Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Économie
Article
Économie

Entretien avec Franchy Rhétice Dagba: « Le Bénin est dans une dynamique de développement propre et authentique »

Publié le jeudi 3 septembre 2020  |  La Nation
Franchy
© aCotonou.com par DR
Franchy Rhétice Dagba, témoin et acteur de l’économie béninoise
Comment


Par Josué F. MEHOUENOU,
On peut en surfant sur son parcours et ses expériences, présenter Franchy Rhétice Dagba comme un témoin et acteur de l’économie béninoise au cours de ces dernières années. Il en connait les moindres détails et ses propositions et observations contenues dans plusieurs publications peuvent être vues comme une boussole pour refaire l’économie des pays en quête de développement. Avec lui, nous faisons à travers cet entretien une lecture panoramique du Bénin économique, soixante ans après les indépendances avec un focus sur la gouvernance du régime de la Rupture.


La Nation : En 1960, à l’heure des indépendances, vous étiez un garçon de 10 ans. 60 ans après, quel bilan sommaire pouvez-vous faire du parcours du Bénin en tant qu’économiste ?

Franchy Rhétice Dagba : Permettez- moi de faire remarquer que le 04 décembre 1958, la colonie française du Dahomey est proclamée République du Dahomey et a accédé à la souveraineté internationale le 1er août 1960. A cette date, lors de l’accession du Dahomey à l’indépendance, je passais au cours moyen 1re année (Cm1) en vue d’obtenir le Certificat d’études primaires et élémentaires en juin 1962. Les conditions des écoliers en ce temps-là, dans les écoles publiques, étaient inimaginables par rapport à celles des écoliers d’aujourd’hui. Les fournitures pour le travail en classe (cahiers, buvards, et autres) étaient gratuites. Les livres étaient prêtés contre une modique caution remboursée en fin d’année contre remise des livres en bon état. La scolarité était gratuite également.
Aujourd’hui, les conditions des écoliers connaissent des hauts et des bas. Seulement, à l’indépendance, l’espoir d’une aube véritablement nouvelle était né! Les jeunes cadres de l’Administration publique semblaient se donner à la tâche, espérant construire une nation pour un développement authentique en vue de promouvoir tout homme béninois et tout l’homme béninois. Les rivalités des dirigeants politiques, l’aspiration des populations à une vie meilleure dans la liberté retrouvée et les manipulations de certains anciens colons non satisfaits des indépendances ont plongé le pays dans les « coups d’Etat» à répétition suite au premier soulèvement des populations, surtout des syndicats réclamant la suppression d’une mesure d’abattement de 10 % sur les salaires.

Les coups d’Etat dont vous parliez ont inauguré l’ère des instabilités ?

L’instabilité politique née de la faiblesse de la gestion budgétaire conjuguée avec les rivalités des acteurs politiques plombent toute tentative de mise en place d’une politique conséquente en vue de propulser une croissance économique saine et continue devant permettre la création des conditions propices à un développement authentique du pays. La mentalité des populations béninoises réfractaires à toute politique d’endettement pour construire les grandes infrastructures routières et implanter les unités de transformation de la production agricole en produits industriels n’a pas permis d’asseoir les bases d’une gestion économique de développement.
La poussée démographique, la faiblesse des taux de croissance économique et l’impossibilité d’une politique de répartition du trop faible Revenu National ont fait le lit d’une régression de ce pays doté de nombreux cadres à l’indépendance et qui donnait l’espérance d’une émergence économique, attendue rapide, comme celle des pays d’Asie, de la Corée du Sud, Singapour et autres! Les nombreuses difficultés, conséquence de choix économiques hasardeux, nées d’une politique socialiste marxiste mal maitrisée pendant la période révolutionnaire de 1972 à 1989 ont conduit le pays, dès les années 1987-1988, à engager des pourparlers avec les Institutions de Bretton Woods (Fmi et Banque mondiale), négocier et conclure de sévères politiques d’ajustement structurel mises en œuvre dès juin 1989, soutenues par des Crédits d’ajustement structurel, des Facilités d’ajustement structurel puis Facilités d’ajustement structurel renforcées et, enfin, des Crédits pour la revue des dépenses publiques.

