Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Femmes    Pratiques    Le Mali    Publicité
aCotonou.com NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Réchauffement climatique et baisse de la production agricole : Impacts sur la sécurité alimentaire au Bénin
Publié le samedi 22 octobre 2016  |  Matin libre
Brouille
© Autre presse par DR
Brouille entre les populations et les responsables du centre de recherche agricole de plante pérenne de Pobè




Les manifestations du changement climatique affectent le secteur agricole béninois, pourvoyeur de ressources alimentaire et financières, mais tributaire du climat. Ainsi on note une baisse substantielle de la production agricole du Bénin, ce qui est préjudiciable à l’autosuffisance alimentaire.

D’après la Fao, « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une autosuffisance alimentaire, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leur préférence alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine », et selon les experts, cette définition englobe la disponibilité, des denrées alimentaires, l’accès des personnes à ces denrées et l’utilisation qu’elles font de celle-ci, ainsi que la stabilité de ces trois composantes. Et il existe un lien étroit entre l’agriculture et la sécurité alimentaire. L’agriculture dans son acception large désigne « l’ensemble des travaux transformant le milieu naturel pour la production des végétaux et des animaux utiles à l’Homme ». Ainsi défini, l’agriculture englobe la culture des végétaux, les activités d’élevage et de la pêche. Elle permet fondamentalement de satisfaire les besoins alimentaires de l’homme, de contribuer au maintien et à l’amélioration de sa santé, condition préalable à la satisfaction des autres besoins. L’augmentation et la diversification de la production alimentaire pour la consommation familiale ou comme source de revenus est une des conditions fondamentales pour une meilleure sécurité alimentaire des ménages. Cependant au Bénin, les rendements agricoles sont à la traîne. A ce jour, les taux d’accroissement des rendements agricoles sont en moyenne restés faibles, en dessous du taux de croissance démographique. Sur la période 2002-2012, les statistiques indiquent une production alimentaire par tête d’habitant en hausse de 1,6% en moyenne annuelle, plus faible que le taux de croissance démographique de 3,5% observé au Bénin. La question préoccupe Gnolonfoun Gilbert, cultivateur résidant dans la comme de Zè, qui affirme que les rendements agricoles deviennent de plus en plus faibles en en raison des aléas climatiques et les plantes deviennent de plus plus rabougries. Dannondé Gratien lui s’inquiète de ce que la faiblesse des rendement spourrait déboucher sur l’usage excessif des engrais et autres produits chimiques, ce qui risque d’appauvrir davantage le sol. L’impact des changements climatiques sur l’agriculture a également fait l’objet de préoccupation au plus haut niveau. Ainsi, selon le docteur Ernest Amoussou, chercheur à l’Institut de recherche sur le climat au centre CIFRED, la petite saison pluvieuse de septembre à octobre pourrait disparaître. De même, on connaîtrait une hausse de température jusqu’à 2,5° C. Et dans cette logique, jusqu’à 60 pourcent des populations pourraient souffrir de faim dans la partie septentrionale, a renchéri docteur Euloge Ogouwalé, également chercheur au projet de recherche sur le climat, à l’Université d’Abomey-Calavi.

Des vulnérabilités aux conditions météorologiques et climatiques perceptibles

Au Bénin, l’agriculture reste largement vulnérable aux changements climatiques. Ainsi selon le Rapport national sur le développement humain (Rndh), le réchauffement climatique en cours pourrait avoir des effets désastreux sur le secteur agricole des pays en développement. Les études réalisées au Benin attestent qu’au cours des trois dernières décennies, la plupart des écosystèmes des différentes régions agro écologiques se dégradent du fait de la forte variabilité climatique associée à une plus grande fréquence des phénomènes extrêmes telles que la sècheresse, l’augmentation des températures, les inondation et la désertification. Et tout ceci entretien des conflits au sein de la population.

La sécheresse et la hausse des températures

Le Rndh fait constater qu’à l’horizon 2050, le Moyen Benin –qui couvre essentiellement les deux départements du Borgou et de la Donga, et la commune de Pehounco- sera marqué par des modifications mensuelles et saisonnières des températures et des précipitations. En général les rendements des cultures vivrières baisseraient substantiellement (entre 20 et 45%) avec un accent assez critique au niveau du manioc, du gombo et du mil. Il est aussi avéré qu’un stress thermique supplémentaire et des sols plus secs entraineraient la réduction des rendements dans les différentes régions agro-écologiques

Des inondations dévastatrices de cultures

Selon l’expert en environnement Roméo Adamou, les inondations récurrentes que connaissent la majorité des pays de l’Afrique de l’Ouest constituent à leur tour une menace pour la sécurité alimentaire dans la région. Elles détruisent non seulement les cultures et le bétail mais aussi les infrastructures indispensables à la sécurité de subsistance des ménages. Ainsi à en croire les résultats du rapport, en 2010, les dégâts causés par les inondations au Bénin étaient de 46 décès et des pertes matérielles s’élevant à 260,5 millions de dollars US correspondant à environ 9,4% du budget national de 2010. La fréquence et l’intensité des inondations risquent d’augmenter dans l’avenir compte tenu de la variabilité saisonnière des précipitations et de l’occupation inadéquate des terres. Selon les experts, l’agriculture au Bénin est vulnérable au changement climatique dans toutes les zones agro-écologiques confondues mais avec plus d’acuité au niveau de l’extrême Nord Bénin et dans la zone des pêcheries au sud. Ce sont également ces zones qui subissent des inondations très dévastatrices pour les agriculteurs et les éleveurs.

Une désertification préjudiciable au rendement

Pour l’expert Roméo Adamon, du fait du fort taux de désertification associé à la pression démographique, certaines essences forestières telles que le karité, le néré et le baobab qui jouent un important rôle économique, environnemental, alimentaire et nutritionnel connaissent une forte diminution. Les premières victimes de cette situation sont particulièrement les femmes qui font la transformation des produits de karité, de néré et de baobab. De plus, selon le rapport, ces essences sont des arbres agroforestiers qui normalement s’associent bien aux cultures et contribuent à l’amélioration de la fertilité des terres et à la gestion de l’eau au niveau des champs. Il en va de soi que la diminution de ces arbres impacte négativement la production agricole et par conséquent la sécurité alimentaire.

L’insécurité alimentaire, source de conflits

L’insécurité alimentaire est à la fois une cause et un effet de la violence et des conflits. En effet, les fluctuations de la production agricole et de l’accès à la nourriture peuvent être à l’origine de troubles sociaux, d’attaques violentes, voire de guerres. Ces bouleversements risquent, à leur tour, d’affecter la stabilité de la disponibilité et de l’accessibilité des denrées alimentaires. Logiquement, la production alimentaire diminue pendant les conflits. En outre, les conflits perturbent la production de denrées alimentaires, bloquant souvent directement les cultures et limitant fortement l’accès à la nourriture. Bien qu’étant connu comme étant un pays paisible et démocratique dans la région et sur le continent africain, le Bénin n’est pas à l’abri des conflits et/ou de violences, mentionne ce rapport.


Thomas AZANMASSO
Commentaires