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Entretien avec firmin gbedji, transforteur Agroalimentaire : "… il faut toujours se lancer dans une activité avec passion"

Publié le mardi 30 mai 2023  |  Fraternité
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© Autre presse par dr
ntretien avec firmin gbedji, transforteur Agroalimentaire : "… il faut toujours se lancer dans une activité avec passion"
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Firmin Gbegbedji est un jeune entrepreneur béninois, fondateur de l’entreprise "Frimos GB service et fils (FS)", une firme spécialisée dans la transformation agroalimentaire plus précisément la transformation de la noix de palme en huile rouge. Il est titulaire d’un Diplôme d’études agricoles tropicales (Deat) option Nutrition et Technologie Alimentaire obtenu au Lycée Agricole Medji de Sékou. Dans cette interview, notre source nous parle de cette huile extraite de la noix de palme qui intervient dans beaucoup de plats béninois. Il nous parle également de sa passion pour cette activité à revenus importants.

Vous êtes entrepreneur passionné de la transformation de noix de palme en huile rouge. Pour vous, c’est quoi l’entrepreneuriat ?
Je dirais simplement que l’entrepreneuriat est le fait d’initier une idée et de la développer. L’objectif n’est pas tout de suite de devenir riche. C’est d’abord résoudre une équation sociétale dans n’importe quel domaine de la vie.

Dites-nous les raisons qui vous ont conduit vers cette activité.
Il y a plusieurs raisons. Entre autres ma formation au Lycée Agricole Medji de Sékou et la mévente de la noix de palme dont dispose ma famille en l’occurrence mon oncle. Donc il fallait trouver les alternatives, les solutions pour que le producteur, l’agriculture arrive à vivre pleinement de son métier. Et comme moi j’ai déjà appris au Lycée le minimum dans ce domaine, je n’ai pas hésité à lui en parler. Ce dernier a été séduit par mon idée. C’est ainsi que nous avons commencé petitement jusqu’à aujourd’hui. Je vous rappelle qu’en ce temps, le champ de palmeraie atteignait 8 hectares. En ce moment, j’étais encore sur les bancs au Lycée. Je faisais les navettes. Quand j’avais les heures libres, je venais au village pour travailler. On était entre 2016 et 2018. Et au fil des jours, ça a marché et nous y sommes encore.


Comment avez-vous commencé cette aventure ?
D’abord, je dois dire que c’est grâce à ma mère que j’ai commencé cette activité. Je m’intéresse à tout ce qui est issue de la terre. En gros à l’agriculture. Cette passion a fait qu’après mon Brevet d’étude du premier cycle, que je poursuive mes études au Lycée en abandonnant ainsi l’enseignement secondaire. Tout ça, grâce à ma mère. J’ajoute qu’elle aussi faisait cette activité pour subvenir à nos besoins et au besoin de la famille. Donc moi je suis en train de prendre la relève. On ne peut pas encore parler tout suite d’un héritage acquis. Mais d’une orientation claire et suffisante. Moi j’ai été formé dans le domaine pendant 4 ans de pratique assidue. Aujourd’hui elle est fière de me voir être à sa hauteur. Celui qui a étudié un peu doit nécessairement dépasser celui qui n’a pas été instruit et qui se retrouve sur votre chemin.

Êtes-vous d’accord avec l’opinion vulgaire : "on peut entreprendre avec 0 f CFA" ?
Merci beaucoup pour cette question M. le journaliste. C’est archi faux. Ceux qui le disent n’iront nulle part (ce n’est pas un souhait ni une prophétie. Mais logique ce que je dis car rien n’est à 0 f CFA dans la vie d’avant, celle que nous vivons actuellement et celle que vous vivrons après). Moi par exemple, j’ai commencé avec 50.000 f CFA. Il faut toujours commencer nécessairement avec quelque chose.