Qu’est-ce que nous avons réussi à faire de positif au plan économique en 60 ans ?

Les actions positives au plan économique durant les 60 ans ne peuvent pas être décrites de manière continue, le Bénin a connu des hauts et des bas. Des ressources humaines de qualité ont été formées dès le début des indépendances et ce, de façon presque continue d’année en année avec les nombreuses écoles ouvertes, les lycées et collèges d’enseignement secondaire, les universités publiques et privées, les centres de formation technique et professionnelle. On peut aussi mentionner la gratuité de l’école primaire, la quasi-gratuité de l’enseignement secondaire pour les jeunes filles, la gratuité de la césarienne et des séances de dialyse pour les malades rénaux, etc.
Je peux aussi parler d’efforts en matière de gestion budgétaire, la nouvelle dynamique en matière de politiques d’investissements des ressource publique, la mise en place d’une gestion budgétaire axée sur les résultats, la construction d’infrastructures routières, de plus en plus, solides ces dernières décennies. Il y a également les tentatives réussies de diversification agricole avec la mise en place de filières de production d’ananas, d’anacarde, de karité, les tentatives de transformation sur place de certaines productions, le développement des services, surtout des établissements de crédit et les efforts d’épargne avec les sociétés d’assurance et de réassurance, la mise en place d’une politique de développement touristique effective et la valorisation de l’industrie culturelle. En somme, une nouvelle dynamique de la gestion publique, particulièrement de la gestion de l’économie publique.

Que nous manque-t-il alors aujourd’hui pour le développement ?

Encore beaucoup de choses! L’effort soutenu dans la bonne gouvernance, la formation soutenue et adéquate des cadres techniques de haut niveau et de haute spécialisation, la consolidation de la démocratie économique et financière, la saine gestion budgétaire et économique centrée sur les résultats, l’acceptation du contrôle interne, et surtout externe systématiques de la gestion budgétaire à la fin de chaque exercice avec publication des résultats par des auditeurs indépendants. Il faut aussi la poursuite de la diversification agricole et de la transformation des produits du cru, l’exploitation et la transformation en produits finis des ressources du sol et du sous-sol, la maitrise de la politique énergétique et la généralisation de l’énergie solaire, l’exploitation dans le transport des marchandises des cours d’eau, la préservation des écosystèmes, la densification de l’unité industrielle dans le respect des règles écologiques…Ces nouvelles corrections indispensables pour un développement harmonieux du Bénin dans une Afrique intégrée supposent la mise en place d’une planification économique et financière, souple et rigoureuse, dynamique et bien maîtrisée. Ce qui présuppose des ressources humaines bien formées, convaincues du besoin du développement du Bénin et de l’Afrique dans un monde interdépendant où la loi de la jungle cherche à s’imposer aux pauvres et aux faibles. C’est une réalité. Ce n’est pas de l’impérialisme, c’est l’impérialité, la domination de fait.


A ces conditions, nous pouvons nous assurer le développement ?

Nous avons aussi besoin d’avoir une meilleure connaissance de nos potentialités en ressources humaines, de nos richesses du sol et du sous-sol, des vrais besoins de nos populations et des sacrifices qu’elles sont prêtes à consentir pour les enjeux et autres défis du développement à relever. Une connaissance réelle des déterminants du monde actuel et des intérêts qui guident les actions des riches et des forts, les réseaux qui animent les multiples connexions, les causes multiformes et nombreuses des guerres localisées dans les différentes parties du monde, et le recul nécessaire pour asseoir une analyse prospective conséquente et cohérente des réalités économique, financière, politique, sociale, démographique, écologique et systémique du monde actuel en pleine mutation s’imposent également. C’est à ces conditions et à ces conditions seulement que nous allons réussir une croissance économique qui engendrerait le développement authentique.

N’avez-vous pas l’impression que nous sommes dans un cercle infernal et que nous tournons en rond sans vraiment réussir à décoller ?

