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Art et Culture

Evolution de la musique béninoise et gestion du Fonds d’aide à la culture : Le clash cash de Richard Flash!...
Publié le vendredi 13 mai 2016  |  Matin libre
Richard
© aCotonou.com par DR
Richard Flash, chanteur béninois




Véritable porte étendard du Bénin et de l’Afrique au sein des grandes vedettes du Zouk-love, Richard Flash, à travers un entretien, aborde d’importants sujets d’actualité culturelle. De la mort de Papa Wemba à la situation à la Dfac, il pointe du doigt les véritables « épines » qui freinent l’éclosion de la culture béninoise.

Matin Libre : Vous avez appris avec consternation le départ tragique du Roi de la Rumba. Quelles ont été vos sentiments ?

Richard Flash : J’ai cru à l’instant à un montage. Et pourtant, c’était la réalité. J’étais attristé, c’est touchant. Ça m’a renforcé dans ma conviction de savoir que, au fait, l’homme n’est rien, l’homme est « zéro ». En pleine prestation, quelques minutes avant, personne ne pouvait s’imaginer. C’est dramatique ; l’Afrique a perdu l’une des ses meilleures vedettes. Et ce qui énerve, ce n’est qu’après sa mort, qu’on a commencé à lui rendre tous les hommages. Ça me fait réfléchir. On a comme impression que les hommes politiques de l’Afrique ne sont pas encore conscients de l’impact positif que la culture peut avoir sur le développement économique d’un pays.

Nous nous sommes rencontrés la première fois dans le cadre d’un géant spectacle prévu au stade Mathieu Kérékou que, j’étais désigné pour animer. Le spectacle n’a pas eu finalement lieu, faute des organisateurs. La dernière fois qu’on s’est rencontré, c’était l’année dernière (2015), au bureau des droits d’auteurs à la SACEM, en France. On a discuté de beaucoup de choses. Mais je n’avais pas imaginé un instant qu’il allait partir de si tôt.

Cela fait cinq (05) mois que votre tout dernier opus « Kpatagnon » est dans les bacs. Parlez-nous de l’évolution de l’album ?

« Kpatagnon » est sorti depuis le 26 décembre 2015, et on peut déjà dire que c’est un bilan positif. L’album se vend très bien et les différents titres de l’œuvre sont accueillis avec satisfaction. Mais il faut avouer que l’élection présidentielle a quelque peu noyé le plan de promotion. Je pense que c’est le moment de tout relancer. Il y a d’autres clips comme « Gbédododâ » et «Mon bébé Amelie » pas encore connus du public, et que nous allons sortir très bientôt pour « rebooster » la promotion de l’album. « Kpatagnon » est distribué par l’Afnac, la plus grande maison de distribution de disque de la France, et l’œuvre a pris un envol aussi considérable qu’à la hauteur de sa facture. Normalement on devait commencer les spectacles dans le cadre d’une tournée dans toutes les régions du Bénin, à partir du mois de juin 2016. Mais pour le moment, tout est gelé à cause des nouvelles réformes annoncées par le nouveau ministre de la culture.

Parlant du nouveau Ministre de la culture, comment appréciez-vous sa décision de suspension des activités au sein de la Dfac, depuis sa prise de fonction ?

C’est vrai que sa décision lambine un peu le fonctionnement, mais je crois que c’est une bonne démarche. Il compte voir clair dans la situation pour un nouveau départ. Au sein du secteur culturel béninois déjà, il y avait un gros cafouillage. Comment peut-on mettre autant de Milliards à la disposition de la culture et que la musique béninoise ne soit pas encore connue à l’extérieur ? Il y a là, un véritable problème parmi tant d’autres que certainement, le Ministre essayera de régler avec son nouvel élan. Il faut dire qu’au niveau du fonctionnement au Fonds d’aide, tout est faussé à la base, surtout quand ce sont des artistes qui sont les administrateurs des autres artistes. En plus, il fallait faire partie d’un clan. A vrai dire, un artiste n’attend pas forcément le Fonds d’aide pour fonctionner. Mais à partir du moment où le Fonds existe, il va falloir protéger, rémunérer, motiver et avantager les artistes qui ont du talent et de la compétence.

S’il fallait faire des propositions pour une bonne gestion du Fonds d’aide, que diriez-vous ?

Je travaille avec une cellule d’artistes dont Jah Baba, Méschac Adjaho, Assy Kiwa, pour penser les lacunes dont souffre la musique béninoise aujourd’hui. Chaque année, il doit avoir des priorités, dans la gestion du Fonds d’aide à la culture. Par exemple, pour le compte de cette année, on peut privilégier la promotion de la musique béninoise à l’extérieur, à travers des festivals dans plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Aujourd’hui, l’artiste Jah Baba possède un institut culturel. Plus qu’une innovation, c’est une véritable chance pour le monde artistique béninois. Voilà les initiatives que la direction du Fonds d’aide à la culture doit promouvoir, encourager et subventionner.

Si Richard flash devait accorder un nouveau duo à ses compatriotes, à qui l’honneur reviendrait-il?

En fait, pour les featuring, je suis ouvert. Mais ça ne peut être qu’avec un artiste qui a du mérite et de la compétence. Par exemple, ce sera pour moi facile de faire un duo avec l’artiste Sèwlan qui, dans son texte, a fait quelque chose de génial. Ce ne sont pas des chansons qui durent deux (02) mois, mais qui traversent le temps. C’est comme « Zéro » que j’ai chanté, et que vous allez écouter dans 20 ans encore, et vous ne serez pas déçus.

Selon-vous, quels sont les maux essentiels qui constituent les freins à l’éclosion de la musique béninoise ?

Jai comme impression que mes frères et sœurs courent derrière la gloire et l’argent. Un artiste n’est pas forcé d’aller faire un rythme dans lequel il ne se sent pas mieux, juste parce qu’il veut gagner de l’argent. C’est grave. Du coup, on est en train de se noyer et de se faire coloniser par d’autres musiques qui viennent de l’extérieur. Aujourd’hui, tout le monde veut chanter comme les nigérians, comme les ivoiriens, alors que nous avons nos cultures propres à nous que nous devons défendre. Moi, je chante en Davè, je chante en Hwéda, en Dendi et en fon tout le temps. Les musiciens béninois doivent travailler pour que les gens continuent de croire en nous.

Comme mot de fin, comment appréciez-vous les premiers pas du Nouveau départ du Président Patrice Talon?

Le nouveau Chef d’Etat élu est le Président de tous les Béninois. Et nous devons avoir de la patience. J’approuve son élan, car on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. On ne peut pas évaluer la compétence d’un Président en un (01) mois. Parfois, on parle de bilan de 100 jours. Ça, on peut encore le faire. Mais si nous avons eu la patience de souffrir pendant 10 ans, nous pouvons encore attendre pendant 10 mois.

Réalisation : Loth HOUSSOU

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