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Eric Atchadé, CA de Sakin, élu BR: « Il y a des innocents aussi qui sont pris dans cette situation »

Publié le mardi 7 mars 2023  |  Matin libre
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© aCotonou.com par DR
Les images de la violences à l`intérieur du pays lors du scrutin législatif de 2019
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Pendant les législatives de 2019 et la présidentielle de 2021, Diho, un des villages de Sakin, a été un grand foyer de tension lié aux violences électorales. Visiblement les législatives de 2023 se sont déroulées dans la paix contrairement aux élections précédentes.

Bien sûr qu’en 2019 il y avait tellement de tension. Ce qui s’est passé en 2019, on ne peut pas le comparer à ce qui s’est passé en 2021. Le pire a été enregistré en 2021 parce qu’en 2021, je me rappelais, il y a eu d’échauffourées, des dégâts matériels et des pertes en vies humaines. En 2021, à Diho, chef-lieu de l’arrondissement de Sakin où nous sommes, qui est le village de son excellence Okounlola Biaou André, vous auriez constaté que sa maison a été brûlée et le pont péage de l’arrondissement aussi a été saccagé.

Et par rapport aux élections précédentes, qu’est-ce qui a été amélioré cette fois-ci ?

Cette année-ci, beaucoup de choses ont été améliorées parce qu’il y a eu beaucoup de sensibilisations qui ont été faites par rapport à cette situation. On a cherché à faire comprendre aux gens que ce ne sont pas les violences qui vont régler la situation par rapport à ce que chacun pense mais que nous devons aller aux élections en paix pour qu’on puisse désigner nos représentants au niveau du Parlement et permettre à ce que chacun puisse choisir librement son candidat. Et ces mots d’ordre ont été écoutés par la population ; chacun a choisi son camp, ce qui a fait que cette année, en 2023, lors des élections législatives, on n’a pas eu de violences, tout s’est passé correctement comme il le fallait.

Est-ce que s’il n’avait pas eu la participation de l’opposition, cette sensibilisation pourrait avoir d’effet ?

Je peux dire que ça peut avoir d’effet. Quand vous êtes en train de faire quelque chose, vous faites de la violence mais ce que vous cherchez vous ne l’obtenez pas, à un moment donné, on sursoit, on réfléchit et on fait des analyses et on tire une conclusion. En 2019, il y a eu aussi beaucoup d’échauffourées dans la commune de Savè : on a brûlé le goudron, brûlé de pneus, saccager beaucoup de choses. On a eu à enregistrer des pertes en vies humaines lors des élections législatives. Egalement en 2021. Mais ce pour quoi les gens militent, on n’a pas obtenu ça. Pourquoi encore en 2023 on va recommencer la même chose ? Pire, notre zone a commencé par être ciblée comme une zone rouge dans le pays. Ce qui n’avantage personne ; ni l’opposition, ni la mouvance. Ce qui fait qu’aujourd’hui chacun a pris conscience. Je peux toutefois dire s’il n’y avait même pas la participation de l’opposition, comme on le dit, même il y a l’opposition aux élections législatives puisque quand on parle d’opposition aujourd’hui les gens pensent que c’est Les Démocrates. Fcbe c’est un parti d’opposition au pouvoir en place. Donc s’il n’y avait pas la participation des Démocrates cela ne veut pas dire que cette année encore nous allons nous soulever, on va commencer par s’entretuer. Ceux qui cherchent leur poste, qui gouvernent là-bas ne sont pas directement concernés, mais c’est entre nous qu’on se blesse et on se tue. Ce qui nous a aussi donné une leçon de morale.

Atchahdé, pensez-vous que cette paix retrouvée à Diho notamment est définitive ?
La paix ne peut pas être définitive tant qu’on ne continue pas à travailler. On doit continuer par faire des sensibilisations. Ce n’est pas fini. C’est une éducation. Lorsque vous éduquez vos enfants et vous laissez tomber, si vous ne leur rappelez pas ce qu’ils doivent faire, à tout moment, à un temps T, ils peuvent commencer par faire ce que vous leur avez refusé de faire. Il faut donc continuer la sensibilisation pour faire comprendre à la population, ce que c’est que la politique ; comment nous devons la comprendre ; est-ce l’art de s’entretuer ou de se gêner si tant ? C’est l’art de gouverner, chercher qui sera notre représentant. Donc on doit pouvoir s’entendre si on désigne quelqu’un ou celui qui gagne. On ne peut jamais avoir un seul candidat pour une élection, on doit en avoir beaucoup. Donc si c’est un parti qui gagne, on le soutient et on continue le chemin. C’est cela. Si on se tait et on dit que c’est fini, les mêmes choses peuvent encore se répéter après.

