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Relations Bénin-Nigéria : L’option de la Rupture, le handicap
Publié le mercredi 21 mars 2018  |  Matin libre
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© Autre presse par DR
Le président de la République du Bénin, Patrice Talon (g) et son homologue du Nigeria, Muhammadu Buhari




Les relations entre le Bénin et son grand voisin de l’Est, même si elles ne sont pas conflictuelles, ne sont pas les meilleures au monde. Pour un pays qui partage environ 773 Km de frontière avec son géant voisin, un marché de plus de 200 millions de consommateurs, le Bénin ne profite pas pleinement des retombées de sa proximité avec le Nigéria. La preuve, les transporteurs et commerçants qui exportent leurs produits sur le marché nigérian rencontrent tant de tracasseries de la part des agents de police et de la douane nigériane à l’aller comme au retour. Il arrive même que des Béninois commerçants soient tabassés, menottés et jetés au fond d’une voiture de patrouille nigériane parce que accusés à tort d’être un membre de Boko Haram. Lors d’un atelier organisé, lundi 19 mars dernier, par l’Alliance Borderless à la frontière Sèmè-Kraké, on a entendu des témoignages poignants.

A y voir de plus près, cette collaboration de plus en plus difficile entreles agents en uniforme du Nigéria et les rares commerçants béninois qui vont sur le marché nigérian est la résultante d’une politique béninoise en inadéquation avec celle nigériane. C’est donc un problème de politique au sommet des deux Etats frères qui gagneraient tant à collaborer. L’agent le moins gradé des nombreux hommes en uniforme, (la douane, la police, le service de l’immigration, le service de mise en quarantaine) du Nigéria est investi de la mission d’empêcher, par tous les moyens, l’accès au marché nigérian de produits non fabriqués dans l’espace Cedeao. Cette politique, qui date de la période du président Obasanjo, est perçue par Buhari comme la seule issue à la crise que traverse actuellement le naira. Le Bénin étant un pays consommateur, ne produit pas ce qu’il mange ni ce qu’il porte, on voit bien comment il serait difficile aux opérateurs économiques d’accéder facilement au marché nigérian. Les hommes en uniforme du Nigérian ont témoigné que des opérateurs économiques du Bénin reconditionnent les produits importés des pays d’Europe pour faire croire qu’ils sont faits au Bénin et que cela, pour eux, est inacceptable.

Il y a quelques années, le Président Obasanjo, dans une adresse aux opérateurs économiques, au Palais des Congrès de Cotonou, exhortait les Béninois à rompre les liens séculaires d’une inacceptable aliénation. Il les a invités à valoriser les productions ‘’made in Bénin’’, à consommer béninois, à cesser de singer leurs anciens maîtres, à redevenir eux-mêmes. Pour dire que, même habillés à l’africaine, on ne devrait pas moins veiller à porter le choix sur des tissus du cru, c’est-à-dire des tissus fabriqués au Bénin et en Afrique. Cette politique depuis Obasanjo n’avait pas reçu l’adhésion qu’il fallait de la part des dirigeants béninois. Puis vint le gouvernement du Nouveau départ qui a promis la Rupture. On s’attendait que sur ce chantier sur lequel les gouvernements précédents ont échoué, Patrice Talon allait changer la donne.

La désillusion

Investi le 06 avril 2016, il a fallu quatre mois pour le nouveau président béninois, août 2016, pour une première visite au Nigéria dans le cadre de la coopération bilatérale. Même si en son temps, la raison évoquée était l’état de santé du président Buhari, on n’a pas senti Patrice Talon impatient de rencontrer son homologue. Ce qu’il a fini par faire le 02 août 2016. Mais dans quel style ? On a vu un président en costume sur mesure à côté d’un Buhari en tenue traditionnelle ‘’Agbada’’. Un style vestimentaire qu’avaient déjà adopté ses prédécesseurs. Le Président nigérian qui prône le « Made in local » peut voir dans cette posture du président béninois un frein à sa politique. Puis depuis août 2016, plus aucune rencontre en les deux hommes d’Etat. Pendant ce temps, que de visites de Patrice Talon en France. Tant la volonté du président béninois de rencontrer Emmanuel Macron s’est fait sentir dans la politique étrangère du Bénin. Il a même passé tout une semaine en France sans rencontrer son homologue français avant d’y arriver le 05 mars dernier. Si le Chef de l’Etat béninois éprouvait le même intérêt pour le Nigéria et pour sa politique d’écoulement sur son marché des produits uniquement ‘’Made in Bénin’’, cela n’allait-il pas apporter plus de devise que l’aide au développement promis par Macron ? De plus, les agents en uniforme du Nigéria chargés de traquer les commerçants indélicats béninois verraient dans ces visites à leur président la preuve d’une collaboration fructueuse entre les deux Etats et cesseraient de matraquer autant les commerçants Béninois.

B.H
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