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Entretien avec le ministre de la Sécurité publique, Sacca Lafia :« Bientôt…la sécurité ira grandissante »
Publié le jeudi 9 juin 2016  |  Le Matinal
Sacca
© Autre presse par DR
Sacca Lafia, Président du Conseil d`Orientation et de Supervision des operations de correction de la Lépi.




Sacca Lafia reçoit en exclusivité ce mercredi 8 juin 2016, dans son bureau "Le Matinal". Le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique rassure les populations sur les mesures en cours pour endiguer l’insécurité.




Le Matinal : Depuis un certain moment, il a été noté une recrudescence de l’insécurité dans notre pays. Quelles en sont les causes ?

Sacca Lafia : Je vous remercie de me donner l’opportunité d’expliquer au peuple béninois les raisons de ses attaques fréquentes que vous appelez recrudescence de l’insécurité. Je voudrais dire avant de parler de recrudescence, qu’on puisse se référer aux statistiques. Ce qu’on a constaté depuis quelques semaines, c’est un pic des braquages. Si l’on doit faire les statistiques sur toute l’année, il faut dire que notre pays n’est pas le plus exposé en matière d’insécurité comparé aux pays voisins ou sévit le terrorisme. Par rapport aux causes, il faut dire que c’est cyclique. Généralement, on a constaté une coïncidence à chaque fois qu’il y a un nouveau ministre de l’Intérieur ou un changement de régime. C’est le constat qu’on peut déjà faire. Cela est lié au fait que les malfrats calculent. Ils savent que dès qu’il y a une passation de charges, le nouveau n’a pas la maîtrise totale des instruments qui permettent de lutter contre l’insécurité. Il n’a pas une connaissance parfaite des hommes et il n’a pas la maîtrise totale des moyens matériels et financiers. Donc, cette période de latence est une période favorable aux délinquants, aux malfrats de se manifester. Donc, je crois que c’est le cas en ce moment. Il y a les causes qui sont liées un peu à la police.

Parcequ’aujourd’hui,les moyens de communication des malfrats sont à un niveau de pointe si bienque nos policiers, nos forces de sécurité devraient être constamment recyclées, rééquipées pour y faire face et pour être toujours en avance par rapport aux délinquants. Or, ce n’est pas le cas en ce moment. Il y a également la mauvaise organisation de notre société. Nous sommes très mal organisés parce que si vous voyez bien, la plupart des braquages visent fondamentalement l’argent. Ce n’est pas une volonté de tuer ou de blesser les citoyens, mais c’est de s’accaparer de leurs biens précieux. Or, si vous voyez notre façon de manipuler les ressources financières, vous verrez qu’on est très indiscret.On est à la limite trop négligeant. Même des boutiques qui font des chiffres d’affaires de dizaines de millions par jour, n’ont pratiquement aucun moyen de sécurité. Elles n’ont même pas des moyens de surveillance, de vidéo surveillance technologique. Vous voyez aussi des cambistes qui sont au bord des routes avec plusieurs millions de francs CFA dans leurs sacs. C’est provoquant et attentatoire. C’est à la limite un appel à la délinquance. C’est ce qu’il faut changer. Les gens continuent de voyager avec de fortes sommes dans leurs sacs. Ils peuvent prendre des bus d’ici Malanville, d’ici Parakou avec de l’argent liquide.En Europe, cela ne se fait plus. Tout le monde a la carte électronique. On a inventé beaucoup de choses pour faciliter le transfert d’argent. Aujourd’hui, on ne voyage plus avec de l’argent. Avec son téléphone, on peut faire des transactions. Il faut bien qu’on tende vers ces pratiques. On doit accepter et comprendre que le monde a évolué et que la technologie actuelle, le niveau de délinquance ainsi que les besoins des populations qui sont en mal avec la société sont tels qu’il est difficile de résister sans attaquer les autres, tant qu’il y a un peu de négligence pour sauvegarder nos biens financiers.

Quels mécanismes mettez-vous en place pour contrer le phénomène ?

