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Santé: Le RAMU, une reforme sanitaire qui a du plomb dans l’aile (Par Aristide EKPANGBO)
Publié le samedi 5 decembre 2015  |  ABP
Visite
© AFP par BERTRAND GUAY
Visite de travail et d`amitié du Président Thomas Boni Yayi à Paris.
Lundi 9 juin 2015. Elysée. Paris. Le Président Thomas Boni Yayi.




Le Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU), lancé depuis le 24 avril 2012 par le chef de l’Etat, Boni Yayi, devant la cour royale de Nikki pour soutenir le système sanitaire du Bénin afin que l’ensemble
des populations des villes et campagnes se soigne à prix raisonnable et sans risque, n’est pas encore entré dans sa phase opérationnelle.


Cette nouvelle ère pour le système sanitaire qui suscitent tant d'espoirs est -telle un leurre, ou sera-t-elle un jour réalité ? Qu’est- ce qui pourrait donc être à la base de la non- application de cette reforme sanitaire tant applaudie par les populations béninoises alors que dans les pays comme le
Rwanda, qui ont réussi cette expérience d’assurance maladie publique, l’espérance de vie est déjà passée de 45 ans à 63 ans ?

Sous un soleil de plomb à tondre le crâne, une centaine de dockers de
la Société béninoise de manutention portuaire (SOBEMAP), presque en
haillons, en deux rangs devant un guichet fermé, attendent pour se
faire enregistrer pour la journée. Les discussions vont bon train, des
jurons fusent de toutes parts, tandis qu’un autre groupe
assis sur des bancs fixés au sol sous un hangar, discutent allègrement.
Julien Atchaoue, cinquantenaire, docker depuis une vingtaine d’années,
inscrit sous le numéro matricule D4766, interpelle ses collègues sur
ce qui lui paraît être une injustice. «Nous n’avons pas d’assurance
maladie, alors que nous sommes exposés aux intempéries et à beaucoup
de risques. Si un docker meurt sur le quai, c'est-à-dire en fonction,
les autorités de la SOBEMAP versent à ses parents une somme de 200.000
F Cfa pour dédommagement, c’est notre assurance, c’est tout. Dans
notre centre de santé, ce sont les plus chanceux qui bénéficient de
quelques comprimés de paracétamol et de chloroquine », dénonce-t-il.
Marquant une petite pause dans son discours, le front plissé, ce
dernier regrette qu’«il n’est pas rare de trouver en notre sein des
personnes atteintes de maladies incurables, nous avons perdu tout
espoir. Ce Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU) a été
accueilli et applaudi par tous les dockers, parce que pour eux, c’est
un début de soulagement pour alléger leurs peines, mais aujourd’hui,
l’espoir est au désespoir, parce que l’avenir des dockers est de plus
en plus compromis. Nous avons rempli toutes les formalités afférentes
au RAMU, mais après, silence radio de la part des autorités. La
rémunération d’un docker après (8) huit heures de travail est de
2800 F Cfa. Imaginons un instant son standing de vie, comment
pourra-t-il se permettre des soins adéquats quand le besoin se
présente ? ». Ses propos récriminatoires ont été suivis religieusement
par ses confrères qui ont acquiescé chacun par un signe de tête
affirmatif, dans une atmosphère crispée, mélangée de mélancolie.
Ce tableau sombre dressé par les dockers est le même chez les
conducteurs de taxi-moto communément appelés "Zémidjan". Paul Davi,
conducteur de Zémidjan, couché sur sa moto, l’air très détendu, sous
un arbre à palabres dans le quartier Haie vive, une zone résidentielle
de Cotonou où les Zémidjans à l’accoutumée viennent commenter
l’actualité politique, confie que le RAMU en question n’est qu’un
trompe-l’œil. «Tout ça, c’est la politique pour montrer aux peuples
qu’il y a de l’espoir, je souffre tout le temps des maux de dents »,
a-t-il dit, en montrant sa gencive noire garnie de quelques dents.
«Bientôt je serai totalement édenté. Si j’avais eu une telle
assurance, j’aurais pu honorer mes nombreuses ordonnances qu’on m’a
prescrites », fait-il remarquer. Cette fatalité exprimée dans les
propos de ce citoyen se retrouve confirmée dans les statistiques. En
effet, les comptes nationaux de santé indiquent clairement que plus
de 52% des frais liés aux soins de santé sont supportés par les
populations béninoises ; 76% de ces dépenses sont consacrés aux
produits pharmaceutiques. Ce qui traduit les conséquences souvent
désastreuses qu’endurent les populations en cas de maladies.
Les soucis de ces citoyens auraient pu trouver solution si la mise en
œuvre du RAMU avait été effective, puisqu’il a été annoncé par les
autorités, notamment par le ministre de la Santé d’alors, Dorothée
Kindé Gazard, au cours de la sensibilisation, que le RAMU couvre la
consultation, les soins, l’hospitalisation, les médicaments, les
consommables médicaux, les produits sanguins labiles, les examens de
laboratoire, de radiologie, l’imagerie médicale, les vaccins
obligatoires en dehors de ceux déjà pris en charge par les programmes
de gratuité, l’appareillage léger de fabrication locale indispensable