Non ! Le développement ne s’arrête pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, le développement doit être intégral ! Il doit promouvoir tout homme et tout l’homme. Non ! Nous ne tournons pas en rond, et, ne sommes pas dans un cercle infernal. Nous sommes face à une loi de la jungle où la puissance économique et financière dicte ses règles aux populations qui n’ont pas encore bien pris conscience des réalités du monde actuel, et restent toujours inorganisées.L’Afrique bouge et le Bénin avance à son rythme. Le Bénin est au service de l’Afrique.
En initiant la Conférence nationale, le Bénin a offert une opportunité politique nouvelle à l’Afrique pour essayer les différentes formes de démocratie politique multipartite.En s’engageant dans la gestion budgétaire axée sur les résultats, le Bénin offre une porte de sortie royale à l’Afrique pour une nouvelle gestion publique permettant la maitrise budgétaire, le financement conséquent des investissements publics en allant sur le marché financier international, ce qui accroît ses capacités financières pour lancer les besoins nombreux du développement.En nommant un jeune comptable financier pour la conduite de la gestion budgétaire axée sur les résultats, le Bénin a choisi le profil technique idéal pour la gestion efficiente des enjeux économiques et budgétaires actuels en vue d’une relance effective et conséquente de l’économie nationale. Une modélisation de la gestion économique publique est en cours de rédaction pour l’Afrique émergente. En réorganisant le système partisan, le Bénin cherche et tente de consolider durablement l’expérience démocratique en Afrique. Ce qui éviterait, à coup sûr, les expériences d’échec démocratique constaté en Amérique latine. Le Bénin, à l’instar de l’Afrique, est dans une dynamique de développement propre, autonome et authentique. Comme l’Afrique, le Bénin se donnera son chemin et va construire un schéma de développement sans effusion de sang, mais avec des sueurs à la mesure des enjeux, des défis et des ambitions légitimes des populations.

Comment les pays d’Asie, le Brésil et autres ont pu réussir au cours de la même période à opérer des transformations fulgurantes alors que l’Afrique ainsi que le Bénin sont encore à la traine ?

Non ! Le Bénin et l’Afrique ne sont pas à la traîne. C’est juste une illusion d’optique. Ces pays d’Asie, le Japon, le Brésil, que vous citez, ont connu des bouleversements inacceptables et même inadmissibles que l’Afrique n’a pas choisis…. Le Bénin, encore moins ! Ces pays d’Asie, le Japon excepté, et le Brésil vivent une émergence économique mais, ne sont pas développés. Et même déjà, gèrent les problèmes du mal développement, sont très limités en matière de croissance économique, sans perspective de développement authentique. Ce ne sont pas des modèles à suivre pour l’Afrique ! Ces pays que vous évoquez sont à la limite de l’épure dans le processus du développement sans être considérés comme développés. Le phénomène de l’Entropie joue à plein.

Vous dites dans l’un de vos ouvrages que le drame du Bénin, c’est un problème d’entrée dans la modernité. Que doit-on y comprendre ?

Sur l’ouvrage, « Le drame du Bénin », en sous-titre, j’ai écrit: «l’Afrique a un problème d’entrée dans la modernité ». Le Bénin est confronté, spécialement, à un véritable problème générationnel, de manque d’hommes et de femmes courageux, intègres et probes. Les défis spécifiques que le Bénin doit relever en vue de son développement authentique, les enjeux périlleux pour jeter les bases indispensables pour le développement intégral du Bénin exigent pour la gestion des affaires de l’Etat, pour la conduite de la gestion publique, pour manager la gestion de l’économie publique, des hommes et des femmes d’une trempe nouvelle, en d’autres termes , des durs, des purs et des sûrs. Cette race d’hommes et de femmes manque, cruellement, dans le Bénin actuel, et, même en Afrique.

Vous estimez que le franc Cfa est un problème mineur dans la balance des difficultés financières des pays de la zone. Pourquoi ?

Le franc Cfa est bien un problème mineur dans la balance des difficultés, non seulement financières des pays de la zone, mais de l’ensemble des problèmes auxquels ils sont confrontés pour évoluer vers un développement authentique.La question principale et clé réside en celle de la solidité d’une monnaie pouvant jouer un rôle catalyseur en vue d’une croissance économique saine et durable, socle d’un développement intégral qui doit promouvoir tout homme et tout l’homme.

