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Saisie de ‘‘faux’’ médicaments à Dantokpa : Le gouvernement délaisse les racines et s’attaque aux feuilles
Publié le lundi 27 fevrier 2017  |  Matin libre
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© Autre presse par DR
Santé : D’importantes quantités de faux médicaments saisies à Dantokpa
D’importantes quantités de produits pharmaceutiques ont été saisies ce vendredi 24 février au marché Adjégounlé de Dantokpa.




La lutte contre la criminalité pharmaceutique devient davantage musclée au Bénin. En tout cas, c’est le constat qui se dégage après l’opération de saisie des médicaments contrefaits au marché Adjégounlè vendredi dernier. Des contingents des Forces de sécurités publiques ont investi Adjègounlè, où plusieurs tonnes de médicaments ont été saisies.De même, plusieurs magasins et baraques de stockage de ces produits illicites ont été détruits et plusieurs dizaines de vendeuses ont été arrêtées. Mais loin d’affirmer qu’il s’agit du leurre, il faut reconnaitre que la priorité aujourd’hui dans cette lutte est de s’attaquer aux sources d’approvisionnement de l’informel en médicaments.

Ce n’est pas un fait nouveau, la saisie des médicaments contrefaits au Bénin encore moins au marché international de Dantokpa. Il y a plusieurs décennies déjà que cette lutte contre les faux médicaments a été engagée au Bénin avec le soutien financier et technique des pays occidentaux, des firmes occidentales et organisations internationales dont l’Organisation mondiale de la santé. Malheureusement le mal est toujours là, imperturbable !Selon une étude récente du ministère de la santé, plus de 6 000 personnes seraient impliquées dans le commerce de faux médicaments et 85 % de la population s’approvisionneraient sur le marché informel. De ce fait, il importe de souligner la nécessité pour le gouvernement de la Rupture de s’attaquer d’abord aux racines en vue de garantir l’efficacité à la lutte contre les médicaments contrefaits. Qui et quelles sont les structures qui alimentent le marché informel notamment le marché Adjégounlè ? C’est ici toute la question à laquelle devra répondre le gouvernement avant d’espérer contrer véritablement l’industrie mortelle des médicaments contrefaits.

En effet, il faut reconnaitre qu’aujourd’hui plusieurs entreprises pharmaceutiques ou grossistes trempent dans le trafic de faux médicaments. D’après une investigation menée par votre journal et publiée sous la titraille « Lutte contre les faux médicaments au Bénin : Formel et informel, même circuit d’approvisionnement et après ? », il a été constaté qu’en dehors du fait que le Bénin soit réputé pour être une plaque tournante du trafic de faux médicaments en provenance du Nigeria, Ghana, Togo, Chine et l'Inde, certaines sociétés grossistes approvisionnent l’informel. A l’interne, l’informel s’abreuve à la même source que le secteur formel. Inutile de rappeler que cette implication des grossistes ont souvent fait l’objet de mouvements d’humeur des pharmaciens mais après plus de bourdonnement de mouches. La dernière en date est la société surprise en flagrant délit à Kétou. Une affaire qui visiblement semble déjà étouffée au regard du calme qui plane autour du rapport de la commission d’enquête et celui de l’Ordre des pharmaciens du Burkina Faso.

L’inspection de toutes les sociétés grossistes s’imposent notamment celle des comptes-clients secondaires et étrangers de ces entreprises pharmaceutiques. Car il faut d’abord assainir la corporation pour mieux la protéger. Le contrôle et la sanction des grossistes et des pharmacies indélicats peuvent permettre déjà d'éliminer ces sources d'approvisionnement internes qui prostituent le médicament, discréditent le circuit formel et mettent en danger la santé des populations.

Les cliniques, les délégués médicaux complices…

Il n’y a pas que des vendeuses du marché Adjégounlè qui font tourner l’industrie des médicaments contrefaits. Par des moyens détournés et pas du tout orthodoxes, des cliniques s’approvisionnent dans l’informel et vendent des médicaments au public. Le constat est sans doute moins perceptible mais le commerce illicite de médicaments ne saurait être une réussite tant que le gouvernement ne s’engagera pas dans la dynamique de décourager ces cliniques. Il faut impérativement renforcer la surveillance à l'égard de ces cliniques et formations sanitaires privées qui vont s'approvisionner en médicaments dans l'informel. Les dépôts illégaux doivent également être détruits sur toute l’étendue du territoire national.

L’autre aspect qu’on ne peut perdre de vue est le fait que des délégués médicaux et certaines agences de promotion de médicaments se permettent l'importation de modèle-vente de médicaments comme échantillons. Ainsi, des modèle-ventes de médicaments ou échantillons se retrouvent souvent sur le marché informel. D’où la nécessité de sanctionner et de recadrer les interventions des délégués médicaux sur le terrain.

Ce n’est toujours pas de faux médicaments…

L’Usaid a récemment doté le Bénin précisément le Laboratoire national de contrôle de la qualité (Lncq) d’un appareil de détection des médicaments contrefaits. La réalité est que depuis quelques années, notre pays ne disposait pas de mécanisme fiable de détection, le seul appareil existant étant en panne. Si les officines de pharmacie et l’informel s’approvisionnent à l’interne auprès des mêmes sociétés grossistes, il urge de s’interroger sur la notion de faux médicaments. Des conditions de conservation (température…) pourraient faire perdre au médicament sa fonction de remède avec le risque de devenir nocif à la santé humaine. Cependant, il importe de souligner aujourd’hui que très peu de patients remettent, de ce fait, en doute la qualité des médicaments vendus à la criée. Quand bien même, elles craignent parfois ces médicaments contrefaits, la sensibilisation n’a pas pu prendre le dessus sur l’accessibilité des marchands d’appoint vendant souvent les produits à l’unité en raison des faibles prix par rapport aux médicaments vendus en officine.

Par quels mécanismes ces médicaments prohibés se retrouvent sur le territoire national ?Le gouvernement doit revoir la politique de gestion de nos frontières et renforcer l’arsenal juridique s’il ambitionne vraiment mettre fin à la criminalité pharmaceutique au Bénin.

Aziz BADAROU
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