Pensez-vous que cette paix puisse être durable pendant que des gens sont en prison ?

C’est ce que je viens de dire. Il y a des choses que le gouvernement aussi doit faire à son niveau pour accompagner l’éducation que nous sommes en train de donner par rapport à la paix.

Qu’est-ce que le gouvernement doit faire ?

Chaque fois que la population de Savè rencontre les élus de la localité que ça soit les députés, que ça soit au niveau communal ou que ça soit des gouvernants même, on ne cesse jamais de parler de la libération des détenus politiques. Savè en a enregistré beaucoup.

Combien de fils de Savè y-a-t-il à peu près en prison aujourd’hui suite à ces violences ?

Sans vous mentir, il me sera difficile de donner un chiffre. Mais ce n’est pas peu. Il y a beaucoup de jeunes, beaucoup de personnes ; il y a des innocents aussi qui sont pris dans cette situation. Il y a des personnes qui ont été tuées et leurs corps confisqués par le gouvernement. Effectivement, quand on perd quelqu’un, nous savons qu’on ne peut plus le revoir. Mais qu’on permette à ce que les parents de ces derniers puissent enterrer leur enfant, leur fils. Ils pourront dire voici le tombeau de mon enfant, voici le tombeau de mon frère et pourront faire leur deuil. Mais le fait de ne pas voir le corps, cela gêne. Le fait que des parents voient leurs enfants en prison à cause de la politique, tant qu’on ne va pas libérer ces personnes pour qu’elles rejoignent leur famille, quelle sensibilisation on va faire aujourd’hui pour que cette famille puisse oublier totalement ce qui s’est passé ? Donc c’est une occasion, comme les aînés ont l’habitude le dire, il y a la loi, mais c’est l’homme qui établit la loi. On peut utiliser la jurisprudence pour nous aider à libérer ces corps, à libérer les détenus politiques, ces innocents. Je me rappelle très bien, qu’il y a un ami, un jeune frère qui, lui par exemple, il a quitté son village pour se rendre à la SUCOBE ; et puisque c’était pendant la sécheresse, pour aller tuer les animaux et les manger à la maison, on les a pris sur la voie alors qu’il était innocent. Aujourd’hui il est en prison. Effectivement il détenait l’arme artisanale. Donc si aujourd’hui ceux-là reviennent à la maison, ça fera la joie de la famille, de tout le monde. On dira que le gouvernement aussi a fait ce qu’il faut pour accompagner la paix que nous sommes en train de promouvoir.

En attendant cette partition du gouvernement que vous souhaitez, est-ce qu’à Savè ici il y a eu des démarches dans ce sens ?

Oui, il y a eu des démarches parce qu’à tout moment, notre maire, quand ils rencontrent des dirigeants au haut niveau, il ne cesse de parler de cette situation. A tout moment qu’il y a une réunion politique comme administrative ou c’est des dirigeants qui viennent, dans son discours il continue de mentionner ça. Ça veut dire qu’on souhaite que le gouvernement puisse libérer ces détenus puisque nous-mêmes on ne peut pas le faire. C’est le pouvoir qui peut dire je vous accorde la grâce présidentielle. Mais le gouvernement est en train de faire d’effort, il faut le féliciter aussi parce qu’on continue de libérer les gens par rapport à cette situation. Seulement, comme on le dit, tant qu’il reste à faire, c’est que rien n’est fait. On attend toujours que tous ceux qui sont arrêtés dans cette situation soient libérés pour permettre à ce que la cohésion, la paix sociale puisse régner totalement dans notre commune.

Propos recueillis et transcrits par Jacques BOCO
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