Quelles clés proposez-vous alors en tant qu’économiste ?

Je pense qu’on peut y arriver si nous parvenons à mettre en place les conditions d’une gestion économique et budgétaire saine et durable avec une politique d’endettement soutenable. Une gestion budgétaire axée sur les résultats serait un choix judicieux. Il faut aussi maîtriser les ressources du sol et du sous-sol, avoir un contrôle effectif sur leur exploitation et utiliser à bon escient les ressources financières provenant desdites exploitations pour des investissements publics, semi-publics et privés efficients et utiles à l’amélioration effective des conditions de vie des populations béninoises dans les secteurs de l’éducation, de la santé et leur mieux-être.
Ensuite, nous devons bâtir des unités industrielles développantes respectant l’écosystème et les normes écologiques pour une durabilité de la politique de développement mise en œuvre dans la logique d’une Afrique intégrée et mener une politique prospective pouvant permettre aux dirigeants politiques, économiques et administratifs de saisir les enjeux mondiaux de développement afin d’éviter toute tentative des grandes puissances d’organiser des conflits localisés en vue d’un affaiblissement réel de la stratégie de développement du Bénin en particulier et de l’Afrique en général. Ces politiques, conséquemment mises en œuvre, donneront des réalisations économiques et financières solides, gage d’une monnaie gérable, autonome mais liée à des paniers d’autres devises fortes. L’intégration monétaire externe, déjà acquise de la monnaie Cfa, ne serait qu’un atout et ne deviendrait plus un objectif à rechercher.


Que dites-vous donc de l’Eco ?

L’Eco, monnaie de plus en plus évoquée pour l’espace Cedeao aura besoin de la solidité de l’ensemble des économies des pays de la zone qui n’ont pas encore mis en œuvre des politiques soutenues de gestion économique et financière convergente, mais, seraient amenés à lutter pour construire l’intégration monétaire externe déjà acquise au niveau de l’Uemoa avec la monnaie Cfa. Le franc Cfa est mort depuis très longtemps avec l’arrimage à l’euro, et une gestion monétaire plus indépendante de la Banque centrale (Bceao) relève des prérogatives du gouverneur de ladite institution si la solidité des économies des pays membres de l’espace Uemoa le permettait. C’est pourquoi, en tant qu’économiste indépendant, je me suis toujours refusé à mener les faux débats sur la monnaie Cfa. C’est la solidité des économies des pays membres de l’Uemoa qui engendrerait de facto une monnaie forte et autonome. La prise de la décision politique n’a de valeur qu’à cette condition. Toute autre approche serait d’emblée vouée à l’échec et suicidaire.
Le niveau croissant de la dette intérieure année après année, ne vous inquiète-t-il pas ?

La réalité actuelle de la dette intérieure échappe quelque peu à l’apprenti économiste que je suis. Le Bénin, allant de plus en plus sur le marché financier régional, semble bien contenir la dette intérieure dans des limites, je crois raisonnables. Apparemment, sa crédibilité intérieure ne semble pas être mise en cause. De toutes les façons, les lois économiques sont implacables. La dette intérieure ne peut être masquée car les fournisseurs de l’Etat, les salariés et autres agents retraités émargeant au budget national réagiront, indiscutablement, pour réclamer, à un moment donné ou à un autre, leurs dus.
Fort de cela, et dans une dynamique de gestion budgétaire axée sur les résultats, je ne suis pas inquiet. Je constate, avec espérance et beaucoup de sérénité, l’accalmie des fonctionnaires et autres retraités, la disponibilité des divers fournisseurs de l’Etat à se presser pour acheter les Dossiers d’appel d’offres publiés, les nombreux chantiers d’infrastructures routières réalisés ou en cours de réalisation dans presque toutes les contrées du pays. La dette transformée en investissements publics solides est gage de développement.

Dans vos interventions, vous reprochez souvent à l’Afrique de ne pas innover. Dites-nous en un peu plus !