pour le maintien de la santé, la référence par ambulance des malades
d’une formation sanitaire vers une autre, les prestations liées à la
grossesse et à l’accouchement, sauf celles prises en charge par les
programmes de gratuité.
« Il est difficile de croire que sans la sécurité sociale, les
couches sociales défavorisées de la population béninoise parviennent à
s’offrir des soins de santé acceptables. Le Régime d’assurance maladie
universelle "RAMU" est une idée géniale, mais il n’est pas encore
effectif parce que les vrais acteurs du système de santé ne sont pas
associés pour sa mise en œuvre. Il a été décidé que ce sont les
couches vulnérables qui seront prises en compte dans un premier temps,
c’est-à-dire les artisans, les handicapés et les personnes à faibles
revenus, etc. Mais cette couche ne bénéficie pas encore de cette
opportunité qui lui est destinée, à cause de certains
dysfonctionnements observés dans la mise en œuvre du processus. Par
pitié, certains médecins soignants sont parfois obligés de mettre la
main à la poche avant de pouvoir soigner certains de leurs patients»,
explique le président de l’Ordre national des médecins du Bénin,
Séraphin Guedègbé. Avec un air très sérieux, il a ajouté que les
médecins ont le devoir de réveiller le gouvernement la léthargie profonde dans laquelle il est plongé pour que le RAMU soit
une réalité.
Encore du pain sur la planche
Un spécialiste de la santé qui a requis l’anonymat, très pessimiste, a
fait état du manque de certaines dispositions, ce qui empêcherait la
mise en œuvre du Régime assurance maladie universelle. Pour lui, le
RAMU nécessite l’existence effective de centres de santé publics ou
privés agréés par l’Etat et ayant signé avec lui une convention, qui
doivent se trouver dans un rayon acceptable pour être accessibles aux
populations. Or aujourd’hui, même si l’on peut certifier qu’à
Cotonou et environs il y a un grand nombre de centres de santé
privés, on ne saurait attester de leur efficacité en termes de
qualité des ressources humaines et aussi en ce qui concerne les normes
relatives au plateau technique, car le défaut de ce dernier fait
partie des raisons pour lesquelles le Bénin a souvent recours aux
évacuations sanitaires vers l’extérieur. Il a indiqué que la mise en
œuvre du RAMU va entraîner un afflux considérable de malades en
direction des centres de santé où les usagers, les malades, ou en tout
cas les adhérents devront trouver à tout moment, un accueil, une
disponibilité, une prise en charge et des prestations irréprochables à
tous points de vue.
Parallèlement, dans les coins les plus reculés des villes, on note une
extrême rareté des centres de santé. Par ailleurs, les centres doivent
avoir une pharmacie bien achalandée capable de répondre à certaines
urgences, étant entendu que pour des soins nécessitant certains types
de médicaments, il faut très rapidement en disposer. Enfin, même si
les finances régulières et suffisantes ne constituent pas le point le
plus important, il importe qu’un fonds soit disponible pour compenser
instantanément les déficits qui seront créés, même si on sait que
chaque adhérent doit payer une somme modique de 1000 f Cfa
mensuellement, et que tous les adhérents ne tombent pas malades au
même moment.
Un changement positif des mentalités
Pour le directeur technique de l’Agence nationale de l’assurance
maladie (ANAM), Hugues Tchibozo, avec le RAMU, il y aura une
augmentation du taux de couverture sanitaire, parce que désormais les
gens n’auront plus peur d’aller aux soins, étant entendu qu’ils ne
regarderont plus la médecine moderne comme une source
d’appauvrissement, une affaire de fortunés, d’intellectuels, comme un
luxe. L’objectif du RAMU est aussi de dématérialiser les règlements
des soins sanitaires.
«De nos jours, beaucoup ont d’abord recours aux tradithérapeutes, et
parfois même à des charlatans, du fait des faiblesses du système
sanitaire du Bénin. Des gens auraient bien voulu aller aux soins faire
un bilan de santé, mais ils y renoncent à cause des coûts», a souligné
M. Tchibozo. Il précise que le RAMU est un outil d’éducation des
populations à un meilleur suivi médical et à la réduction de
l’automédication très répandue au Bénin. Il a affirmé qu’au Bénin, il
y a beaucoup d’automédication, un mal qui prend sa source dans la peur
des gens d’aller aux soins et de découvrir d’autres maux en état de
latence en eux, la peur d’affronter des frais de consultation et des
ordonnances exorbitantes par rapport à leurs moyens et la tendance à
se contenter des restes de médicaments précédemment achetés et
utilisés par un parent qui auraient souffert de pathologies
similaires.
A tout point de vue, avec une amélioration de sa conception renforcé
de la franche collaboration des praticiens et spécialistes de la
santé, le RAMU a en lui la potentialité de devenir le creuset
fondamental du système sanitaire béninois.

ABP/AE/TB/JVD
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