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Malgré ses 27 ans de règne au Bénin Kérékou, le prototype d’un homme d’Etat impécunieux
Publié le mercredi 28 octobre 2015  |  La Nouvelle Gazette
L`ex-président
© Autre presse par DR
L`ex-président béninois Mathieu Kérékou




Beaucoup d’héritages pour son pays, mais rien pour sa famille)
Le décès de l’ancien chef d’Etat du Bénin, le Général Mathieu Kérékou continue d’alimenter la polémique avec des points de vue divergents sur le passé de l’homme. Si pour les communistes, l’homme apparait comme un « criminel » ou le chef d’orchestre des « fossoyeurs » de l’économie nationale, Mathieu Kérékou reste pour le Bénin voire pour le monde entier, un homme qui a vécu dans la sobriété. De grands héritages (Démocratie et Paix) pour un pays, mais rien pour une famille. En réalité, Kérékou est le prototype d’un homme d’Etat impécunieux.

Contrairement à certains chefs d’Etat africains qui sont morts laissant pour leur pays, la division, la guerre et pour leurs familles, des coffres de milliards (une richesse souvent considérée comme mal acquise), Kérékou est le prototype d’un homme d’Etat pauvre, impécunieux qui est mort sans laisser le moindre lingot d’or. Mathieu Kérékou est mort sans grande fortune même s’il avait toutes les opportunités, toutes les marges de manœuvres pour se faire une surface financière comme c’est le cas avec la plupart des Chef d’Etat africains de son époque. La preuve, ses ministres, ses conseillers, ses directeurs généraux… vivent aujourd’hui dans le luxe, dans l’opulence débordante. Les opérateurs économiques et autres hommes d’affaires qui ont émergé sous Kérékou (Rodriguez, Patrice Talon, Saley, Edmond Agoua, Christian Lagnidé et consorts) auraient dû ne pas connaître d’essor si l’homme du 26 octobre 1972 n’avait contribué énormément à l’éclosion de leurs affaires. Mathieu Kérékou, malgré ses 27 ans de pouvoir n’aurait rien gagné pour lui-même d’un pays qui pourtant, a été sous son règne, la vache à lait de ses proches dirigeants. Pendant que les communistes dans leur message de condoléances à la famille Kérékou, parlent mal du Caméléon, citant les Affaire HAMANI- SONACOP, PANOCO, KOVACS, TITAN etc…, tous les Béninois sont pourtant unanimes sur le fait que, ces scandales qui ont détruit le tissu économique de notre pays de 1972 à 1989 puis de 1996 à 2006 sont le fait de la mauvaise gestion des collaborateurs de Mathieu Kérékou, qui, étaient pour la plupart des corrompus.
Un chef d’Etat exceptionnel
En réalité, Kérékou est l’un des chefs d’Etat les plus pauvres d’Afrique, voire du monde entier. Il a vécu comme José Mujica, le président de l’Uruguay qui est le seul président au monde, ayant une ferme délabrée et qui reverse la grande majorité de son salaire à des œuvres caritatives. Pendant qu’en Afrique et dans les pays du monde entier, le train de vie et le salaire du Président fait l'objet d'interminables débats, Mathieu Kérékou a vécu de manière sobre, dans son taudis communément appelé « les filaos ». L’enfant de Kouarfa a même refusé de vivre dans la luxueuse résidence sise à Akassato que lui ont offerte pour sa retraite, ses amis et enfants politiques. Il a préféré vivre dans sa résidence des filaos. Si on devrait faire une déclaration du patrimoine de Kérékou après sa mort, pas évident de trouver quelque chose. Et ce serait une erreur de croire que le Caméléon a dissimulé ses biens. Car, même les présidents africains qui ont créé des comptes fictifs voire au nom des tiers ont été démasqués et leur héritage a été révélé au grand jour. Malgré les nombreuses scandales et crimes qu’on lui colle, l’homme avait compris ce verset biblique, Mathieu 19 :23 qui dit : « …un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux ». Chose aussi étonnante, le Caméléon a réussi à ne pas associer ses progénitures aux affaires de l’Etat. C’est par la force des choses que le plus politique de ses nombreux enfants, Modeste Kérékou a été élu député sous son règne.
Kérékou, une icône en Afrique te dans le monde.
De deux règnes à la fois occulté et mythifié, quand tous les « coups » étaient permis et que l’on pouvait rêver de s’enrichir à des millions (de dollars) sans travailler, Kérékou ne s’est pas donné à ce vilain jeu. Il a vécu décemment sans voler personnellement l’argent de l’Etat. Ce personnage complexe qui a laissé pendant tout son règne, son village dans la pauvreté, dans l’enclavement et dans le noir fut Kérékou, chez qui la soumission à l’égard de l’Occident cohabitait avec un profond nationalisme patrimonial. Kérékou a, sans nul doute transmis à ses compatriotes, une certaine fierté dont il reste aujourd’hui des traces. Fierté de vivre dans un petit pays soucieux de partager équitablement les ressources. Kérékou est donc avant tout un paradoxe. Un chef d’Etat à célébrer et honorer sur le plan africain lorsqu’on jette un regard sur les gaffes commises par ses pairs de la sous-région. Difficile par exemple de cerner les contours de l’héritage du président Gabonais, Omar Bongo lors de son décès en 2009. Les actifs identifiés se monteraient à plusieurs centaines de millions d’euros. Plus proche de nous, Feu Gnassingbé Eyadéma du Togo a laissé comme fortune plus de 3700 milliards de F CFA placés dans les banques Suisse, à Hong-Kong, à Dubaï, bref en Europe, aux Etats-Unis, en Asie et partout en Afrique…Faut-il rappeler que c’est cet héritage familial laissé par Gnassingbé Eyadema qui a été à l’origine de la guéguerre entre ses enfants Faure, Kpatcha et les autres. En Côte-d’Ivoire, la mort de Houphouët-Boigny a suscité une grande bataille familiale autour de l’héritage. Un héritage fabuleux, estimé à près de 100 millions d'euros, autour duquel des membres de la famille de l'ancien président ivoirien continuent de se déchirer. Que dire des autres présidents africains même vivants dont la richesse est incommensurable ? José Eduardo dos Santos de l’Angola avec ses 20 milliards de dollars, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée équatoriale dont la fortune est estimée à plus de 600 millions de dollars, Uhuru Kenyatta du Kenya (500 millions de dollars), Paul Biya du Cameroun avec 200 millions de dollars…La mort de Kérékou ne suscite pas un tel débat déshonorant. Et si sa famille réclame farouchement son corps à Kouarfa, c’est en réalité parce que c’est la seule chose qui leur reste après la mort de l’un des chefs d’Etat les plus sobres au monde. Sous d’autres cieux, l’annonce de la mort de Kérékou allait déjà déclencher au sein de sa famille, une ruée vers son patrimoine, son héritage. Mais heureusement, l’homme a préféré tout donner à son pays : la Démocratie et la Paix. Sa famille n’a-t-elle pas raison de réclamer son corps qu’elle espère enfouir à Kouarfa, espérant, selon la tradition qu’un Kérékou pousse de leur terre un jour ? En tout cas, le Bénin doit être fier d’avoir connu un président comme le « phénoménal » Kékéréké. Une chose est très sûre, des siècles après, l'ombre de Kérékou continuera de planer sur le Bénin.
Gabin Euloge ASSOGBA (La Nouvelle Gazette)
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