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Art et Culture

La poésie selon le Prof Guy Ossito Midiohouan: « Parce que c’est ça la poésie ! C’est le contact intime… »

Publié le mercredi 30 mars 2022  |  Matin libre
Livre
© Autre presse par DR
Livre lire 5 poètes béninois
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«Il y a une nouvelle génération de poètes qui est en train de voir le jour. C’est vrai, comme vous le savez, ce n’est pas très facile pour les poètes de se faire publier, de se faire reconnaître, d’où la nécessité de passer par des anthologies, des publications de groupes comme les anthologies de Mahougnon Kakpo et son groupe, ou l’anthologie que j’ai oubliée.

Mais à côté des anthologies, il y a également quelques noms qui commencent à se détacher, qui publient des oeuvres isolées. Je pense à François Aurore qui a publié quelques recueils de poèmes chez Baudelaire. Je pense à Adélaïde Fassinou qui, après les romans, s’est consacrée à la poésie. Je pense à Constantin Amoussou. Il y en a beaucoup d’autres.

Ce que je constate personnellement, c’est que, aucun de ces poètes n’arrive véritablement à imposer sa parole comme incontournable aujourd’hui. Ce que je note, c’est que leurs recueils passent inaperçus : ils ne semblent pas constituer de grands moments pour la poésie. J’ai lu Constantin Amoussou. J’ai lu François Aurore. Ce sont des recherches personnelles, esthétisantes, où le poète cherche à montrer parfois avec un peu d’acharnement, l’originalité de son art ; l’écho de ces paroles, on ne le ressent pas très fort.

Cette poésie nous parle-t-elle ? Cette poésie, la ressent-on comme essentielle ? Voilà les questions que je me pose. En lisant ces textes-là, nous arrive-t-il de fermer le livre et les yeux pour goûter en nous cette parole ou sa musique ? Parce que c’est ça la poésie ! C’est le contact intime qu’on a avec un texte qu’on laisse descendre en soi et qu’on apprécie à travers son poids et la musique qu’il diffuse…

Bon, il y a de bonnes intentions… Quand on lit Adélaïde Fassinou dans Poèmes d’amour et de ronces, on retrouve l’évocation de la femme, des enfants, de l’égalité et de l’amour… Tout cela, c’est très bien ; mais ce n’est pas ça, la poésie ! Je suis désolé. La poésie, c’est autre chose. La lecture de la poésie, c’est une confrontation d’intimités, on va à la rencontre de quelqu’un. La poésie (je m’amuse souvent à le dire), c’est le langage en habit d’apparat. Car c’est une rencontre solennelle, grandiose.

Mais quand on se rend compte que c’est médiocre, que ça ne s’élève pas au-dessus du langage ordinaire, on est un peu déçu.

Je crois que la poésie béninoise balance aujourd’hui entre cette médiocrité et la complication inutile, c’est-à-dire la virtuosité verbale ; on cherche à produire des choses obscures que personne ne comprend, et l’on est content d’être arrivé à ce résultat-là. Mais, qu’est-ce que ça dit ? Ça ne dit rien à personne. Il paraît qu’il ne faut rien dire, qu’il faut prendre ça comme ça : nous le prenons. Mais moi, je suis libre de dire : « Ça ne me dit rien ! « .

Moi, quand j’entre dans un texte, je veux que ça me pique, que ça me glace, que ça me crie, que ça fasse quelque chose qui puisse avoir une résonance en moi, quelque chose que je puisse retenir comme l’événement, dans ce texte. Mais ce n’est pas toujours le cas. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bons textes… Je crois que dans ce qui se fait, même chez le mauvais poète, il peut arriver qu’on trouve de bons textes. Ce que je veux dire, c’est que d’une façon générale, dans la génération actuelle, les poètes doivent encore faire leur preuve.

Le désir d’avoir son nom sur un livre prend le pas sur le véritable travail de création poétique. Et c’est cela qu’il faut leur conseiller de faire : s’atteler à véritablement se donner une dimension poétique, la dimension d’un vrai poète plutôt que de vouloir tricher avec le genre.»

Guy Ossito Midiohouan dans LIRE CINQ POÈTES BÉNINOIS de Daté Atavito BARNABE-AKAYI, Plumes Soleil, Cotonou, 2011.

Pris chez Chrys Amègan
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