Est-ce pour vous un travail contre le coup du destin ou purement une passion avérée ?
Comme je l’ai dit un peu plus haut, c’est une passion sans précédent. Quelles que soient les peines, je suis à l’aise. Je le fais avec amour, sans contraintes. Donc la transformation de la noix de palme en huile rouge n’est pas un travail contre le coup du destin. D’ailleurs au-delà d’être une activité à revenus importants, c’est d’abord un choix bien pensé. Pas sans le destin.

En un an, combien de bidons d’huile rouge produisez-vous environ ?
Chaque année, je produis jusqu’à 500 bidons d’huile rouge s’il y la matière première (noix de palme). Il arrive que je dépasse largement ce chiffre.

Disposez-vous d’un champ de palmeraie ? Ou bien vous faites l’achat de la noix de palme avant de déclencher le processus de transformation ?
Pour l’heure, je n’ai pas encore un champ de palmeraie à mon actif. Non ! C’est en cours. Dans les premières lignes de cet entretien, j’ai commencé par lever le voile sur comment j’ai commencé. Je disais que c’est mon oncle qui avait environ 8 hectares de champs de palmeraie. Malheureusement, aujourd’hui il n’a plus accès à ce champ à cause de la construction de la Zone industrielle de Golo-Djigbé. Son champ de palmeraie a volé en éclat. Donc actuellement, je paie la matière première pour déclencher le processus de transformation.

Alors faites-nous un zoom sur les bienfaits de l’huile rouge.
D’après les études scientifiques et aussi nos expériences réalisées au Lycée, l’huile rouge est considérée comme l’aliment naturel le plus riche en vitamine A. Elle en contient environ 15 fois plus que la carotte. Oui ! En effet, la consommation régulière de cette huile a également un effet protecteur sur l’organisme à cause des acides gras qu’elle contient. Elle est aussi bénéfique pour les femmes ménopausées, enceinte et peut être même utilisée contre l’ostéoporose. Au niveau cutané, la vitamine A participe à l’hydratation de la peau et active la production de mélanine. Elle a également des vertus anti-rides. Le bêta-carotène, un dérivé de la vitamine A, est surtout connu pour donner un joli teint hâlé. C’est pourquoi l’huile de palme est très utilisée en Occident dans les cosmétiques notamment les fonds de teints. Elle est très résistante à l’oxydation, supporte des températures élevées jusqu’à 180 degrés, et reste solide à température ambiante. En soin cosmétique, l’huile de palme se réclame d’autres propriétés. En effet, appliquée avant le shampooing, elle ravive les pointes et donne du soyeux à la chevelure, en plus d’agir comme un démêlant. En bain d’huile, elle est excellente. Ses actifs naturels sont également parfaits pour préserver la nature du cheveu. Qui ne voudrait pas manger le haricot avec l’huile rouge ? Je vous laisse répondre

Il y a un avertissement que vous avez a donné en tant que sachant ?
Merci beaucoup pour cette question. Vous convenez avec moi que l’usage abusif de toute chose nuit toujours. Ainsi, j’aimerais dire attention pour profiter au maximum des bienfaits de l’huile de palme, il faut l’utiliser au naturel : elle ne doit être ni raffinée ni traitée.

Quels sont les moyens techniques qu’on peut retrouver sur le site de transformation ?
Je préfère garder ça pour moi-même. Ce que je sais, c’est que nous avons des moyens techniques qui nous permettent d’avoir de l’huile rouge. Vous pouvez faire un tour chez nous. Nous sommes juste à Golo-Djigbé.

Expliquez-nous un peu le parcours qui conduit à l’obtention de l’huile rouge ?
Vous devez disposer d’une quantité donnée de noix de palme que vous allez stocker pendant environ 7 ou 8 jours. Après il faut l’égrener, trier et laver. Ensuite la mise en cuiseur. Après ça vient l’extraction où on obtient la crème huileuse qui sera maintenant préparée et s’ensuivra le délaitage avec l’ajout de l’eau ce qui conduit à l’obtention de l’huile brute. Après ça, on fait la clarification c’est-à-dire on sépare l’huile de l’eau. Cette huile sera de nouveau mise au feu et devient l’huile raffinée.