L’innovation est une des clés du développement. Les pays africains doivent sortir des sentiers battus. La Banque africaine de développement (Bad), avec ses dirigeants actuels, force l’admiration dans l’innovation technologique et financière. Ses pays devraient l’imiter en matière d’innovations technologiques, financières et conceptuelles. La génération des outils informatiques, l’accélération de la diversification agricole et de la transformation des produits du cru en produits finis et semi- finis, la meilleure exploitation des ressources du sol et du sous-sol, ce qui suppose une rationalisation des explorations, la digitalisation des systèmes opérationnels aideraient, à coup sûr, le Bénin et les pays africains à asseoir les bases irréversibles d’un véritable développement authentique. Car, retenons toujours que pour être authentique, le développement doit être intégral. Il doit promouvoir tout homme et tout l’homme.

Il y a quelques années, vous étiez candidat à l’élection présidentielle. Quelles valeurs portez et défendez-vous ?

Effectivement, à l’initiative du Grand mouvement des artisans pour la promotion des valeurs morales (Gma/Pvme), j’ai déclaré, le 24 janvier 2001, à Pouya (à 15 kilomètres de Natitingou) ma candidature aux élections présidentielles de février-mars 2001. Un document intitulé «Ma conviction pour le développement intégral du Bénin » présentant mon projet de société, retraçant les valeurs morales essentielles qui m’ont toujours animé et pour lesquelles j’ai combattu et payé le prix cher, durant toute ma carrière professionnelle, et, quelque peu, durant mon militantisme à l’Undp (Union nationale pour la démocratie et le progrès), le seul parti politique auquel j’ai adhéré à ce jour, a été publié et vendu, pas distribué. Ces valeurs morales essentielles pour promouvoir et bâtir un Bénin solidaire, démocratique et prospère dans une Afrique intégrée sont celles de l’humilité, de sagesse, de probité, de loyauté, de sincérité, de justice et de fidélité.Ces valeurs sont très difficiles à porter car, sur la durée, il faut, pour le développement authentique du Bénin, des hommes et des femmes purs, durs et sûrs.

Pourquoi une telle candidature alors que dans le temps, vous étiez conscient que vous ne seriez pas élu ?

Conscient que je ne serai pas élu ? Non ! Pas du tout. Mes espérances étaient très grandes quand j’ai accepté de porter la candidature du Gma/Pvme. Ces valeurs sont en droite ligne avec celles pour lesquelles je me suis battu pendant une quarantaine d’années, dans la Jeunesse étudiante catholique, dans le militantisme estudiantin et toute ma vie

Le Bénin expérimente depuis plus de quatre ans un autre système de gestion des finances publiques. En êtes-vous satisfait ?

Je dirai que le Bénin exécute depuis un peu plus de quatre ans un autre système de gestion des finances publiques, la Gestion budgétaire axée sur les résultats. Cette nouvelle gestion de l’économie publique a été progressivement testée dans le cadre du Projet de gestion budgétaire axée sur les résultats (Pro ReGar), dès septembre 2006, suite à une requête du gouvernement du Bénin sur financement de l’Union Européenne. Cette nouvelle gestion publique allie les techniques de gestion privée dans le secteur public. Elle développe une technique plus transparente de la gestion budgétaire avec une traçabilité marquée, tant du recouvrement des ressources internes qu’externes, complétée par celle des dépenses publiques. Le contrôle interne est plus fluide et moins redondant. Toutefois, un contrôle externe rigoureux et indépendant s’effectue, par suite, sur l’intégralité du budget exécuté, avec un rapport exhaustif publié. Une loi de Règlement est votée par l’Assemblée nationale sanctionnant l’exécution du budget initialement voté par le Parlement. Si un collectif budgétaire a été voté entre temps, son exécution est naturellement prise en compte lors du contrôle externe indépendant et intégral.
La dynamique de la nouvelle gestion publique basée sur la gestion budgétaire axée sur les résultats impulse, de facto, des garanties de dépenses publiques efficientes et des recouvrements de recettes internes et la mobilisation des ressources publiques sécurisées. L’Etat se donne ainsi les moyens d’une croissance économique saine et durable pouvant engendrer les conditions propices d’un développement authentique du Bénin. Or, comme maintes fois souligné pour être authentique, le développement doit être intégral. Il doit promouvoir tout homme et tout l’homme. En conséquence, l’actuel système de la gestion des finances publiques paraît, à mon humble avis, globalement satisfaisant.

