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Promotion des Pme au Bénin : Entre précarité et quête de prospérité

Publié le mardi 14 septembre 2021  |  La Nation
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© Autre presse par DR
Une usine de transformation
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Par Claude Urbain PLAGBETO,

Alors qu’elles produisent plus de 40 % de la richesse nationale, les micro, petites et moyennes entreprises sont confrontées à des défis de restructuration et de survie, en dépit des instruments dédiés à leur compétitivité.


Quelque 3 512 886 emplois sont créés par les micro, petites et moyennes entreprises (Mpme), tous secteurs d’activités confondus au Bénin, selon Alexandre Houédjoklounon, directeur général de l’Agence nationale des petites et moyennes entreprises (Anpme). Qu’elles soient du secteur formel ou de l’informel, elles occupent 94,2 % des actifs et produisent plus de 40 % de la richesse nationale, poursuit-il.
Ces chiffres révélés lors de la vingt-quatrième édition de la conférence périodique du ministère de l’Economie et des Finances en août dernier témoignent de la «contribution indéniable » des Mpme à la création d’emplois dans notre pays. Les travaux qui ont porté sur le thème « Déterminants de la pérennité des entreprises privées au Bénin, défis et perspectives », ont permis d’analyser les difficultés auxquelles sont confrontées ces entreprises qui sont pour un grand nombre dans l’informel.
Il est à noter que 84,1 % des emplois créés proviennent des Unités de production informelles, si l’on s’en tient aux chiffres issus de l’Enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel (Eri-Esi 2018) réalisée par l’ex-Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae) avec l’appui technique de l’Observatoire économique et statistique d’Afrique subsaharienne (Afristat). De fait, ces emplois sont vulnérables avec de fortes disparités selon le niveau d’instruction et le milieu de résidence.
Une certaine dynamique de croissance de la formalisation et de la création d’entreprises est enregistrée ces dernières années, grâce aux réformes Doing Business enclenchées. Le nombre d’entreprises formalisées est passé respectivement à 23 705 en 2018 puis à 26 658 l’année suivante, note l’Agence pour la promotion des investissements et des exportations (Apiex). Ces données sont toutefois loin de refléter la réalité sur les Mpme en matière de création d’entreprise au Bénin. Déjà, au 31 décembre 2018, 1 305 162 unités de production exerçaient dans le secteur informel, a révélé l’Eri-Esi.


Limites des dispositifs

Deux principaux instruments assurent la promotion des Pme au Bénin. L’Agence de développement de l’entreprenariat des jeunes (Adej) est un dispositif de mise en œuvre des programmes d’appui à l’entreprenariat en constituant des pépinières de Pme capables de créer de la valeur et d’offrir des opportunités d’emplois durables. Elle contribue à la préparation de la Pme via l’incubation, le mentorat et la capacitation des primo-entrepreneurs qui viennent de démarrer.
L’Anpme, quant à elle, procède à l’identification et au diagnostic des Pme ainsi qu’à la facilitation au financement et aux marchés à travers l’accès à l’information et aux technologies, le coaching, le réseautage et le suivi. Comme acquis, indique son directeur, l’agence a réalisé un répertoire des Pme sur tout le territoire national et mis en place un dispositif d’intervention opérationnel et des partenariats divers avec l’écosystème des Pme.
Malgré l’existence de ces dispositifs, les Mpme sont minées par des difficultés telles que le manque de synergie des actions en leur faveur, la superposition de structures ou cellules de projets avec des missions proches, voire similaires, l’insuffisance des ressources financières, la lourdeur administrative, diagnostique le Dg/Anpme. Les défis sont donc énormes pour améliorer l’environnement des activités des entreprises en vue d’une croissance durable de l’économie.
Un meilleur financement de l’Anpme permettrait d’assurer l’accompagnement à une meilleure gouvernance des Mpme et la mise en place d’un système d’information comptable et financière fiable. En cela, soutient M. Houédjoklounon, la création et l’opérationnalisation du Fonds de développement des Mpme s’avèrent nécessaires à côté d’un environnement plus propice et incitatif à la formalisation des Mpme. La mise en place d’un programme de développement des entreprises au niveau local est aussi importante.

