzo-Glèlè, il l’a laissé travailler en toute liberté. C’était une démarche de détachement par excellence qui consistait à laisser les choses avancer et à n’intervenir que lorsqu’il y a vraiment nécessité. C’était une démarche de sage, d’un Chef qui est à son second mandat et qui ne tient plus à rien, d’un patriarche qu’on consulte en dernier ressort et à qui revient le dernier mot. Mais l’histoire de la révision nous a appris que le Chef de l’Etat ne restera pas dans cette posture d’impartialité jusqu’à la fin. Cette posture a poussé beaucoup d’observateurs à se poser des questions tout aussi justifiées sur ses intentions. D’autres s’en ont très tôt fait l’idée que le Chef de l’Etat ne voulait plus réviser la Constitution par devoir de moral mais par nécessité de satisfaire un besoin personnel inavoué. Cette Commission que beaucoup n’hésitent pas à qualifier de ‘’kamikaze’’ a fait un travail qu’il a remis au Chef de l’Etat. Mais il a été soigneusement caché à la classe politique, aux syndicats et à la société civile. L’acharnement du Chef a commencé par effrayer sérieusement. Le comble de la stratégie Yayi a été d’introduire en catimini le projet à polémique à l’Assemblée nationale sans l’avis de la Cour suprême et toujours sans l’avis des partis politiques, des syndicats et de la société civile. En dépit de tout cela, le Chef de l’Etat et tous ses envoyés clament sur tous les toits qu’il est ouvert au dialogue et qu’il n’a aucune intention derrière. Au-delà du débat de pro et d’anti révisionniste, rien qu’à suivre la démarche, on peut à raison affirmer que Yayi a quelque chose qu’il cache. En fin de mandat, Yayi n’avait raisonnablement rien à défendre. Mais pourquoi il s’accroche à la révision. Le fait de s’accrocher cache des intentions qui justifient le doute sur la sincérité du Chef.

Abdourhamane Touré

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