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Art et Culture

Erick Hector Hounkpè au sujet du Fitheb Migratoire : «Il faut aller chercher le public là où il est… »
Publié le lundi 29 aout 2016  |  Matin libre
Eric
© aCotonou.com par DR
Eric Hector Hounkpè, Dg du FITHEB




Erick Hector Hounkpè s’est prononcé samedi 27 août 2016 au sujet du Fitheb migratoire. Le directeur de la biennale théâtrale du Bénin en a profité pour mentionner sa vision. Suivez-le.

Matin Libre : Pourquoi le Fitheb migratoire ?

Erick Hector Hounkpè : le Fitheb est initié pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une démarche qui vise à ramener le festival aux populations. Ce qui me parait incongru, c’est qu’on veut faire un grand festival sans base. On veut faire venir des Blancs pour rester à Cotonou et environs pour la fête. Je crois que c’est une erreur. Le Fitheb migratoire est de faire migrer l’événement vers les populations, les amener à se réapproprier le festival, à en faire leur propriété.

Au deuxième niveau, profitant de cela, c’est d’observer, d’ouvrir les yeux sur les valeurs locales que le Fitheb migratoire permet de mettre en vitrine et de voir comment leur tendre la main et enrichir la création au niveau national.

Le 3ème objectif qui est le fondamental, c’est d’assurer la rentabilité économique du festival sur trois, quatre, cinq ans parce qu’en allant vers les populations, leur faisant adopter le festival, on pourra après les solliciter à payer. Il faut aller chercher le public là où il est. Quand je vais avec un spectacle vers eux, je les incite à rentrer après dans les salles et je développe une politique de marketing qui essaie de vendre des tickets groupés pour que tout événement du Fitheb au plan local ou national puisse être vécu par les populations. Nous allons faire en sorte pour vendre davantage le festival aux Béninois. Ce sont globalement les trois raisons. Et je dis, un festival sans base n’existe pas.

En quoi le Fitheb migratoire peut favoriser la rentabilité économique de la biennale ?

Tout simplement parce que les populations auront cru à cela. Elles vont découvrir. Elles y sont venues gratuitement et après, on leur dira que cela ne devrait pas être gratuit. Il faut que nous voyions comment payer, il faut que nous voyions comment inciter les mairies à acheter des spectacles pour leurs mandants, tout cela, c’est de la rentabilité économique.

Voudriez- vous dire qu’’à l’édition prochaine, les populations vont payer ?

Pas forcément. Pas tout de suite mais il faut préparer le lit. Rassurez- vous, les populations payeront tant que leurs fils qui ont du talent sont dedans. C’est pourquoi, nous allons les chercher ; nous allons voir les meilleurs créateurs de ces coins – là et les intégrer dans le train national du théâtre. Tant que vous avez vos enfants dans quelque chose, vous avez votre identité, vous vous retrouvez et il vous est facile de dire, je contribue. Quand je dis de payer, ce n’est pas de donner de l’argent à outrance, mais c’est de contribuer.

On a tout avantage à remettre le festival aux populations. Vous ne pouvez dans aucun pays faire un festival si cela n’a pas une base festive populaire. Cela n’est pas rentable.

Mais les salles de spectacles n’existent pas ? Où est- ce que vous pensez qu’il faut inviter ces populations ?

Pour moi, ces salles existent. J’ai joué en Europe, dans deux chambres- à coucher un salon qui sont des centres particulièrement agréés par l’Etat. C’est nous qui nous complexons. Les semblants de salles qui existent, noyautons – les. Nous sommes venus à Dassa et les artistes ont joué au niveau du centre des jeunes d’Egbakokou. C’est déjà un pas. C’est à nous de venir et d’attirer l’attention des autorités pour que des réfections se fassent.

L’autre aspect qui est d’ailleurs un autre pan de notre programme, si Dieu nous le permet, on va y arriver, c’est cette démarche de décentraliser qui va nous aider à susciter l’émulation chez les élus locaux pour que nous ayons des espaces Fitheb dans presque toutes les communes.

On nous donne un domaine. Nous déblayons et nous mettons nos couleurs. Et nous demanderons aux populations d’aller faire leur manifestation publique sur l’espace Fitheb. Ces compatriotes de nos contrées vont garder le réflexe Fitheb. Et quand des partenaires vont nous aider, nous allons mettre en place les infrastructures. La question d’espace pour moi est subsidiaire. Aujourd’hui, ce qui importe, c’est d’aller chercher le public, de s’assurer qu’il est acquis, qu’il adhère à cette vision qui est de donner le spectacle dans toutes les parties de notre pays. Cela ne doit se confiner dans les mégapoles, Cotonou, Porto- Novo…

Quand on a commencé le migratoire à Natitingou, après les petites enquêtes, comme de louanges ou si vous voulez de doléances, les populations nous ont dit qu’elles ont besoin de cela toutes les vacances. Moi je veux faire un festival pour le peuple d’Afrique et non pour les Blancs. Il faut que nous accélérions le processus de maturation de ce festival.

Faites nous un petit bilan du Fitheb migratoire

Le bilan est positif. On a fait Natitingou, Bohicon, Kandi et maintenant, on est à Dassa. Le bilan est positif parce que nous sommes partis pour regarder les valeurs de l’intérieur et nous en avons beaucoup eues.

Nous essayons de remarquer un acteur culturel local et il devient coordonnateur du Fitheb migratoire dans sa localité. Lui, il connait les acteurs culturels locaux et dans ce lot, il propose et nous, on valide. Nous sommes en train de faire un collecte d’informations… nous sommes en train de détecter des talents. Moi, j’ai découvert la danse des petits peulhs à Kandi et je me suis dit que cela ne doit pas être pour Kandi uniquement.

Premier point, la prospection marche. Deuxième point, nous sommes de plus en plus ouverts sur des besoins parce que de plus en plus, exprimés par les populations. Ensuite et surtout, le migratoire renforce la visibilité et la communication du Fitheb. De plus en plus, les populations connaissent le festival. Il faut dire aussi que d’une commune à une autre, nous observons nos ratés pour projeter une mesure de grandeur. Jusque- là, je suis satisfait.

Et les impacts, monsieur le Directeur, comment peut –on les déchiffrer sur les populations et la biennale que vous gérez ?

Sur les populations, c’est déjà visible. Vous voyez comment ils sortent. Dès qu’on annonce, ils sortent et très nombreux. Donc il y a un besoin de loisir que nous comblons. Cet impact est clair. Nous collectons aussi les besoins des populations, c’est aussi un impact parce que quand on va mesurer les données, cela va nous obliger à convoyer des mécanismes de formation vers ces zones.

L’institution a de la visibilité. Nous avons un site qui est régulièrement animé. Nous sommes sur tous les réseaux sociaux. Nous avons la réhabilitation du Fitheb au cœur des populations. C’est une nécessité. Vous savez que des guéguerres ont écorné l’image de l’institution. Il faut nettoyer cela. Il faut que nos compatriotes aient à nouveau confiance en leur Fitheb. Et les élus locaux, je dois le souligner sont en train d’intégrer et un premier adjoint au maire m’a dit : « j’espère que cela ne va pas s’arrêter. L’année prochaine, on va davantage peaufiner et nous-mêmes, on sera là… ». Nous avons aussi la rentabilité économique. Ce sont des impacts énormes dont je suis fier.

Réalisation : Teddy GANDIGBE
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