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La COVID 19 : l’Afrique a manqué le rendez-vous de sa légitimité, mais en avait-elle les moyens ?

Publié le mercredi 10 juin 2020  |  Fraternité
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© aCotonou.com par dr
Mohamed Paul TOSSA, Médecin toxicologue, spécialiste en santé publique et évaluateur des risques sanitaires environnementaux, Président de la Fondation Africa Tomorrow (FAT) basée au Bénin et en France.
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Médecin toxicologue, spécialiste en santé publique et évaluateur des risques sanitaires environnementaux, Mohamed Paul TOSSA est aussi Président de la Fondation Africa Tomorrow (FAT) basée au Bénin et en France. Il présente, ici, quelques pistes pour mieux affronter ce genre de crise dans les pays africains.

L’Afrique également fait face, depuis quelques 5 mois, à la pandémie Covid 19 due au coronavirus SARS-Cov-2 émergé en Chine en décembre 2019 et qui a secoué le monde créant des centaines de milliers de morts. En dehors des mesures barrière partagées par tous les pays, la gestion de la crise a connu des variantes d’un pays à l’autre pour des raisons probablement très diverses qui ne sont pas l’objet de cet article. Dans tous les cas, la plupart des pays développés ont basé leurs stratégies sur des prévisions basées sur l’évolution de l’épidémie en termes de nombre de cas, de cas potentiellement graves, de décès, des capacités du système à faire à un afflux de patients. En Afrique, ces prévisions ont eu un goût un peu particulier. En conséquence, les résultats, pour ce qui est des nombres de cas et de décès actuellement en Afrique, tranchent avec plusieurs prédictions qui voyaient s’ouvrir en Afrique le front d’une hécatombe qui au final n’aura pas été au rendez-vous, du moins, pas jusque là. Pour autant, peut-on dire que l’Afrique était bien préparée ? Pour ma part, l’Afrique a anticipé la crise par la mise en place d’un certain nombre de mesures (fermeture des frontières, annulation des vols, interdiction des rassemblements, couvre-feux, confinement partiel ou total…) dans différents pays mais pas en se fondant sur des critères objectifs. Ce qui a donné l’impression d’avoir avancé dans un flou total et en tâtonnant assez souvent. Elle a ainsi montré deux limites importantes face à la pandémie COVID 19.

L’Afrique n’a pu faire ses propres projections
La première est une incapacité ou tout au moins une insuffisance dans la capacité du continent à faire des projections sur l’expansion du mal et le périmètre des personnes susceptibles d’être atteintes. Clairement, il y a eu un manque de projection des pays africains sur les conséquences de cette crise sur leurs populations. Les pays africains n’ont pas été capables de prédire les conséquences en termes de nombre de cas et de décès liés à la maladie. L’Afrique a manqué de moyens pour faire ses propres projections. Les projections sur les conséquences de la crise sur les populations africaines (nombre de cas, nombre de décès) sont arrivées de l’OMS et largement relayées par des médias non africains sous forme d’une possibilité non négligeable de catastrophe humaine. Il est ainsi désolant de voir que, pour le continent des maladies infectieuses par excellence, nous n’ayons pas été capables de nous projeter et d’apporter notre expertise aux autres continents. C’est un rendez-vous manqué.

Un système sanitaire encore et toujours fragile
La deuxième limite est représentée par la faiblesse du système sanitaire en Afrique presqu’à l’agonie dans plusieurs pays ; et qui va avec la première. En effet, l’Afrique s’est vue imposer des projections venues d’ailleurs sans doute basées sur des paramètres probablement erronés ne tenant pas compte des réalités du continent (la dynamique des mouvements des personnes et des biens, les contacts sociaux, les maladies infectieuses potentiellement immunisantes…). C’est à se demander comment les pays africains auraient pu gérer la crise si les prévisions en termes de nombre de décès sur le continent s’étaient avérées justes ? Je pointe du doigt, ainsi, le dénuement matériel et technique, l’insuffisance en ressources humaines qualifiées qui caractérisent la plupart des pays du continent dans le domaine médical. Le Bénin ne fait pas exception à cette règle. De mon point de vue, même si on le savait, la COVID 19 a été un révélateur de plus du niveau de déliquescence, d’inadaptabilité, d’incapacité et de dénuement matériel dans les structures de santé, notamment de service public. Les infrastructures sont rarement aux normes, notamment dans les milieux non urbains…Cette pauvreté du plateau technique se superpose à un défaut de personnel soignant qualifié et ce depuis plusieurs décennies.

Se préparer maintenant pour mieux répondre demain
Il est temps que, pour un sujet touchant aux maladies infectieuses, l’Afrique puisse elle-même faire ses propres projections que d’attendre qu’on vienne lui dire combien de morts il va y avoir sur le continent. Ceci nécessite de disposer des compétences nécessaires ; et donc d’investir dans la formation et dans la recherche de pointe sur ces sujets. Par exemples, des données récentes sur la maladie font état de l’existence d’une immunité croisée avec comme prévision 40 à 70 % de la population française qui aurait déjà développé une immunité contre d’autres coronavirus responsables de maladies mineures telles que le rhume. Cette immunité protégerait contre le coronavirus responsable de la Covid 19. Pourquoi l’Afrique qui est le continent des maladies infectieuses par excellence ne serait pas protégée par une immunité croisée après exposition à de multiples microorganismes ? Mais pour le savoir, il aurait fallu mettre en place les études pour recueillir les données nécessaires pour parvenir à cette déduction qui aurait permis à l’Afrique de prendre des mesures adaptées à la fois à ses réalités, mais également à la fragilité économique de sa population vivant dans une grande précarité.
En résumé, l’Afrique est par excellence le continent des maladies infectieuses. Cette pandémie aurait dû être le grand rendez-vous de l’Afrique pour se mettre en avant en apportant des solutions innovantes pour sa population mais également au reste du monde. Mais pour cette raison, l’Afrique aurait dû faire de l’infectiologie un secteur de compétitivité : infrastructures (laboratoires de pointe…) et personnel hautement qualifié et de classe mondiale dans les disciplines connexes ; et développement d’entreprises de production de tout le matériel de riposte. A l’endroit des chefs d’Etats africains sur ce sujet, l’éveil africain sur bons nombres de domaines, y compris celui de santé, passera obligatoirement par la promotion de la recherche et l’innovation, leur financement et leur valorisation. Les pays africains doivent développer une économie de la connaissance dans le domaine des maladies infectieuses.
Mohamed Paul TOSSA, Médecin toxicologue, spécialiste en santé publique et évaluateur des risques sanitaires environnementaux et Président de la Fondation Africa Tomorrow (FAT) basée au Bénin et en France
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