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Bio Tchané : « Nous sommes dans un Bénin d’espoir »
Publié le vendredi 15 juillet 2016  |  Actubenin
Abdoulaye
© Autre presse par DR
Abdoulaye Bio Tchané, le ministre d`Etat en charge du développement




Artisan de premier rang de la victoire de Patrice Talon, Abdoulaye Bio Tchané est devenu aujourd’hui l’un des poids lourds de l’équipe gouvernementale. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, le ministre d’Etat chargé du plan et du développement est confiant que les cent premiers jours du gouvernement de la Rupture, ont redonné espoir au peuple béninois.

Le Matinal : Cent jours qu’un nouveau régime est en place. A quoi ressemble aujourd’hui le Bénin ?

Bio-Tchané : Le Bénin aujourd’hui n’est pas encore ce que tout Béninois souhaite, mais il se remet petit à petit de son enlisement. Le pays est aujourd’hui mieux gouverné, les choses se remettent progressivement en place, les différents dossiers brûlants hérités du régime défunt sont en train d’être évacués. Les effets de la bonne gouvernance sous l’ère Talon sont peu à peu perceptibles au plan micro économique et augurent d’un futur plein d’espoir.

A votre arrivée, vous avez trouvé les caisses presque vides. Est-ce que les indicateurs affichent désormais le contraire ?

Les voyants ne sont pas totalement verts, mais ils ne sont plus au rouge vif. La situation macroéconomique, très difficile à notre prise de pouvoir, se normalise 100 jours après. Les différentes mesures prises pour mettre un terme à la dérive budgétaire du régime défunt permettent d’être optimiste. Nous avons suspendu la plupart des projets opaques et hors budget, dont l’exécution n’avait pas démarré.Nous avons fait adopter un collectif budgétaire pour stopper la tendance haussière du déficit budgétaire et de la dette. De ce fait, il s’imposait une coupe du budget initial de plus de 8%, pour tenir le choc. Nous avons récemment émis un emprunt obligataire de 150 milliards de francs CFA, mais massivement souscrit à plus de 200 milliards. Cela nous permet d’une part, de payer les arriérés internes de l’État et, d’autre part, de financer les investissements publics qui attendaient. Les indicateurs changent agréablement de couleur, au fur et à mesure que nous déroulons les mesures prises.

Beaucoup de Béninois ont l’impression que rien ne bouge, mais plutôt qu’il y a beaucoup de bruit et de rétropédalage au niveau du gouvernement.

C’est plutôt l’inverse que j’entends. Car beaucoup nous reprochent de ne pas communiquer. Mais c’est normal quand vous succédez à un régime qui a gouverné avec une communication excessive. Nous sommes énormément préoccupés par la nécessité d’améliorer les conditions de vie des Béninois. C’est d’ailleurs la finalité de nos différentes politiques. Il ne faut pas cependant perdre de vue que depuis longtemps, les politiques macroéconomiques n’ont pas une incidence substantielle au niveau micro économique. La pauvreté s’est accentuée depuis 2011, au regard de l’enquête sur les ménages réalisée en 2015. Tout ceci demande du temps et des actions à court, à moyen et à long termes sont en cours, pour alléger les difficultés des populations. Je voudrais appeler les compatriotes à la patience. Nous devons tous consentir des sacrifices aujourd’hui, pour que demain soit meilleur, et notre travail d’aujourd’hui en constitue la semence.

Selon vous quel est l’impact de ce qui se fait sur la vie quotidienne des Béninois ?

Les préoccupations majeures demeurent l’amélioration du panier de la ménagère et la relance de l’économie. Toutes nos initiatives concourent à ces finalités. Pour l’heure, nos différentes réformes sont globalement bien appréciées par les Béninois. Cela signifie que la confiance entre le peuple et l’État règne.La lutte contre le favoritisme, notamment au niveau des concours, redonne également espoir à la jeunesse et, en général, à nos compatriotes. Ce sont des éléments d’appréciation, parfois banalisés pour mesurer l’amélioration du quotidien, mais qui sont importants.

Vous avez promis le règlement intégral de la dette intérieure. Plus de trois mois après, il n’y a toujours rien. A quand le payement ?

Le règlement de la dette intérieure est dans le canevas des priorités du gouvernement. Cela a commencé, mais pour aller au bout, nous avons l’obligation de vérifier la justesse des différentes créances qui nous sont soumises. Ce contrôle a démarré depuis un moment déjà. Il est en cours. C’est après cette étape cruciale que le payement total suivra. Les fonds nécessaires sont déjà disponibles. L’emprunt obligataire réalisé récemment va servir aussi au règlement de la dette intérieure. La question sera très bientôt conjuguée au passé.

L’une des premières décisions de votre gouvernement, c’est de redonner vie à la filière coton. A quoi doit-on s’attendre au cours de cet exercice ? Quelle est la capacité de production en ce moment ?