Défis

En matière de promotion des petites entreprises, c’est le fonds qui manque le plus. Il est question de faciliter l’accès au financement adapté à leurs activités et aux marchés publics et aux marchés régional et international, d’encadrer et de renforcer les capacités des porteurs d’initiative, managers et autres acteurs qui appuient les entreprises.
En fait, les institutions de financement classiques se montrent frileuses dans l’octroi des crédits productifs, ne voulant prendre aucun risque, a fait remarquer Dr Nguéto Tiraïna Yambaye, directeur général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace) lors de son installation. S’il faut que les institutions de garantie se réinventent pour s’adapter aux nouveaux modèles économiques et aux besoins des promoteurs d’entreprises, conçoit-il, il est aussi impérieux que ces derniers renforcent leurs capacités en matière des techniques de montage des dossiers de crédit.
Les entrepreneurs se plaignent des règles quelque peu rigides, des produits financiers peu diversifiés et des taux d’intérêt non adaptés. C’est le cas de Georgette Taraf, responsable d’une usine de transformation de cajou, qui fustige par ailleurs le système d’approvisionnement et la forte volatilité des prix des matières premières pour les unités de transformation.
Le bien-être des entreprises passe aussi par la promotion du label béninois, à travers le quota à l’importation, la taxation à l’importation, la détaxe à l’exportation et la fiscalisation différenciée pour les produits fabriqués au Bénin, suggère Alexandre Houédjoklounon. Faire respecter la préférence nationale reste un défi pour l’accès des produits locaux aux marchés, analyse-t-il.
Pour cela, il faudra privilégier la production pour la commande publique. Le directeur général de l’Anpme souligne que 50 % des commandes publiques d’une valeur inférieure à 10 millions devront revenir aux Pme locales ; les achats de mobiliers fabriqués localement devront représenter au moins 60 %. Il faudra également prioriser les produits locaux à 80 % dans les restaurants universitaires, les cantines scolaires, les casernes, 80 % au moins des produits d’entretien fabriqués localement, 80 % de fournitures de bureaux aux fournisseurs locaux.
Par ailleurs, l’administration fiscale doit poursuivre les efforts pour une fiscalité de développement, tout en facilitant l’accès à la bonne information et en levant l’analphabétisme fiscal dans lequel végètent de nombreux promoteurs de Pme n

Encadre

Stratégie d’intervention

La stratégie d’intervention de l’Anpme est déployée en fonction de la situation de l’entreprise. Le dispositif « Mpme (Nouveau) Départ » s’adresse aux entreprises au démarrage qui ont besoin d’incubateurs ou celles en difficulté qui nécessitent un plan de restructuration, explique M. Alexandre Houédjoklounon. Il aide également les entreprises du secteur informel ayant une forte capacité de production désireuses de migrer vers le secteur formel.
Quant au dispositif « Pme Pro », poursuit-il, il vise à travailler au cœur des métiers, à développer les compétences métiers des Pme, tels que les processus de production, l’approvisionnement, le design. La bonne gouvernance est également de mise, ajoute-t-il.
« Mpme Label » est le programme « normal » de l’Anpme sur des entreprises formelles à travers une série de services non financiers pour rendre crédible la Pme auprès des institutions de financement.
« Mpme Elite » concerne toute entreprise à fort potentiel labélisée, potentiel champion national. L’Agence apporte l’aide nécessaire pour préparer l’entreprise à entrer à la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm). Elle peut également bénéficier d’un accompagnement volontaire basé sur un contrat de croissance.
En plus de ces instruments, dix incubateurs, pépinières et hôtels d’entreprises (Iphe) sont prévus, notamment au profit des filières agricole et agroalimentaire, avec l’appui de la Banque ouest-africaine de développement (Boad). Ils devraient constituer l’arsenal infrastructurel et technique dans lequel les entreprises, quel que soit le stade de leur développement, trouveront les conditions optimales pour leur épanouissement et la bonne gouvernance.
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