De combien d’employés dispose votre entreprise ?
Officiellement et à l’heure où nous parlons, j’ai trois employés permanents et deux autres occasionnels.

Quel est le salaire minimum du dernier employé ?
Nous sommes dans un pays où il faut respecter la loi. Donc le petit salaire dans mon entreprise est égal au nouveau SMIG.

Comment arrivez-vous à écouler vos bidons d’huile rouge vu la situation économique actuelle de notre pays ?
J’ai des clients. Ils viennent s’en approvisionner sur le site de transformation. Ils existent sous plusieurs formes. Il y en a qui sont revendeurs, d’autres l’achètent pour en faire le savon, d’autres encore les transportent vers l’extérieur.

Quelle est la période au cours de laquelle la demande d’huile rouge s’accroît ?
Généralement c’est vers la fin de l’année. A part ça, il y a la période des moissons du nouveau haricot.

Parlez-nous de vos véritables difficultés.
Notre première difficulté est liée à la disponibilité de la noix de palme. On n’en trouve pas assez. A côté de ça, il y a le convoyage lorsque vous arrivez peut-être à le trouver à des milliers de kilomètres de chez vous. L’autre chose, c’est la concurrence sur le marché. Je dois ajouter que nous n’avons pas encore la dernière génération de matériels techniques. Je suis allé à Songhaï pour acquérir de quelques matériels mais je n’ai pas pu à cause du prix. Donc la cherté des instruments de travail.

Comptez-vous abandonner un jour ce métier pour d’autres fins ?
Jamais M. le journaliste. Je ne pourrai pas abandonner ce métier. Et la confidence que je vous fais, c’est que c’est la mort qui pourra me séparer de cette activité. C’est une pure passion. Celui qui a fait le Lycée qui plus est agricole, n’a pas le choix que de se retrouver dans ces types de métier. Tel est mon choix et il est pour toujours. Même en sommeil, je me vois dans l’huile rouge. Néanmoins, j’ai d’autres idées et/ou projets parallèles. Je fais fi de ça.

Vous êtes une entreprise officiellement enregistrée et donc vous êtes appelé à payer les taxes. Est-ce que vous êtes vraiment régulier dans le payement de vos dus ?
Naturellement !

De façon sincère, est-ce que vous recommandez cette idée entrepreneuriale à vos frères ?
Oui ! Mais à une cible bien précise. Je ne recommande pas aux chercheurs d’argent coûte que coûte. La jeunesse doit en effet travailler dure. Son seul souci, c’est être riche sans travailler dur. Je suis jeune comme vous mais je hais la paresse. Je ne suis d’ailleurs pas ami avec un paresseux. Il faut faire quelque chose pour avoir un nom dans la société. Il faut entreprendre et économiser. Il faut débuter avec ses moyens de bords. Tôt ou tard, ça va prendre.

Votre métier nourrit-il son homme ?
Ô M. le journaliste, c’est une question confidentielle. Je dois dire que la transformation de noix de palme en huile rouge est une activité qui nourrit proprement son homme. Néanmoins, le chemin n’est pas tout le temps rose.

Un mot pour mettre un terme à cette interview.
Je dirais simplement merci à tous les hommes des médias du monde. Je vous formule, vous qui êtes Journalistes toute ma gratitude. Je vous remercie pour cette occasion que m’avez offerte. A toute la jeunesse béninoise, je demande de trouver quelque chose à faire car comme le disent les Saintes Ecritures dans le livre de l’Ecclésiaste chapitre 9 versets 10 : "Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas." Il faut toujours se lancer dans une activité avec passion. Ce faisant vous serez étonné de vos résultats tôt ou tard.
Propos recueillis par Mahussé Barnabé AÏSSI (Coll.)
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