Désormais, l’association interprofessionnelle du coton sera impliquée dans la production de l’or blanc, la réquisition des usines de la Sodéco et des autres égreneurs par l’État est levée et celles-ci vont être associées à l’égrenage du coton. Dorénavant, le pouvoir n’est plus le seul gestionnaire de la filière coton. Voilà ce dont il faut s’attendre dans ce secteur. Nous avons l’intention de redonner à l’or blanc du Bénin, tout son éclat, comme par le passé.

Est-ce-qu’il vous arrive de prendre des instructions auprès de votre collègue, Secrétaire Général de la Présidence de la République Irenée koupaki ?

Les instructions à tout ministre viennent toujours du Chef de l’État. Il est le seul habilité à instruire sur tel ou tel dossier. Ceci dit, vous posez une question dont on peut se passer, parce que je prends l’avis de mon collègue Koupaki sur des sujets qui l’exigent. Et quand je le fais, c’est avec plaisir. Le ministre d’État et moi sommes membres du même gouvernement. Nous travaillons en parfaite harmonie pour la réussite de nos actions.

Comment expliquez-vous qu’on tente à vous opposer ?

Seuls ceux qui tentent de nous opposer, comme vous le dites, peuvent expliquer leurs réelles motivations.Je vous le répète une fois encore, Pascal Koupaki et moi entretenons des relations professionnelles et amicales, sans adversité aucune. Vous savez, ce qui ferait plaisir à certains, c’est l’inverse.

Le gouvernement vient d’annuler les concours de recrutement de 2015 au profit du ministère de l’économie et des finances. Cette décision fait couler beaucoup d’encre et de salive. Le gouvernement aurait agi dans l’illégalité. Les concernés menacent de saisir la justice. Et si leur action prospérait, quelle serait la réaction du gouvernement ?

Le gouvernement a agi en toute légalité et de façon méthodique, dans ce dossier. Nous avons décidé de l’annulation de ces concours sur la base des irrégularités, assez nombreuses et objectives relevées par la commission mise en place pour vérifier leur régularité. Les éléments de preuves sont accablants. Aucune possibilité autre que l’annulation ne s’offrait à nous. Les mesures disciplinaires et les poursuites judiciaires seront enclenchées à l’encontre des organisateurs de ces concours irréguliers. Maintenant, nous sommes dans un État de droit, les concernés sont libres de saisir la justice. Les voix de saisine de la justice et les voies de recours existent pour ça.

Dans ce dossier, le gouvernement compte engager des poursuites à l’encontre des personnes impliquées. Est-il possible aujourd’hui de demander des comptes aux anciens ministres concernés, quand on sait qu’aucune action en justice contre un membre du gouvernement pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions, n’a jamais abouti ?

On finira sans doute par faire du deux poids deux mesures en envoyant leurs complices répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes.
Un membre du gouvernement est un justiciable, certes spécial, mais qui peut être jugé, pendant ou après sa mission. Constitutionnellement, la Haute cour de justice est mise en place pour cela. C’est vrai que cette cour n’a jamais reçu de justiciable à ce jour, mais il va falloir la rendre opérationnelle. Donc, qu’il s’agisse d’un ancien membre du gouvernement ou d’un simple cadre de l’administration publique, s’il est impliqué dans l’organisation de ces concours frauduleux, il répondra de ses actes devant la justice.

A quand les résultats des audits commandités pour élucider les crimes commis sous le régime défunt ? Quelles sont les structures ciblées ?

Les résultats sont attendus progressivement et on ne saurait mettre les conclusions de l’audit sous le boisseau et les cacher à nos compatriotes. Les structures concernées par ces audits sont celles dans lesquelles nous avons des raisons de suspecter des choses anormales.

Au niveau de nos ambassades, c’est le mouvement général. Plusieurs ambassadeurs rappelés, des audits en cours. Qu’est ce qui explique tout cela ?

Cela répond simplement à un souci de transparence. Les audits n’ont pas pour but d’opérer une chasse aux sorcières. Il est normal de faire l’État des lieux et la lumière sur la gestion de certaines de ces ambassades. Les actes de prévarication seront dénoncés, les bonnes pratiques seront encouragées.

L’insécurité est grandissante et on a l’impression que le gouvernement n’a pas la situation sous contrôle. Comment comptez-vous y remédier le plus tôt possible ?

Nous avons très tôt, pris la mesure de la situation, en mettant en place, l’opération dénommée « Mamba ». Mes collègues des ministères de la sécurité publique et de la défense ont veillé à son élaboration et l’appliquent efficacement. La preuve, les actes d’insécurité ont substantiellement baissé ces dernières semaines. Les forces de l’ordre font un travail encourageant dans ce sens et nous devons les féliciter et les encourager. La vindicte populaire, que nous déplorons tous, est aussi sous contrôle. D’aucuns ont tenté d’expliquer la recrudescence des actes de braquage par le retrait des forces de sécurité et de défense des points de contrôle routier et la suspension des décrets en faveur des agents de police. C’est une explication totalement injustifiée.

Propos recueillis par Fidèle Nanga


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