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En vérité : « Air Bénin », la nouvelle ambition

Publié le mardi 10 decembre 2019  |  Fraternité
Avion
© aCotonou.com par DR
Avion Air Sénégal
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L’idée est séduisante. Elle dénote de l’ambition que nourrit le gouvernement non seulement pour la promotion de la destination Bénin mais aussi pour le rayonnement du pays à l’international. Une compagnie aérienne internationale à l’actif du Bénin, tel est le méga projet que les décideurs du moment appellent de tous leurs vœux. Certes, tout ceci est encore à l’étape de pré-conception. Comme un feu qui le brûle, le ministre des infrastructures et des transports a lâché le morceau. Impatient d’annoncer la bonne nouvelle à l’opinion, il a saisi l’opportunité de la célébration du 75ème anniversaire de l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci) pour lever un coin de voile sur cette noble intention. Nulle part dans le Programme d’actions du gouvernement (Pag), il n’est fait mention d’une telle initiative. Sans doute que chemin faisant, l’idée de doter le Bénin d’une flotte aérienne destinée au transport des personnes et des biens à l’international a été caressée.
Si Hervé Hehomey a révélé le « secret », c’est que le projet est parvenu à maturation sur papier. Il faut croire que tout doucement, les diligences seront entreprises afin que cette initiative prospère. Pour le gouvernement, « doter l’aviation civile béninoise d’une compagnie internationale est le principal gage pour connecter le Bénin au reste du monde ». Pour y parvenir, il veut s’appuyer sur la mise à niveau en cours de ses infrastructures aéroportuaires. La modernisation de l’aéroport international Bernadin Cardinal Gantin, la construction de l’aéroport international de Glo Djigbé, la rénovation et l’opérationnalisation de l’aéroport international de Tourou à Parakou participent de cette dynamique. A tout ceci, il faut ajouter la mise en conformité du système de l’aviation civile béninoise avec les standards internationaux. La nouvelle politique de suppression des droits de visa pour les ressortissants africains dont les séjours en territoire béninois n’excèdent pas 90 jours est un levier supplémentaire qui sera actionné en son temps.
Ce rêve des autorités béninoises est déjà une réalité sous d’autres cieux. La Côte-d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina-Faso, le Maroc, le Cameroun, le Rwanda, l’Ethiopie, le Kenya, pour ne citer que ces pays, disposent déjà, chacun en ce qui le concerne, d’une compagnie aérienne internationale. Certes, toutes ces compagnies n’ont pas la même prestance, puisqu’elles ne disposent ni des mêmes aéronefs, ni ne desservent les mêmes lignes. Il faut croire qu’au lendemain de la faillite de la regrettée compagnie panafricaine « Air Afrique », chaque Etat s’est recroquevillé sur lui-même en mettant sur pied sa propre compagnie. Pour l’instant, les chefs d’Etats et de gouvernements ont du mal à se mettre à nouveau ensemble avec comme objectif la création d’une nouvelle flotte aérienne commune. « Chat échaudé craint l’eau froide », enseigne l’adage. Mais, ces mini-compagnies créées ça et là peuvent-elles prospérer ici et ailleurs alors qu’elles sont appelées à concurrencer les mastodontes de l’Occident ?
C’est une évidence que le ciel africain est déjà surchargé. Le besoin d’épanouissement du Bénin sur ce plan peut-il être satisfait sur la durée avec autant de concurrence ? Aura-t-il à lui tout seul les moyens de se doter d’une flotte conséquente ? En lieu et place d’une compagnie nationale, une conjugaison des moyens de quelques petits Etats pourrait faire l’affaire. A plusieurs, on est toujours plus forts. Le Bénin, le Togo, le Niger et pourquoi pas la Guinée, le Cap Vert peuvent se mettre ensemble et créer une flotte multinationale. Le désir d’émancipation du gouvernement dans cette quête résiderait dans le plaidoyer pour l’implantation du siège sur le sol béninois. Ce projet révélera mieux le Bénin et lui donnera plus de poids qu’une flotte personnelle. L’échec de Air Afrique servira de tremplin pour mieux faire. Partagé entre les urgences et les priorités, le gouvernement fait bien de nourrir de grandes ambitions. Mais, aujourd’hui plus qu’hier, l’union fait davantage la force.


Moïse Dossoumou
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