C’est un phénomène qui ne nous a pas laissé indifférent. On est en train de penser à remodifier note façon de vivre en créant des conditions difficiles aux malfrats. Nous allons demander à tous les établissements financiers qui manipulent l’argent (les banques, les cambistes, lespharmacies, les boutiques qui vendent suffisamment, les stations service) qu’ils doivent se doter devidéosurveillances qui permettent de dissuader un temps soi peu les malfrats parce qu’ils savent qu’ils peuvent être retrouvés. Nous pensons nous attaquer aux moyens modernes de communication. Aujourd’hui, au bord des routes les gens peuvent acheter des cartes sim s’en servir, commettre le forfait et la jeter sans qu’on ne puisse identifier la sim ni retrouver les auteurs. On a demandé aux réseaux de téléphonie d’enregistrer tous leurs clients avec la photo et les empreintes digitales et que la Police ait la possibilité d’avoir accès facilement à ces données. On va demander conformément à la loi, aux cambistes de ne plus rester au bord des voies. Ou si cela devra continuer, ils doivent trouver un local qu’on va sécuriser. Ceci permettra de dissuader les malfrats. On va sensibiliser la population à utiliser les moyens modernes de transfert d’argent ou avoir les comptes dans les banques. A défaut, ils peuvent utiliser leurs téléphones portables qui permettent de transférer les fonds jusqu’à 500.000 Fcfa. Si vous avez deux réseaux, cela fait 1 million. Si vous avez 3 portables, ça fait 1.500.000 F Cfa. Il y a quand même des possibilités de se déplacer avec de l’argent. Si on fait disparaitre votre téléphone au cours d’un braquage, vous avez la possibilité de retrouver votre argent sans difficulté. Les braqueurs qui opèrent souvent à Tokpa y vont avec des motos non immatriculées. Donc la Police doit reprendre les contrôles pour amener les gens à immatriculer les motos qu’ils utilisent. Tout ceci constitue des moyens pour dissuader ces délinquants. Il y a aussi la grande circulation des armes avec ce qui se passe au Nigeria, au Burkina, avec la guerre en Libye, des armes légères circulent. C’est là où on va demander le concours de la population de nous renseigner, parce que quelque part les gens savent. Il faut qu’ils informent la Police pour que ces armes qui sont des dangers pour nous tous soient retirées des mains des délinquants. Voilà quelques unes des mesures. Nous avons déjà réfléchi sur le phénomène. Dans les prochains jours, la population va constater. Au vif, on a déployé la Police au niveau des carrefours. Au vif on a institué des patrouilles nocturnes et diurnes. Je sais qu’il y a certaines presses qui disent que c’est parce qu’on a réduit les postes de contrôle qu’il y a insécurité. C’est une mauvaise coïncidence. Les barrières multiples le long des routes ne peuvent pas empêcher quelqu’un de braquer à Dantokpa. Ces barrières ne peuvent pas empêcher la circulation des armes légères. Les bandits ont mille manières de le faire. Il suffit de mettre l’arme en pièces détachés dans des véhicules différents et cela finit par arriver à Cotonou. Bref, il faut beaucoup de mesures.

Quel message avez-vous à lancer aux populations pour les apaiser ?

D’abord, je présente ma compassion aux familles et aux personnes qui ont été victimes de ces cas d’insécurité et je demande aux populations que chaque individu d’abord assure sa sécurité en observant un peu des gestes de discrétion quand elles manipulent l’argent. Chaque citoyen doit pouvoir assurer la sécurité de la communauté en informant les forces de sécurité publique notamment les policiers, les gendarmes ou même des civils responsables de l’Etat, d’une présence de personnes étrangères ou même nationales qui ont des comportements suspects. Çane sert à rien de protéger le délinquant et exposer la communauté. Enfin je rassure les populations que le gouvernement qui n’a fait que soixante jours, est à pied d’œuvre. De mieux en mieux, nous comprenons comment les choses sont organisées. Bientôt les populations vont constater que la sécurité ira grandissante et que ces actes seront rares. Nous combattrons les causes qui sont à la base de cette multiplication d’actes d’incivisme. Très prochainement les citoyens devront se faire enregistrer par la biométrie. Les établissements financiers seront tenus par l’obligation d’avoir des caméras de surveillance. Aussi, nous inviterons les populations à moins voyager avec des liquidités et à utiliser les moyens modernes (réseaux de téléphonie, banque). Nous redéployerons davantage de forces de sécurité, bien-sûr en les formant et en les protégeant pour que les malfrats aient plus de difficultés et qu’ils n’aient plus droit de cité dans le pays.

Le Synapolice a déclaré que la police fonctionne sur fonds de rançonnements. Est-ce normal et comment comptez-vous résoudre ce problème ?

Ce n’est pas une instruction donnée par l’autorité mais c’est possible, comme ils le disent eux-mêmes. Les allocations données aux commissariats et brigades ne suffisent pas probablement et ça peut les amener à fonctionner avec cet argent qu’on leur donne illégalement. Le gouvernement actuel a la volonté de changer en donnant des dotations conséquentes aux commissariats et aux brigades pour leur permettre de faire leur travail en se fondant sur les moyens que leur donne l’Etat. C’est d’ailleurs pour cette raison que conformément aux dispositions de la Cedeao, nous avons levé plusieurs barrières pour ne conserver qu’une dizaine de barrières de contrôle de la sécurité routière et de barrières de sécurité. Je crois qu’aujourd’hui, la population s’en réjouit. Le gouvernement entend poursuivre dans cette lancée. Il peut avoir des policiers aux carrefours pour réguler la circulation mais il n’y aura plus de policiers pour arnaquer. Je demande à la population de faire confiance à la fermeté du gouvernement.

Propos recueillis par Jean-Claude Kouagou
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