La gestion économique et financière du Bénin par Patrice Talon ou du moins son style de gouvernance, est-ce ce qu’il nous faut pour enfin décoller ?

Globalement oui. La gouvernance économique est bonne et sur les rails. La nouvelle gestion économique publique bénéficie d’une nouvelle dynamique rassurante. Le recours constant au marché financier international mérite d’être mieux suivi pour une gestion soutenable de la dette publique. La dette intérieure et extérieure doit être bien canalisée pour une soutenabilité en relation avec la croissance du Produit intérieur brut. La diversification agricole et la transformation industrielle des produits du cru doivent être poursuivies avec courage, ardeur, foi, espérance et détermination. Une meilleure politique de répartition du Revenu national gagnerait à être menée pour une consommation endogène plus marquée, une épargne domestique plus consistante en vue d’un financement interne durable des investissements publics et privés.
Compte tenu du fort impact de la gestion des affaires politiques sur l’économie et sur la gestion économique publique, il conviendrait, dans une dynamique soutenable de la gouvernance globale, de créer les conditions propices d’une aube véritablement nouvelle au Bénin en vue d’un développement authentique qui ne s’arrêtera pas à la simple croissance économique. Le pouvoir politique vise le développement authentique. Aussi, doit-t-il savoir que pour être authentique, le développement doit être intégral. Il doit promouvoir tout homme et tout l’homme.

Grand cycliste, vous l’êtes aussi. Un mot sur le Bénin sportif en 2020 !

Le sport au Bénin est, ces dernières années, en net progrès. De nouveaux moyens financiers et techniques sont mis à disposition et ces moyens stimulent les acteurs du sport. Le gouvernement s’engage, un peu plus, dans l’organisation et le financement des activités sportives. Il faudrait que les acteurs sportifs et les athlètes œuvrent avec plus de professionnalisme, de détermination, d’abnégation, et s’engagent avec foi. Car, c’est la foi dans l’action qui fait la réussite. Le cyclisme, que je suis le plus, est en progrès remarquable avec le président Romuald Hazoumè. Je lui tire chapeau et l’encourage à persévérer dans l’effort avec les clubs affiliés, et ses cyclistes.Le Comité national sportif olympique béninois avec l’appui du ministère en charge des Sports et le Comité international olympique se bat pour l’éclosion des jeunes athlètes et le rayonnement du sport béninois à l’international avec des performances remarquées, pour le moment, dans l’athlétisme. En continuant de travailler avec courage, espérance, foi et détermination, les fédérations sportives béninoises finiront, un jour, par hisser très haut le drapeau du Bénin.

Et quels seront vos mots pour conclure cet entretien ?

Le Bénin ne va pas refaire l’histoire. Il est une ancienne colonie française d’Afrique. Sa monnaie, le franc de la Communauté financière africaine est le fruit de l’histoire, mais demeure une expérience d’intégration monétaire externe réussie et enviée. Une politique budgétaire solide et axée sur les résultats, une meilleure maîtrise de la gestion économique et financière, un développement conséquent du tissu industriel, une exploitation rationnelle des richesses du sol et du sous-sol, une réalisation soutenue et de grande qualité des infrastructures routière, ferroviaire, fluviale et aéroportuaire jetteront les bases d’une croissance économique saine et durable qui engendrerait le développement authentique tant recherché au Bénin et en Afrique, qui va promouvoir tout homme africain et tout l’homme africain. L’Afrique intégrée reste et demeure, demain, l’avenir du monde. Cependant, nous sommes conscients que tant que le monde sera monde, il y aura toujours des problèmes et tant qu’il y aura des problèmes, le combat sera permanent.Le Bénin, depuis quelques années, est rentré dans une nouvelle dynamique de la gestion économique publique porteuse d’espoir et d’espérance certaine pour l’Afrique et le monde en développement et en pleine mutation.
Commentaires