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Vote du Statut général des Ape par l’Assemblée nationale : Les syndicalistes dénoncent un complot contre la jeunesse
Publié le jeudi 23 avril 2015  |  Fraternité
Paul
© Autre presse par DR
Paul esse iko, syndicaliste




L’Assemblée nationale a voté, il y a quelques semaines, la loi portant statut général des Agents permanents de l’Etat (Ape). Dans ce texte, certains points n’ont pas reçu l’assentiment des travailleurs en général, et des centrales et confédérations syndicales en particulier. Il s’agit entre autres de la prorogation de l’âge de la retraite des Ape, la contractualisation de la fonction publique et l’avancement au mérite. Pour le Sg/Cosi-Bénin, Noël Chadaré, le sort des jeunes et de la classe ouvrière vient d’être scellé, à travers des articles qui ne sont pas en leur faveur. A en croire le Sg/Csa, Dieudonné Lokossou, il fallait faire une enquête sur la durée de vie des Agents déjà admis à la retraite avant de voter une telle loi. Quant au Sg/Cstb, Paul Essè Iko, il estime que le Gouvernement vient de commettre un crime à l’égard des travailleurs. Et avant que la loi ne soit promulguée, les partenaires sociaux exigent que le Chef de l’Etat demande une nouvelle relecture.
Lire la déclaration des secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales

Noël Chadaré, SG/Cosi-Bénin « …il y a eu un complot contre la jeunesse, un complot contre la classe ouvrière »


Je dois vous dire que je suis complètement déçu, parce que je constate qu’il y a eu un complot contre la jeunesse, un complot contre la classe ouvrière. Les préoccupations et propositions des centrales et confédérations syndicales n’ont pas été prises en compte. Les secrétaires généraux des syndicats n’avaient pas accepté que l’on proroge l’âge de la retraite des Agents permanents de l’Etat. Parce que le contexte dans lequel nous sommes ne s’y prête pas. Nous sommes dans une situation où le chômage des jeunes est énorme. De façon normale, on ne devrait pas aller voter une loi pour proroger la durée de travail des gens qui ont fait une trentaine d’années, et qui risquent, avec la nouvelle loi, d’avoir 10 ou 12 ans de plus, alors que leurs enfants qui sont déjà en fin d’études et ont déjà leurs diplômes professionnels attendent leur entrée dans la fonction publique. C’est une décision moralement indécente. Quand on voit la situation de nos jeunes, on ne peut pas tout de go aller voter une telle loi. En dehors de cela, il y a la pénibilité du travail. Ceux dont on a prorogé la durée de travail n’ont pas forcément l’âge réel. Il y en a qui ont des jugements supplétifs. On risque de voir les gens s’écrouler dans les classes. C’est l’Etat qui profitera de cette nouvelle loi. Les travailleurs ne gagnent rien. Ils sont les vrais perdants. Même s’ils travaillent à leur âge réel, une fois admis à la retraite, il ne leur restera plus beaucoup de temps pour mourir. Aucun travailleur n’apprécie cette prorogation. Si certains sont contents, c’est à cause de la peur de la retraite, alors que c’est une grâce. Ils ont simplement peur parce qu’ils doivent attendre un an et plus pour avoir leur carnet de pension. Si le gouvernement règle ce problème, cela permettra d’apaiser les inquiétudes des uns et des autres. Si les carnets de pension sont prêts dès le premier mois de la retraite, les fonctionnaires seront prêts à aller à la retraite, et laisser place aux jeunes qui sont en attente de travailler.
Deuxième chose, c’est la contractualisation de la fonction publique. Nous ne sommes pas d’accord pour une contractualisation à vie des Agents de l’Etat. L’Etat doit prévoir une passerelle, comme ce qui se fait d’ordinaire, pour que les Agents contractuels, après quelques années de travail, soient reconnus Agents permanents de l’Etat. C’est un combat que mène le Bureau international du travail (Bit) contre ce mode de travail.
Autre chose aussi, c’est l’avancement au mérite. Dans les travaux préliminaires à l’Infosec, nous avions déjà manifesté notre désaccord face à cela. Si on le maintient, les travailleurs seront exposés à la méchanceté de nos autorités. Ils peuvent banalement vous faire retarder. Aussi la politique peut-elle entrer en jeu. Lorsque le travailleur n’est pas du même bord politique que son chef, ou lorsqu’il conteste une décision, il subit parfois les affres de sa position. Donc, ce texte en l’état n’a ni profité aux travailleurs, ni aux jeunes. Nous invitons le Chef de l’Etat à demander une seconde relecture de ce texte, avec notre avis. Et ceci, de façon consensuelle.

