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Drame de Tori Avamè : Houngô, le village le plus touché
Publié le mardi 13 septembre 2016  |  Matin libre
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© Autre presse par DR
Un véhicule des forces armées rempli d’essence de contrebande brûlé à Ikpinlè




Dimanche 11 septembre 2016, après quelques kilomètres de route, nous sommes arrivés à Houngô vers 16h 30 mn. Un groupe de personnes composé majoritairement d’hommes étaient assis sous une paillote comme si elles nous attendaient. L’ambiance était des plus ternes. La tristesse, le chagrin se lisaient sur les visages. Les hommes, les femmes, jeunes et vieux, n’arrivaient pas à s’expliquer ledrame qui leur est tombé dessus ce jeudi 08 septembre 2016.Nous étions là quand une délégation, conduite par le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib) Jean Baptiste Satchivi, est arrivée, introduite par le chef de l’arrondissement d’Avamè Augustin Vianou. Selon les propos du président de la Ccib, la délégation est venue aux nouvelles afin de voir comment venir en aide aux victimes.

Houngô, est l’un des 6 villages de l’arrondissement d’Avamè dans la commune de Tori Bossito. Nous sommes au 4ème jour après l’événement malheureux du jeudi 08 septembre 2016 qui a fait 87 blessés, la plupart brûlés au 3e degré, et 8 décès selon les chiffres officiels jusqu’au dimanche 11 septembre 2016. Dans ce lot, Houngô est le village qui a connu plus de cas. Selon les chiffres provisoires donnés par le chef de village Touko Hilaire, qui a lui-même perdu son épouse dans ce drame, 45 personnes sont blessées dans le village et 4 personnes déjà décédées. Mais ce chiffre reste provisoire parce que des enquêtes se poursuivent dans le village pour savoir le nombre exact de personnes concernées. La raison du fort taux de personnes blessées enregistré dans ce village, selon les explications du chef village, est liée à l’endroit où se situe le site d’incinération de produits périmés.C’est là que presque tous les ménages du village vont chercher leur pitance. Composés essentiellement de paysans,ils étaient donc presque tous au champ quand l’information leur est parvenue que des sacs de farine de blé allaient être déversés. Comment être si près et ne pas profiter de ce qu’ils ont toujours considéré comme une « aubaine ». Car, pourles populations, les produits n’étaient jamais totalement périmés avant qu’on procède à leur destruction. Elles sont certaines que s’est souvent deux à trois mois avant la date de péremption que les produits sont amenés sur le site pour être incinérés.Elles avaient donc l’habitude de les récupérer, soit pour leur propre consommation, soit pour les vendre.

Le récit du drame selon un témoin

L’un des témoins du drame, le plus à même de nous donner tous les renseignements qu’il faut, ne le pourra pas. On vient de lui annoncer le décès de sa sœur, victime elle aussi et qui était sous traitement dans l’un des centres hospitaliers qui ont reçu les blessés. Son corps serait même déjà en route vers le village pour y être enterré. Ce témoin, que le chef de village juge plus au fait des circonstances du drame, était donc dans tous ses états et ne pourra pas nous narrer sa version des faits. C’est alors qu’un autre témoin, Akondé Joachim, a pris la parole pour nous dire comment il a vécu l’événement malheureux du jeudi 08 septembre 2016. Il était aussi dans la fosse où des sacs de farine de blé étaient disposés les uns sur les autres pour être détruits. Au-dessus des sacs bien emballés, les agents de sécurité avaient déchiré d’autres sacs de jute vides sur lesquels ils avaient versé la poudre même. Mais comme la plupart des hommes qui pouvaient encore compter sur leur force physique, Akondé Joachim a réussi à sortir à temps de la fosse. Ce qui n’est pas le cas des femmes et vieux pris au piège. Selon ses explications, on ne saurait encore dire d’où est parti le feu. Mais dans l’assemblée, un fort soupçon pèse sur les agents de sécurité. Ils ne sont pas des agents des forces de l’ordre mais des civils recrutés pour assurer la sécurité sur le site. Ce sont eux les premiers qui ont accès aux produits. Ils étaient donc en train de prendre les sacs de farine de blé destinés à être détruire pour une destination inconnue. Certainement pour les spéculer plus tard sur le marché. Informées, les populations ont investi le site afin d’en profiter aussi. Mais elles ont été, dans un premier temps,tenues à l’écart. Ça a commencé par gronder. La menace était donc réelle sur ces agents qui, selon la population, voulaient leur priver de cette « aubaine » pour tout s’accaparer. Sentant qu’ils étaient en minorité et qu’ils risquaient, à force de s’interposer, de se fairelyncher, ils ont battu en retraite. C’est alors que vieux comme jeunes se sont précipités dans le trou. Ils rivalisaient d’ardeur pour transporter le plus de sacs possibles. Mais c’est sans compter avec la détermination des agents de sécurité qui sont revenus à la charge, cette fois-ci avec deux agents des forces de l’ordre. Avec l’arrivée des hommes en uniforme, la population a pris peur. C’était la panique et la débandade. C’est dans cette confusion,qu’on ne sait comment, un feu s’est déclenché. Selon le témoin Akondé Joachim, les farines n’étaient nullement arrosées d’essence. Mais ce discours est contredit par d’autres sur place qui ont dit qu’il avait bel et bien de l’essence. De toute façon, le feu qui s’est déclenché et dont on ne sait pas, pour le moment l’origine, n’a laissé aucune chance aux femmes et vieux qui étaient dans le trou. Ils en sont sortis méconnaissables, tout le corps brûlé jusqu’au troisième degré. Mais aucune personne n’est morte dans le trou.

La prise en charge des blessés

Le chef de village nous a assurés que depuis que le drame s’est passé, le village n’a cessé de recevoir la visite des autorités à divers niveaux. Qu’elles soient élus communaux ou députés à l’Assemblée nationale, la sollicitude a été prompte autour des blessés. Il en est de même de l’Etat central qui a donné l’ordre pour que tous les blessés répartis dans les centres de santé publics tels que le Cnhu, l’hôpital de zone de Calavi, l’hôpital de zone de Ouidah, l’hôpital de Mènontin, de Suru-Léré, le Camp Ghézo soient soignés sans débourser le moindre sou. Ceci a été confirmé par le chef de village de Houngô qui a ajouté que seuls ceux qui ont choisi d’aller se faire soigner dans les cliniques privés ont eux-mêmes pris en charge leur traitement, tout comme les deux blessés qui ont refusé d’aller dans un centre de santé et qui se soignent à leur frais chez eux par le biais de la médecine traditionnelle.

Après avoir pris congé du chef de village et des sages de Houngô, nous avons croisé sur le chemin de retour, le corbillard qui ramenait une dépouille. Certainement le corps de la sœur du 1er témoin qui devrait nous narrer les circonstances du drame.

Bertrand HOUANHO
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