Paul Essè Iko, Sg /Cstb, « L’Assemblée nationale vient de commettre un crime »


L’Assemblée nationale vient de commettre un crime, le dernier crime avant de rompre les rangs pour cette législature. C’est la dernière catastrophe, une bévue monumentale que nous constatons face aux travailleurs de la fonction publique. Le statut général des Agents permanents de l’Etat, c’est-à-dire, la loi 86-013, après plusieurs luttes sous le régime du Parti de la Révolution populaire du Bénin (Prpb) de Mathieu Kérékou, a consacré beaucoup d’avantages aux travailleurs de la fonction publique. Mais nous constatons que, sous l’instigation de Boni Yayi, cette loi a non seulement été révisée, mais aussi consacre des clauses rétrogrades et qui enlèvent aux travailleurs leur droit acquis.
La fonction publique vient d’être contractualisée. Le travail à la fonction publique sera sous cette loi un travail précaire. Les travailleurs n’auront plus la possibilité de dire qu’ils sont recrutés en tant qu’Agents permanents et qu’ils restent jusqu’à la retraite. Hier, nous autres, on signait un engagement décennal. Et après dix ans, nous avions la possibilité de continuer le travail dans la fonction publique ou d’arrêter la collaboration. Hier, on ne pouvait pas renvoyer comme on veut de la fonction publique. Hier, il n’y avait pas de contractuels. Maintenant, quitus est donné au gouvernement de recruter des contractuels. Ils seront recrutés pendant environ deux ans, et ceux à qui on n’aurait pas renouvelé le contrat doivent plier les bagages. Le travail est donc précaire, alors que c’est l’Etat qui devrait faire garantir les droits et les acquis des travailleurs. Tel ne sera plus le cas.
Cette loi supprime les 30 ans de service et prolonge l’âge de la retraite selon les catégories : 65 ans, 63 ans, 62 ans, 60 ans, 58 ans ou 55 ans. Voilà des gens qui vont passer plus de 30 ans de service, dans des conditions de plus en plus minables et défavorables. On ne peut pas travailler concrètement contre cette loi si on ne se détermine pas à se battre pour exiger la relecture de cette loi, si on n’envoie pas des délégués à l’Assemblée nationale.

Dieudonné Lokossou, Sg Csa-Bénin « Avant de prendre cette décision, il aurait fallu faire un bilan exhaustif de l’existant »


Nous ne saurions dire que nous sommes satisfaits. Nous avions émis des réserves, lorsque nous avons été interpellés par la commission des lois de l’Assemblée nationale. Nous avons exprimé nos inquiétudes. Malheureusement qu’elles n’ont pas été prises en compte. Nous l’avions fait collégialement avec les autres confédérations. Vous savez que le problème du chômage est un problème d’une préoccupation majeure pour tous les Béninois. Donc, nous trouvons quand même gênant que l’on proroge l’âge de la retraite de 58 à 65 ans, surtout dans notre pays où les conditions ne sont pas réunies pour une telle décision. D’abord, on parle de travail décent, mais il n’y a pas encore de travail décent en Afrique. Et les solutions artificielles en vue de régler les problèmes de chômage dans notre pays ne comblent pas encore les attentes du peuple. Tous les ans, de nombreux étudiants, sortis de nos universités privées et publiques, sont déversés sur le marché du travail. Certes, la population de la fonction publique est vieillissante, mais la faute incombe aux gouvernants, et surtout à la Banque mondiale et au Fmi qui ont, entre-temps exigé du gouvernement une politique sociale assassine de départ volontaire de la fonction publique, sans pour autant préparer les gens. Globalement, je crois que ce texte crée plus de problèmes qu’il n’en résout.
Avant de prendre cette décision, il aurait fallu faire un bilan exhaustif de l’existant car, en Afrique, les Ape ont des problèmes liés aux conditions climatiques, de travail et autres. Lorsque quelqu’un va à la retraite, il en jouit à peine et il meurt. Lorsqu’on proroge l’âge de la retraite des Ape, cela doit avoir un effet sur les travailleurs en activité. J’aurais souhaité que les autorités fassent une enquête sur la durée de vie des agents à la retraite. Ce faisant, les décisions seront mûries.
La responsabilité de la commission des lois n’est plus engagée, à partir du moment où le texte a été voté. Je ne sais pas si cette loi sera promulguée. La meilleure solution est que le Gouvernement demande une deuxième relecture afin de prendre en compte les préoccupations des travailleurs. Donc, ce n’est pas une récrimination. Les questions d’ordre social sont des questions très sensibles, il faut toujours jeter un regard d’amour par rapport aux décisions finales qui peuvent conduire à des troubles.
En ce qui concerne l’avancement au mérite, il faut dire que ce sont des mesures qui ne règlent pas le problème d’emploi. Les gens vivent dans une précarité constante. Ils trouvent l’emploi avec toutes les difficultés, et après, c’est une guerre des nerfs. On vous soumet au bon vouloir de certaines autorités. Réussir à un concours à la fonction publique, je crois que cela suffit. Vous avez désormais une carrière et acquérez des expériences. Ces expériences acquises vont jouer positivement sur le rendement. Mais un ou deux ans après, on va évaluer les gens sur des critères qui ne seront pas objectifs. Car la politique rentre dans tout ce qui est fait aujourd’hui. Si on vous soupçonne d’opposant, vous êtes éliminé d’office. C’est vraiment un nouveau calvaire que les postulants vont traverser

23-04-2015, Patrice SOKEGBE
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